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Au Valle de los Caidos, 36e anniversaire de la mort de Franco

Espagne : le passé qui ne passe pas

5 min
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La progression du parti d’extrême-droite Vox aux élections en Espagne reflète aussi le déni de mémoire national sur la dictature franquiste.

Au Valle de los Caidos, 36e anniversaire de la mort de Franco
Au Valle de los Caidos, 36e anniversaire de la mort de Franco Crédits : AFP

Pour Sandrine Morel dans Le Monde.fr "le socialiste Pedro Sanchez espérait que la tenue de nouvelles élections législatives, sept mois après le scrutin infructueux du 28 avril, lui donnerait une majorité plus claire, et ainsi l’opportunité de former un gouvernement stable. Elles n’ont cependant fait qu’affaiblir la gauche, entériner la fragmentation et la polarisation du Parlement et compliquer davantage la sortie du blocage politique." Du coup, comme en avril, son intention est de gouverner en minorité avec des accords à géométrie variable au Parlement, pour ne pas avoir à dépendre des indépendantistes catalans. 

Le fantôme de la dictature

La surprise de ces quatrièmes élections en quatre ans est donc venue de la percée du parti d’extrême-droite Vox, qui obtient 15 % des voix et passe de 24 à 52 sièges au Parlement. Nul doute que les événements en Catalogne l’aient grandement favorisée, mais l’émergence politique de ce courant qui revendique sa nostalgie du franquisme est aussi la conséquence d’un "passé qui ne passe pas". 

« L’Espagne est-elle malade de Franco ? » Benoît Pellistrandi pose la question dans le FigaroVox. Il estime que le dictateur se serait invité dans la campagne, notamment du fait de son exhumation récente du mausolée du Valle de los Caídos : « Franco voulait y voir un lieu de réconciliation et il y rassembla aussi, sans l’avis des familles, des corps de combattants républicains. Mais l’univocité du message rendait cette réconciliation impossible. Tout le monument suinte du triomphalisme de la victoire d’une Espagne sur une autre. » L’historien rappelle ensuite qu’en 2007, « la loi de mémoire historique a ouvert la voie à la réhabilitation sociale et juridique des vaincus de la guerre civile et à l’effacement des souvenirs du franquisme triomphant dans l’espace public ». Alors, « pourquoi donc ressasser le passé ? » demande-t-il à propos de cette exhumation. Selon Benoît Pellistrandi, la question « oblige à s’interroger sur le rapport que les Espagnols entretiennent avec leur histoire contemporaine ».

La mémoire, « présence du passé dans le présent »

La gigantesque basilique érigée dans la sierra de Guadarrama, au nord de Madrid, constitue pour de nombreux Espagnols "une insulte à la mémoire des victimes de la dictature", relèvent Pauline Perrenot et Vladimir Slonska-Malvaud, envoyés spéciaux du Monde diplomatique à l’occasion des élections. 

Dans les années 1940 et 50, des milliers de prisonniers républicains furent exploités pour creuser dans la roche le symbole de leur humiliation.

Pourtant, aucun panneau n’indique ce sacrifice là où "les nostalgiques du régime défilent le bras tendu" le jour anniversaire de la mort du dictateur. La plus grande fosse commune du pays où sont enterrées 33 000 personnes « ne représente cependant que la partie émergée d’un iceberg » puisque les associations de défense de la mémoire historique évaluent à beaucoup plus 100 000 les victimes de la guerre et de la dictature qui gisent encore dans les fosses communes, dont un certain nombre ont été ouvertes, 740 sur les plus de 2400 recensées par le ministère de la justice en 2017. L’élection de membres du parti d’extrême droite a ravivé les tensions autour de la mémoire. "_Ceux qui ont été vaincus sont présentés comme des martyrs, alors que ceux qui ont vaincu sont diabolisé_s" estime un député andalou de Vox, renversant la charge de la preuve. 

Pour l’extrême-droite, pas de coup d’État contre un régime démocratique légitime et pas de différence entre les violences désorganisées, parfois meurtrières, des partisans de la république et la répression organisée, systématique, massive du franquisme. Pauline Perrenot et Vladimir Slonska-Malvaud

Les auteurs de l’article pointent la loi d’amnistie de 1977 au moment de la transition démocratique, reléguant aux oubliettes de l’histoire la mémoire de la guerre civile et des quarante années de dictature. La "réconciliation" à laquelle ont œuvré les différents gouvernements qui se sont succédés depuis lors n’a fait qu’aggraver ce "déficit de mémoire" facilitant "la résurgence des récits négationnistes", même si – sous la pression des associations mémorielles – la loi de mémoire historique votée en 2007 prévoit une indemnisation pour les victimes et leur famille, la localisation des fosses communes ou l’accès aux archives. L’historien britannique Paul Preston a consacré une somme à la « guerre d’extermination » menée par les troupes franquistes, où il montre – archives à l’appui – que l’offensive était stratégiquement pensée sous le signe de la terreur car elle se savait impuissante sur le plan de l’adhésion populaire. Il rappelle dans Le Monde diplomatique le discours de Franco, le 19 mai 1939, pour célébrer la victoire finale : « l’esprit juif, qui a permis l’alliance du grand capital avec le marxisme, ne peut être anéanti en un jour et bat encore dans beaucoup de cœurs ».

Par Jacques Munier

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