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Supplétifs syriens de l'armée turque, Akcakale, 11/10/2019

La "sale guerre" des Turcs

5 min
À retrouver dans l'émission

Les Forces démocratiques syriennes, à majorité kurde, ont dû se résoudre à passer un accord avec le régime pour contrer l’offensive turque dans le nord de la Syrie.

Supplétifs syriens de l'armée turque, Akcakale, 11/10/2019
Supplétifs syriens de l'armée turque, Akcakale, 11/10/2019 Crédits : AFP

Outre les 130 000 civils jetés sur les routes, les victimes des bombardements et des exactions barbares des supplétifs islamistes de l’armée turque, Erdogan aura finalisé l’exploit de placer la Syrie tout entière sous le contrôle de Bachar El-Assad. C’est ce que soulignent de nombreux observateurs américains et russes, relayés par Courrier international. « Le retrait complet des forces américaines fait disparaître du paysage la seule puissance militaire capable de rivaliser avec la Russie et d’influer sur l’avenir de la Syrie », affirme Brett McGurk, ancien envoyé spécial chargé de la coalition internationale contre l’État islamique, sur le site d’information Bloomberg. La Russie aura ainsi atteint « son objectif principal : un règlement politique qui place la Syrie tout entière sous le contrôle du président Bachar El-Assad » et lui permet « de renouer avec le statut de puissance au Moyen-Orient qu’elle avait au temps de la guerre froide ». Pour The Daily Beast, le camouflet infligé aux Kurdes syriens s’inscrit dans une longue série de décisions ou d’actions favorables à la Russie prises par Donald Trump. Selon le site newyorkais, les experts qui s’expriment dans les médias russes « sont stupéfaits des dégâts que Trump inflige délibérément. L’année dernière, l’idée d’un retrait des États-Unis de Syrie semblait trop belle pour être vraie. Mais aujourd’hui, les ambitions du Kremlin se concrétisent. »

Le "problème turc"

Pour Renaud Girard, dans Le Figaro, cette affaire « expose spectaculairement le désengagement de l’Amérique au Moyen-Orient » et révèle des tendances lourdes de la géopolitique contemporaine. 

On pourrait croire que l’affaire se limite à la volonté du président turc de détruire le Rojava, la région dirigée par les Kurdes syriens anti-islamistes en quasi-autonomie depuis sept ans, pour la remplacer par un corridor frontalier de trente kilomètres de large, où seraient relogés les trois millions et demi de réfugiés syriens. M. Erdogan traite de « terroristes » les miliciens kurdes progressistes des YPG (Unités de protection du peuple), sous prétexte qu’ils sont idéologiquement proches du PKK (le mouvement autonomiste kurde agissant à l’est de la Turquie, parfois  avec des méthodes terroristes). Cette accusation de terrorisme ne tient pas contre les YPG : elles n’ont jamais attaqué le territoire turc.

Mais selon le grand reporter, il y a plus. « Au-delà de l’ébranlement de leur alliance militaire avec l’Amérique, les Européens se réveillent avec un vrai problème turc. Le nouveau sultan n’hésite pas à dialoguer avec eux sur le mode du chantage. En public, devant les militants de son parti, M. Erdogan a menacé  les dirigeants européens de la manière la plus brutale : «  Si vous qualifiez d’invasion mon opération antiterroriste, je vais faire déferler chez vous des millions de réfugiés syriens !  » Par ailleurs, « Les Kurdes syriens ne peuvent à la fois combattre l’invasion turque et continuer à garder les camps où étaient enfermés les militants de l’État islamique ». Certains djihadistes, « porteurs de passeports européens, se sont déjà évanouis dans la nature. »

La menace terroriste

La page Débats de La Croix pose la question : La situation dans le nord de la Syrie accroît-elle le risque de terrorisme ? Pour le général Dominique Trinquand, spécialiste des relations internationales, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU « L’évaporation de ces djihadistes, si elle se produit, peut avoir deux effets. Un effet local : ils sont susceptibles de rejoindre les groupes armés islamistes éparpillés dans la zone, de les renforcer, d’autant que ce sont des combattants aguerris. » Et pour ce qui concerne  les épouses et les enfants de djihadistes, le militaire estime, avec les informations dont il dispose « qu’ils sont extrêmement endoctrinés et dangereux, des bombes à retardement ». Il recommande de « mettre en place les mesures de surveillance pour que les personnes retenues dans ces camps ne puissent pas rentrer » et, une fois ces individus identifiés sur notre sol, faire en sorte de les empêcher de nuire. « Raison pour laquelle Nicole Belloubet, ministre de la justice, a participé au conseil de défense, ce dimanche : ce qui n’est pas habituel. » Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme juge quant à lui que « nous ne sommes plus dans des enjeux humanitaires » mais « véritablement sécuritaires ».  

Le premier risque est que ces combattants se dispersent. Cela s’est déjà produit par le passé. Cela n’a pas conduit à une dilution de la menace, mais à sa dispersion.

La Turquie porte donc une lourde responsabilité dans l’aggravation d’une situation déjà terriblement chaotique. De nombreux observateurs soulignent le risque d’enlisement de l’offensive, compte tenu des capacités militaires des Kurdes. Dans Le Monde une haute responsable kurde, Fawza Youssef, confiait à Allan Kaval, envoyé spécial à Kamechliyé, la plus grande ville kurde de Syrie : « La guerre en uniforme et les bureaux officiels, c’est terminé. Nous sommes passés maintenant en mode guérilla contre la Turquie. »

Par Jacques Munier

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