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Vers la fin du monopole ?

Gafam : vers la fin du monopole ?

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Les récentes dérives des GAFA rappellent que la constitution de monopoles représente une menace pour l’économie et la société.

Vers la fin du monopole ?
Vers la fin du monopole ? Crédits : Getty

C’est ce que souligne Nicolas Baverez dans le FigaroVox : « les Gafa se sont érigés en une hyperpuissance technologique hors de tout contrôle, que ce soit celui de l’État, du droit ou des citoyens. Ils fonctionnent comme une alliance de monopoles qui, par leur taille et leur avance technologique, concentrent un formidable pouvoir de marché en quadrillant l’économie numérique ». L’industrie numérique « a engendré deux monstres » : face au monopole des Gafam s’érigent désormais « les bras armés du capitalisme totalitaire chinois - Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei ou Didi – « alimentent un Big Brother digital fondé sur la reconnaissance faciale et le système du crédit social. Ces deux blocs technologiques sont au cœur de la guerre froide qui oppose désormais les États-Unis et la Chine ». C’est pourquoi, s’il faut introduire de la régulation dans la puissance phénoménale des géants du net, et notamment les astreindre à une fiscalité plus juste, l’éditorialiste estime que « le rétablissement de la concurrence dans l’industrie numérique ne doit pas être mis au service d’une réglementation paralysante mais bien de la recherche et de l’innovation », face au défi chinois. Il rappelle qu’« un tournant décisif est intervenu à partir de 2016. L’Union européenne, dont le grand marché est vital pour les Gafam – exclus de la Chine et de l’Inde – a institué le premier régime de protection des données personnelles en mai 2018 » et les a lourdement sanctionnés « pour la violation des règles de concurrence et les pratiques d’évasion fiscale – Google cumulant 8,3 milliards d’euros d’amendes ». Les États-Unis lui ont emboîté le pas : un accord « est intervenu entre le département de la Justice et l’autorité de la concurrence confiant au premier le soin d’enquêter sur Apple et Google, à la seconde la supervision de Facebook et Amazon ».

G20 et fiscalité

« Les États du monde entier vont-ils se mettre d’accord sur une grande réforme fiscale pour taxer les entreprises multinationales là où elles réalisent leurs activités et engrangent des profits ? » C’est la question que pose Marc Vignaud sur le site de l’hebdomadaire Le Point en évoquant la réunion des ministres des Finances du G20, qui s’est tenue ce week-end à Fukuoka, au Japon. Preuve de l’importance du moment, les ONG comme Oxfam expriment beaucoup d’espoir : « Si les gouvernements adoptent les mesures nécessaires, ces négociations pourraient fortement transformer la manière dont toutes les multinationales (et pas seulement les géants du numérique) sont imposées. » Un processus qui pourrait sonner le glas des paradis fiscaux, et « marquer le début d’une ère de plus grande justice fiscale, où les pays pauvres seraient en mesure de réclamer leur juste part de recettes fiscales aux multinationales », afin de « combattre la pauvreté et les inégalités ». Parmi les mesures envisagées, un taux d’imposition minimal, avec la possibilité de le faire évoluer dans les pays de consommation. Pour la France, la médaille a son revers : dans le domaine du luxe, « l’Hexagone voit remonter de juteux profits de ses multinationales », qui seraient diminuées en cas d’imposition par les pays consommateurs. « Mais ces pertes pourraient être compensées par une meilleure taxation des multinationales implantées sur son territoire, américaines notamment. » Le Royaume-Uni soutient quant à lui l’application de ce principe aux seules entreprises du numérique. Or la numérisation croissante de l’économie a tendance à effacer les frontières entre les activités. Résultat des courses d’ici fin janvier 2020.

Des liens et des nœuds 

Si vous voulez tout savoir sur le numérique, la différence entre internet – l’infrastructure – et le web – la toile et le système des réseaux, des liens et des nœuds, voire des hubs qui concentrent un nombre très élevé de liens, je recommande le livre de Fabien Tarissan, publié aux éditions Le Pommier sous le titre Au cœur des réseaux. Pour être outillé plutôt qu’instrumentalisé… L’auteur enseigne la science des réseaux, une discipline nouvelle, née dans les années 90 de la théorie des graphes, une branche des mathématiques qui s’intéresse aux structures relationnelles. Elle trouve aussi des applications dans le champ des sciences humaines, pour étudier comment se structurent les relations entre individus. En particulier ce que le sociologue Mark Granovetter a défini comme « la force des liens faibles ». Contrairement aux liens forts – familiaux et personnels, ou encore de travail – les liens faibles – rencontres de circonstance, déterminées par une cause aléatoire – contribuent « à élargir le cercle social de ceux qu’ils mettent en contact ». Le web l’illustre parfaitement, et c’est particulièrement vrai dans les sites de rencontre amoureuse, étudiés pat trois livres dont Xavier de la Porte rend compte dans les pages idées de L’Obs. Aller « au-delà de son cercle de sociabilité » sans pour autant s’engager, multiplier les rencontres le plus souvent éphémères, la Toile est le royaume des « liens faibles ». Tout en constituant un réseau dont la solidité et l’étendue se mesurent à la multiplicité de ces liens.

Par Jacques Munier

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