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Partisans d'Evo Morales à Cochabamba, 18/11/2019

Le monde qui vient

5 min
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Les mouvements sociaux dans le monde agissent comme des révélateurs de ses malfaçons.

Partisans d'Evo Morales à Cochabamba, 18/11/2019
Partisans d'Evo Morales à Cochabamba, 18/11/2019 Crédits : AFP

« Au Liban les 1 % les plus aisés perçoivent 25 % des revenus. A titre de comparaison, en France, où les inégalités augmentent et sont au cœur du débat public, les 1 % les plus riches perçoivent 11 % des revenus. » Lydia Assouad cite dans Le Monde une autre statistique éloquente : les 0,1 % les plus aisés captent 10 % des revenus, l’équivalent de ce qui reste aux 50 % les plus pauvres. L’économiste souligne que « ce petit groupe d’ultrariches – qui coïncide largement avec la classe politique – a des niveaux de revenus similaires aux plus riches des pays riches » alors que « les plus démunis ont des niveaux de revenus comparables aux plus pauvres des pays pauvres ». Qu’ils soient chiites ou sunnites, les Libanais ont « trouvé ce qu’ils avaient en commun : l’élite politique extorque des rentes colossales à leurs dépens ». C’est pourquoi ils remettent en cause le système politique, fondé sur un partage des pouvoirs entre confessions, qui incite les citoyens à s’identifier à leur secte plutôt qu’à leur classe, un système que les élites ont intérêt à perpétuer car il leur permet d’engranger des profits dans leurs communautés et de contrôler leurs territoires. Du fait de la quasi-absence de l’Etat, elles assurent de nombreux services publics, ce qui augmente la dépendance des Libanais au système. C’est le choix de l’austérité par un gouvernement confronté à une dette énorme qui a permis de rompre ce cercle vicieux. Parmi les solutions envisageables : « négocier un allègement de la dette avec les créditeurs – qui sont en grande majorité des banques libanaises, connectées à l’élite politique – et augmenter les recettes fiscales, par la mise en place d’une imposition progressive sur le revenu et le patrimoine ».

« Comme à Bagdad et à Beyrouth, ce sont des enjeux économiques et non géopolitiques qui ont mis le feu aux poudres en Iran. » Ici, c’est l’augmentation du prix de l’essence qui a déclenché le mouvement de protestation, mais aussi la mauvaise gestion et la corruption, comme le souligne le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, relayé par Courrier international. Il est vrai que depuis l’application des sanctions américaines l’Iran est en proie à une grave crise économique dont le secteur énergétique, notamment pétrolier, fait les frais. « Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’inflation prévue pour 2019 serait de plus de 37 % alors qu’elle n’était que de 9,6 % en 2017, avant la décision américaine de sortir de l’accord sur le nucléaire. » Ce que les manifestants mettent en cause, ce sont aussi « les budgets colossaux investis par les autorités pour asseoir leur politique régionale, notamment dans le soutien à leurs différents supplétifs, le Hezbollah libanais ou l’implication en Syrie ». L’un des slogans des manifestants “Gaza non, Liban non” fait ainsi écho à “l’Iran dehors”, scandé par des milliers de manifestants en Irak au cours des dernières semaines.

Dans les pages idées de Libération, Christine Delfour analyse la situation en Bolivie, où l’État plurinational est sous tension. Malgré des réussites structurelles dans l’intégration d’une société multiculturelle, « les échecs sont là : corruption institutionnalisée, manque d’indépendance du pouvoir judiciaire, absence de politiques en matière d’égalité de genre, de santé, d’éducation…» Tout cela ternit un bilan par ailleurs notable dans le contexte latino-américain, avec « la revalorisation politique et symbolique du populaire et de l’indigène dans une société structurée ethniquement et par classe depuis l’indépendance », l’inclusion d’acteurs d’origine populaire dans l’administration et à la tête de l’Etat ou la réduction des inégalités. À noter que le gouvernement de transition nommé depuis la démission d’Evo Morales est composé de représentants de l’oligarchie de l’agrobusiness, proches du leader d’extrême droite Fernando Camacho.

Au Brésil, où les Indiens d’Amazonie voient leurs terres disparaître à cause des prédateurs de la forêt, un anthropologue a entrepris de relire Pierre Clastres, l’auteur en 1974 de La société contre l’État. Eduardo Viveiros de Castro publie aux Éditions Dehors Politique des multiplicités et Hicham-Stéphane Afeissa en rend compte sur le site Nonfiction en rappelant la thèse de Pierre Clastres : « Les sociétés primitives ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés organisées pour éviter que l’État n’apparaisse. » Et ce au moyen de certains dispositifs comme la chefferie sans pouvoir ou la guerre pensée comme machine de dispersion et d’anti-unification. Viveiros de Castro applique l’analyse de l’anthropologue français à son pays « en faisant du signifiant indigène le mot d’ordre d’un Brésil mineur, au sens de Deleuze et Guattari » : mineure, comme forme de vie qui résiste à une norme dominante et répressive. En opposition aux projets de développement « visant à la prolétarisation de l’Indien » et à la destruction de communautés « hétérogènes et autonomes », d’autant plus précieuses qu’elles contribuent à la protection de l’environnement.

Par Jacques Munier

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