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La fabrique du sacré

Religion et société

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Dans le discours prononcé à l’occasion du 150eme anniversaire de la Troisième République, Emmanuel Macron a affirmé que la « République n’admet aucune aventure séparatiste », désignant ainsi le fondamentalisme islamiste et posant à nouveau la question de la place de la religion dans la société.

La fabrique du sacré
La fabrique du sacré Crédits : Getty

Un projet de loi est même prévu, dont les premiers éléments ont été annoncés : les financements publics aux associations conditionnés à leur respect de la laïcité, la pénalisation des « certificats de virginité » délivrés pour les mariages religieux musulmans, ou encore la pratique de la polygamie. « Ces cibles, dont on peine à cerner la consistance, illustrent au mieux les tergiversations et l’extrême confusion de l’exécutif, au pire une volonté de tenir en haleine une partie de l’électorat sur un sujet cher à l’extrême droite », commente Raberh Achi sur le site AOC. Le politiste constate qu’il n’est « plus question d’imams, de financement étranger du culte musulman ou d’enseignement de l’arabe » et il analyse le fond de ce discours récurrent comme la persistance d’« un récit historique dominant qui maintient l’islam en marge du processus né de l’adoption de la loi de séparation des Églises et de l’État ». Il rappelle que « l’idée d’une institution administrant le culte musulman a une origine coloniale » : le projet de Napoléon III de créer un « consistoire musulman » en Algérie, lequel projet sera reconduit en vain pendant la guerre d’Algérie « pour tenter de contrôler les groupements musulmans hostiles à la présence française ». Et, « ironie de l’histoire » ceux-ci étaient classés comme « séparatistes dans les rapports de renseignement de l’époque ». Raberh Achi ne nie pas qu’aujourd’hui une frange de la population musulmane soit « attirée dans certains quartiers par une logique de rupture avec le cadre républicain ». Mais il souligne « le délitement du lien social dû à la faiblesse des services publics ou encore à l’absence de mixité sociale dans les territoires relégués de notre pays ». Et il dénonce dans les initiatives du gouvernement « une dimension martiale, contraire à l’esprit comme à la lettre des textes juridiques fondateurs en la matière ».

Sécularisation

Pour le sociologue des religions Hans Joas, il n’y a pas de « retour du religieux » à notre époque pour la simple et bonne raison qu’il n’a jamais disparu et que la vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion n’est qu’un « grand récit » que rien ne peut étayer, pas même la référence à Max Weber. Dans un livre paru au Seuil sous le titre Les pouvoirs du sacré. Une alternative au récit du désenchantement, il montre le caractère « plurivoque » du concept de désenchantement chez son « inventeur », avant de connaître la fortune que l’on sait dans une version appauvrie et parfois incantatoire. 

Weber a combiné dans le narratif du désenchantement des évènements qui vont des prophètes de l’Ancien Testament à la profonde crise de sens que connaît l’Europe à la fin du XIXe siècle et dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, en passant par la Réforme et les Lumières.

« Entzauberung » – désenchantement –  le mot n’a pas été introduit dans la langue allemande par Max Weber et chez lui il désignait essentiellement une mise à distance des conceptions magiques du rapport au monde. Il « ne saurait désigner la sécularisation au sens d’un affaiblissement ou d’une disparition de la religion ». Pour celui qui a exploré la dimension religieuse de l’esprit du capitalisme, « le désenchantement a affaire avec le recul de la croyance dans la magie ». Hans Joas montre également que chez Durkheim la religion emprunte à deux ressources collectives : le rituel et le sacré. Celui-ci est « à l’origine de la formation de tous les idéaux, y compris des idéaux séculiers ». C’est le cas selon lui de la laïcité ou des droits de l’homme – lesquels sacralisent la personne humaine. D’où le risque « de voir les collectivités se sacraliser elles-mêmes en recourant à leurs idéaux ». Hans Joas met ainsi en garde contre la tentation d’une « auto-sacralisation de l’Europe » contre l’islam.

La fabrique du sacré

Les pages idées de L’Obs publient les bonnes feuilles du livre de Thomas Römer, spécialiste de l’Ancien Testament, et de Jacqueline Chabbi, historienne des premiers siècles de l’islam : Dieu de la Bible, Dieu du Coran, à paraître au Seuil le 24 septembre. Où l’on voit que le monothéisme ne s’est pas affirmé tout uniment et comme par magie… S’y sont greffées des circonstances historiques et sociales, que les textes sacrés n’occultent pas, bien au contraire. Pour l’islam, ce sera même la matrice de l’organisation politique. La représentation du divin est inséparable de la situation matérielle de la société où il prend naissance. Et au départ, « il n’est pas question de transcendance », juste de conditions de vie dans le désert en contexte tribal. Puis « le format coranique et le format tribal deviendront le format impérial dans les corpus postérieurs ».

Par Jacques Munier

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