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Patrick Balkany réélu en 2001

Politique de la clientèle

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Le procès des époux Balkany pour fraude fiscale et corruption a débuté hier, il va durer jusqu’au 20 juin.

Patrick Balkany réélu en 2001
Patrick Balkany réélu en 2001 Crédits : AFP

Comme le résume Henri Seckel dans Le Monde, « la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris va passer six semaines dans un épais brouillard, formé de sociétés offshore au Panama et aux Seychelles, de comptes bancaires au Liechtenstein et à Singapour, de fiduciaires suisses et de prête-noms zélés, dans lequel Patrick et Isabelle Balkany ont tenté, selon la justice, de dissimuler aux yeux du fisc une partie de leur patrimoine. » Pour les juges chargés de l’instruction, Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon, dans leur ordonnance de 92 pages « Les investigations ont été guidées par deux questions. Quelle est l’étendue du patrimoine des époux Balkany ? Comment ces avoirs ont-ils été financés ? » Ce patrimoine – notamment immobilier – est évalué par l’ordonnance de renvoi à 13 millions d’euros « au minimum ». La presse l’a détaillé, de même que la propension du couple à régler ses dépenses en cash. Mais le procès devrait remonter dans le temps pour mettre au jour un système de corruption et de détournement de fonds mis en place à la fin des années 1980, « à l’époque où M. Schuller affirme avoir déposé des espèces en Suisse pour le compte de Patrick Balkany, espèces provenant d’entreprises BTP soucieuses de financer le RPR ». 

Le site d’information Les Jours publie une enquête au long cours sur cette affaire. Le troisième épisode revient sur la manière dont Patrick Balkany a mis la main en 1983 sur la ville de Levallois-Perret, un fief communiste, et comment il s’est maintenu aussi longtemps. Clientélisme électoral et coups immobiliers : la méthode illustre les dérives d’une politique municipale qui concentre toutes les tares de la « grande politique » corrompue par l’argent.

La prise de Levallois-Perret par les Balkany, c’est l’histoire du casse parfait.

David Servenay et Pierre-Antoine Souchard rappellent que c’est Charles Pasqua qui l’envoie à la conquête de la ville de ses premiers échecs électoraux. Pour le maire communiste désormais « les Trente Glorieuses sont dans le rétroviseur des 2 CV produites à Levallois-Perret. Le triptyque des décennies à venir s’appelle chômage, immigration, insécurité… L’antienne du RPR. » 1983, c’est aussi « l’heure de la revanche d’une droite humiliée après l’élection de François Mitterrand et la vague rose à l’Assemblée nationale. Un à un, les bastions rouges des Hauts-de-Seine tombent aux mains de jeunes chevau-légers du RPR. » Mais la campagne de Levallois a coûté cher : à l’époque aucun texte n’encadre le financement de la vie politique. Au soir de l’élection, Isabelle Balkany aurait lâché devant quelques proches : « Maintenant, il va falloir que ça rapporte. » À partir de là, un vaste programme immobilier se met en place sur les sites désaffectés d’entreprises comme Citroën, « les familles modestes, les étrangers qui ne votent pas, vont être poussés hors de Levallois » pour accueillir sièges sociaux d’entreprises et ménages aux revenus plus élevés. « Les premiers sont générateurs d’emplois et d’impôts, les seconds achètent à Levallois. » La suite de la saga, ses dessous de table et blanchiment, seront l’objet du procès qui s’ouvre.

À Prague, une toute autre histoire

Ailleurs en Europe, et près de chez vous, c’est une toute autre histoire qui s’écrit à Prague, aux antipodes de celle de Levallois. Les Tchèques ont manifesté hier pour la troisième fois contre la corruption de leur gouvernement de droite nationaliste, dont le chef, première fortune du pays, est poursuivi pour détournement de fonds européens. Amélie Poinssot a rencontré pour Mediapart le jeune maire de Prague, membre du Parti pirate qui prône la transparence en politique, Zdeněk Hřib. Inspiré par le mouvement suédois ou islandais, ce parti européen milite pour une liberté encadrée sur le web, la défense des droits fondamentaux, la protection de la vie privée, la réforme du droit d'auteur et la lutte contre les monopoles. À Prague, comme dans d’autres villes d’Europe centrale – en Pologne et en Slovaquie – où l’élection d’une nouvelle génération de maires contredit les dynamiques autoritaires nationales, le nouvel édile élu aux municipales de novembre dernier a des projets en matière d’urbanisme vert ou social, et d’infrastructures de transports. Il souhaite notamment limiter l’expansion de l’économie numérique du tourisme pratiquée par des plates-formes comme Airbnb. Il estime qu’« il faut davantage distinguer ce qui relève de l’économie partagée de ce qui relève du business ». Pragmatique, il rappelle que le budget alloué par l’État tchèque, qui permet de financer les aménagements urbains, « est calculé en fonction du nombre d’habitants de la ville. Notre intérêt n’est donc pas d’avoir des visiteurs de passage mais bien des résidents permanents. » Le maire a les élections européennes en ligne de mire, avec pour son Parti pirate l’ambition d’obtenir une deuxième, voire une première position. Le slogan : « L’Europe a besoin », car elle « a besoin de libertés, de transparence, de richesses, de développement durable et de justice ». L’une des revendications : la fin des paradis fiscaux dans l’Union européenne.

Par Jacques Munier

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