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Ken Loach, Londres, octobre 2016

La parole aux exclus

5 min
À retrouver dans l'émission

Un collectif de chercheurs dénonce le projet gouvernemental de supprimer l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES).

Ken Loach, Londres, octobre 2016
Ken Loach, Londres, octobre 2016 Crédits : Getty

Des économistes, comme Pierre Concialdi, Jean Gadrey ou Antoine Math, des sociologues – Maryse Marpsat, elle-même membre de l’ONPES, ou Serge Paugam – rappellent le travail accompli par cet organisme public indépendant dans une tribune publiée par Libération

Il suffit de se reporter aux derniers rapports publiés par l’ONPES pour constater que la nature des travaux engagés justifie pleinement qu’un tel organisme, unique en Europe, puisse poursuivre son travail d’analyse et de compréhension des mécanismes économique et sociologique qui sont à l’origine du développement de la pauvreté.

Parmi ces études, celles « qui ont traité de l’invisibilité de certaines populations qui, bien que pauvres, n’apparaissent pas dans les statistiques publiques et ne font donc pas l’objet de politiques spécifiques » ; ou la publication des « budgets de référence » qui, « grâce à la participation de personnes représentatives de différentes configurations familiales, ont permis d’évaluer les besoins des ménages pour participer pleinement à la vie sociale » ; ou encore une enquête sur les différentes formes de mal-logement. Dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère, consacrée aux droits de l’enfant ce 17 octobre dernier, l’ONPES a organisé en partenariat avec ATD Quart Monde des opérations de sensibilisation auprès d’élèves du primaire en donnant la parole aux enfants et à leur famille… Les signataires de la tribune dans Libération se demandent si l’objectif recherché, en supprimant l’ONPES, n’est pas de « casser le thermomètre » pour ne plus voir le malade. Et de « brider une expression indépendante sur des sujets aussi sensibles que celui des inégalités économiques, sociales, territoriales, éducatives, de santé, de logement… que les mouvements sociaux de ces derniers mois ont pourtant remis avec force sur le devant de la scène publique ». Car, insistent-ils, l’originalité de l’ONPES est de conjuguer deux formes de connaissance de l’exclusion : l’une de terrain et l’autre scientifique, avec « la mise en œuvre de méthodologies qui s’appuient sur la participation des personnes concernées par la pauvreté ». 

Communautés utopiques

« Quand il s’agit de lutter contre les inégalités, les intellectuels prennent rarement au sérieux la capacité de personnes de toutes extractions et de tous statuts à imaginer les conditions de production d’une autre société » déplore Michel Lallement sur le site d’information et d’analyse AOC. Le sociologue du travail souligne que les chercheurs en sciences sociales ont été « particulièrement sensibles » à l’expression négative de la « critique en acte » des inégalités, aux conflits et luttes sociales, mais qu’ils ont été « moins attentifs en revanche à son volet positif » : « l’effort consistant à créer un écart entre ce qui est et ce qui pourrait être ». C’est l’objet de son dernier livre, consacré aux « aventuriers de l’utopie », publié au Seuil sous le titre Un désir d’égalité. Vivre et travailler dans des communautés utopiques. On pourrait lui rappeler que zadistes et « gilets jaunes » ont été copieusement enquêtés sur leur vie collective, reste que son étude détaillée est éclairante. 

Aux États-Unis, ces bâtisseurs des possibles résident dans ce que l’on nomme des « communautés intentionnelles » (intentional communities). Ces groupes ont pour traits communs de vivre et de travailler dans un même espace, de partager tout ou partie de leurs biens et de leurs ressources et, ce faisant, de se placer délibérément aux marges du « grand monde » et de l’économie capitaliste.

« C'est mon histoire. »

Le dernier film de Ken Loach sort demain. Sorry we missed you raconte les ravages de l'ubérisation du travail, à travers le destin cabossé d'une famille de Newcastle. Le réalisateur, dont les films ont souvent l’apparence de documentaires, s’explique sur son choix du cinéma dans La Croix L’Hebdo

Le cinéma est plus humaniste et permet davantage la nuance. Un film, ce n’est pas un programme politique.

Ce qui lui permet de souligner, au-delà des idées, « nos contradictions, la comédie de nos existences, les relations humaines. Cela dit, il reconnaît dans l’entretien pour Marianne avoir été marqué à ses débuts par la collaboration avec les scénaristes de la BBC pour des documentaires sur les sans-abri et les pauvres. C’est pourquoi il travaille avec des acteurs non-professionnels. « Kris, qui incarne Ricky, a été chauffeur pendant vingt ans. Quand je lui demandais : « Que ferais-tu dans cette situation ? », il pouvait me répondre. Je ne pourrais pas poser cette question à un acteur », explique-t-il à propos de son dernier film. Et sur Moi, Daniel Blake, palme d’or à Cannes en 2016, qui raconte l’histoire d’un menuisier anglais de 59 ans, contraint de faire appel à l'aide sociale à la suite de problèmes cardiaques et qui se voit signifier l'obligation de rechercher un emploi, il rappelle qu’il a « participé à de nombreuses rencontres, notamment dans des centres médico-sociaux, où des centaines de gens sont venus. 

Et beaucoup nous ont dit, après avoir vu le film : « C'est mon histoire. » Là, notre démarche prend tout son sens. 

Par Jacques Munier

Ce soir 20H A voix nue, sur France Culture : Ken Loach, l'insurgé (2/5) L'éclosion d'un cinéaste politique

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