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Femme Mosuo sur le Lac Lugu, le "lac mère", Chine, province du Sichuan

L’avenir au féminin

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Triste et macabre décompte : on déplore depuis hier le 105e féminicide de l’année.

Femme Mosuo sur le Lac Lugu, le "lac mère", Chine, province du Sichuan
Femme Mosuo sur le Lac Lugu, le "lac mère", Chine, province du Sichuan Crédits : Getty

La dramaturge américaine Eve Ensler – auteure notamment de la pièce Les monologues du vagin – s’insurge dans Le Monde contre cette forme extrême de violence envers les femmes, qu’elle analyse comme un symptôme de notre société patriarcale, et plus largement du système qui produit les inégalités, "la crise du climat, le racisme lié à l’immigration, l’homophobie…" Elle parle de "convergence des oppressions" :

La mise en œuvre de politiques en faveur du climat et dans le domaine de l’accueil des réfugiés est directement liée à la lutte contre les violences faites aux femmes, qui sont toujours les plus touchées par ces crises.

Le fond de son raisonnement est que "la manière dont certains hommes au pouvoir traitent notre planète est la même que celle dont ils voient les femmes". Et elle évoque le centre pour les victimes de viols de guerre en République démocratique du Congo, créé avec le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege, la Cité de la joie, "un lieu où elles peuvent reprendre des forces et trouver une voie de guérison en apprenant leurs droits". Là, elles acquièrent aussi "la capacité de changer leur communauté"

L’idée de transformer la douleur des femmes en pouvoir représente un modèle puissant, qui peut être reproduit partout dans le monde.

Les sociétés matriarcales, des sociétés égalitaires ?

Dans L’Obs, la chercheuse allemande Heide Goettner-Abendroth témoigne en faveur des sociétés matriarcales sur lesquelles elle a longuement enquêté de par le monde. 

Ces sociétés ne sont pas "dominées" par les femmes au sens où les nôtres le sont par les hommes. Elles sont égalitaires, sans hiérarchie. Simplement, les femmes ont la capacité de donner la vie et, pour cette raison, font l’objet d’un grand respect et d’une vénération d’où dérivent des valeurs morales et spirituelles fondamentalement différentes des nôtres.

Son livre – Les Sociétés matriarcales. Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde – à paraître le 19 septembre aux éditions Des femmes, est une somme constituée par ses nombreuses enquêtes de terrain : les Iroquois, les Mosuo du sud-ouest de la Chine, les Kunas de Colombie, des peuples de Polynésie ou du Mexique, ainsi que par l’étude de la documentation ethnologique et archéologique, celle aussi des journalistes, voyageurs et aventuriers. Dans ces sociétés, les rôles ne sont pas fixés en fonction du genre. 

Dans les îles Tonga, en Polynésie, par exemple, les hommes prennent soin des enfants, préparent la nourriture et servent à table. Chez certains peuples, les femmes cultivent, construisent les maisons, ou bien sont chamanes, dans d’autres, ce sont des tâches masculines. 

Heide Goettner-Abendroth explique notamment les nombreuses attestations de cultes anciens rendus à des divinités féminines, et au-delà à la déesse-mère, notre terre commune.

Sitôt que les groupes se sont sédentarisés avec l’agriculture, la question de la généalogie et de la lignée s’est posée, celle des femmes étant la seule certaine. Et lorsque les humains ont découvert la lignée maternelle, ils l’ont prolongée dans l’au-delà, jusqu’à la première ancêtre, une sorte d’Eve originelle. Chaque clan vénérait son ancêtre, mais cela pouvait être aussi une rivière ou une montagne puisque tout est sacré, chaque brin d’herbe, chaque caillou. La terre a été vue comme une grande déesse, la terre mère, une entité sacrée dont tous les humains font partie.

La chercheuse insiste enfin sur l’influence positive des comportements sociaux libérés de la hiérarchie du genre. Elle se prend à rêver que les jeunes mères élevant seules leurs enfants et qui "représentent le maillon le plus pauvre, le plus vulnérable dans nos sociétés" puissent "se regrouper, choisir d’habiter les mêmes quartiers, les mêmes immeubles et changer ainsi la donne, enclencher d’autres dynamiques".

La longue marche de l'égalité

Dans les pages idées de Libération, deux économistes font le bilan de la loi de janvier 2011 qui a instauré des quotas de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Antoine Rebérioux et Gwenaël Roudaut observent que si elle a bien permis de briser le fameux plafond de verre à l’entrée, elle n’a pas mis fin à une forme de ségrégation en interne. Aux hommes les domaines de la stratégie, du contrôle de l’audit ou de la nomination-rémunération des dirigeants, aux femmes la politique RSE – responsabilité sociétale des entreprises – avec la différence de rémunération afférente. Pourtant, une étude récente s’est intéressée à l’impact de la diversité de genre au sein des conseils sur la performance économique des entreprises européennes cotées. En cette matière, leur part compte moins que leur place, celle-ci "se mesurant précisément à l’accès aux comités d’audit et de nomination-rémunération". Conclusion : 

L’égalité réelle ne se mesure pas (seulement) à l’équirépartition des sièges, mais aussi aux marges de manœuvre qui sont conférées à chacun des deux genres…

Par Jacques Munier

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