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Le programme alimentaire mondial, camp de réfugiés de Bidi Bidi, au nord de l'Ouganda, frontière sud-soudanaise

Géopolitique de la faim

5 min
À retrouver dans l'émission

Le prix Nobel de la paix a donc été décerné au Programme alimentaire mondial des Nations unies, pour « sa contribution à l’amélioration des conditions de paix dans les zones touchées par les conflits ».

Le programme alimentaire mondial, camp de réfugiés de Bidi Bidi, au nord de l'Ouganda, frontière sud-soudanaise
Le programme alimentaire mondial, camp de réfugiés de Bidi Bidi, au nord de l'Ouganda, frontière sud-soudanaise Crédits : Getty

Ainsi que « pour avoir joué un rôle moteur dans les efforts visant à empêcher l’utilisation de la faim comme arme de guerre », a déclaré la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen. Dans les pages idées de Libération, Gilles Fumey rappelle que « la première mission du PAM l’a conduit en Iran, victime d’un séisme en 1963 » et qu’il « a mis en place des mesures structurelles, comme l’alimentation des enfants à l’école ». Le géographe souligne qu’actuellement, « plus d’un million de femmes et d’enfants de moins de 5 ans sont aidés par des programmes nutritionnels en Syrie et dans une dizaine de pays d’Afrique subsaharienne ».

Le Programme alimentaire mondial aurait été un lauréat légitime sans la pandémie, mais la pandémie et ses conséquences renforcent absolument les raisons de l’attribution de ce prix. (Berit Reiss-Andersen)

Car la crise sanitaire a provoqué une recrudescence de la faim. Et le PAM dispose également des moyens « d’acheminer de considérables volumes de fournitures médicales d’urgence, masques et ventilateurs compris », voire de construire des hôpitaux de campagne, « en Afrique notamment, d’où les évacuations médicales avec des ambulances aériennes sont possibles ». Toute une logistique basée sur « une orfèvrerie géopolitique » s’appuyant sur des « centres d’aide mondiaux » situés en Belgique pour l’Europe, en Chine pour l’Asie, à Dubaï ou dans les Emirats arabes unis, « dont la position géographique centrale est un atout ». Reste que c’est bien la guerre qui est la principale responsable de la faim dans le monde. Ainsi que la pauvreté, trop souvent associée à une forme de fatalité. C’est pourquoi Hélène Botreau, de l’ONG Oxfam, estime qu’il faut éviter une « dépolitisation de la faim », qui freine les financements.

Géographie humaine

C’est le géographe et médecin brésilien Josué de Castro qui a conceptualisé le problème de la faim dans les années 40, et fait prendre conscience de l’urgence à le traiter, notamment après la Seconde Guerre mondiale. La Géopolitique de la faim, publiée en 1951, a fait date par l'utilisation croisée de la géographie et de l'écologie, apportant un éclairage nouveau sur la complexité du phénomène de la sous-nutrition. Après le coup d'État militaire au Brésil, Josué de Castro s’exila en France, où il enseigna à Vincennes dès 1968 et présida le Centre international pour le développement jusqu'à sa mort en 1973. Sur le site AOC, Jacques Lévy plaide pour l’approche transversale de la géographie pour appréhender le « fait social total » dans sa dimension spatiale et en mouvement. Il en donne plusieurs exemples. La Convention citoyenne pour le climat avait proposé de réfléchir aux moyens de « réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 dans une logique de justice sociale », en organisant cinq groupes de travail distincts : Se loger, Se nourrir, Se déplacer, Consommer, Travailler/Produire. Il est vite apparu que ces items étaient poreux. Ainsi « Se loger » s’est déplacé de la rénovation thermique des bâtiments vers la création d’espaces naturels protégés, la limitation de nouvelles zones constructibles et du périurbain… 

C’est le terme habiter comme verbe substantivé qui résume mieux la démarche des citoyens.

Diminuer l’émission de gaz à effet de serre suppose en effet de changer les modes d’habiter, c’est-à-dire aussi de se déplacer, travailler ou se nourrir. « L’habiter est un devenir. C’est la composante spatiale d’une résonance réussie entre tous les types d’acteurs et toutes sortes d’environnements. »

La dimension spatiale du social

En Irak, dans un pays totalement exsangue, les entreprises de travaux publics sont allées jusqu’à facturer 2,5 millions d’euros le kilomètre de route. Tout ça pour des voies mal goudronnées, nous apprend le site Al-Alam Al-JadidLe Nouveau Monde, relayé par Courrier international. Tout un symbole pour ce pays devenu une route stratégique pour ses voisins et les puissances mondiales. Les révoltes d’il y a un an, contre la corruption notamment, avaient fait 700 morts et plus de 30 000 blessés, les hommes cagoulés qui tiraient sur la foule étaient des miliciens pro-iraniens. Cet été, malgré la canicule et le Covid qui fait des ravages, les Irakiens ont continué à manifester et il y a toujours des jeunes qui bloquent des routes… Mais on ne voit plus les miliciens pro-iraniens : le chef du nouveau gouvernement, Moustafa Al-Kazimi, ne leur paraît pas assez soumis. Du coup ils laissent faire la contestation alors que les Américains voient en lui un rempart contre l’influence iranienne.

Pour sa malchance, l’Irak est devenu la colonne vertébrale de ce que les Américains nomment le “nouveau Moyen-Orient”.  (Le site As-Safir Al-Arabi, Beyrouth)

Et sur cette « route stratégique » mal goudronnée, la Russie, la Turquie et les pétromonarchies du Golfe se disputent également la pole position.

Par Jacques Munier

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