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Le Temple du soleil, version arménienne

Tintin géographe

5 min
À retrouver dans l'émission

Pendant les vacances, pourquoi ne pas écouter la radio en famille ? Les aventures de Tintin se poursuivent sur France Culture, toute cette semaine à 20H30, avec Le Temple du Soleil.

Le Temple du soleil, version arménienne
Le Temple du soleil, version arménienne Crédits : Getty

Dans une superproduction quasiment hollywoodienne associant notre chaîne, la Comédie-Française, Moulinsart et l’Orchestre national de France, une réalisation signée Benjamin Abitan… L’occasion d’évoquer un dernier opus dans la bibliographie déjà imposante des études consacrées au reporter du Petit Vingtième : Les géographies de Tintin, publié à CNRS Éditions. Vincent Veschambre évoque dans les albums la présence des cartes, outils privilégiés du géographe. D’une manière générale, elles font partie du décor, accrochées au mur derrière un personnage représentant l’ordre – policier ou militaire – dont elles apparaissent comme l’un des attributs de pouvoir. De ce point de vue elles jouent le rôle que Thierry Groensteen assigne aux icônes dans la bande dessinée : introduire une tension dans le récit séquentiel, comme dans l’exemple du tableau, « icône fixe, isolée, alors que les cases sont solidaires et animées par leur succession ». Ce qui ouvre une zone de résistance à réduire ou contaminer par tous les moyens : le meilleur exemple, c’est celui « du portrait du chevalier de Hadoque, que son descendant finit par incarner en crevant la surface de la toile, suite à un combat imaginaire et alcoolisé dans Le Secret de la Licorne ». Sinon, l’usage de la carte géographique pour se repérer dans l’espace est plutôt rare. C’est le cas de la première case du Temple du Soleil qui situe le Pérou dans le continent sud-américain, et le port de Callao où Tintin et le capitaine viennent de débarquer à la recherche du professeur Tournesol, enlevé pour avoir été mêlé à l’expédition qui a profané la sépulture du roi Inca Rascar Capac et ramené sa momie. 

Boucherie Sanzot

Le « pisco »… Dans la géographie alimentaire de Tintin – et surtout du capitaine Haddock – Jean-Robert Pitte relève l’omniprésence des boissons alcoolisées. Le whisky, bien évidemment, à l’origine de nombreux débordements qui relancent l’intrigue au moment opportun. À cet égard le sobre – voire abstinent – Tintin est d’une indulgence constante, comme le montre l’épisode du Temple du soleil où le capitaine achève sur un rocher au bord d’un précipice une vertigineuse dégringolade dans les Andes, due à un excès du breuvage. Commentaire résigné qui reflète le mélange de respect et d’affection que Tintin porte à son aîné : « Il y a un Dieu pour les amateurs de whisky »… À part ça, les scènes de gueuleton sont rares, du fait sans doute de leur caractère statique dans des aventures au rythme d’action soutenu et le frugal Tintin mange peu. Ses semelles de vent semblent suffire à son hyperactivité. Par contre les scènes de tablées renversées et de vaisselle brisée sont fréquentes. Si un certain nombre de mets locaux typiques sont évoqués, c’est plus souvent dans les noms de personnages : Hippolyte Bergamotte – l’américaniste des 7 boules de cristal – le général Tapioca, Rodrigo Tortilla, Porfirio Bolero y Calamares, Kaviarovitch, Walter Risotto ou le marquis Di Gorgonzola… 

Moule à gauffres !

« Bougres de marchands de guano »… Les légendaires insultes du capitaine peuvent à l’occasion prendre une couleur locale. C’est un chapitre à part entière, assumé par Aymeric Landot : les injures géographiques. Au top du palmarès : mille sabords, tonnerre de Brest – qui dénotent leur contexte marin – ou Bachi-Bouzouk, bayadère de carnaval, Canaque et Apache, plus connotées ethniquement et disons aussi géographiques pour arrondir les angles d’un racisme latent. Mais justement, la plupart des insultes sont « axiologiquement neutres », histoire de les « dévulgariser », souci constant d’un auteur s’adressant à un public protégé par la loi sur la littérature jeunesse. C’est ainsi que sonnent des injures aux consonnes et palatales trébuchantes, juste sonores et suggestives : pantoufle, logarithme, anacoluthe, nyctalope, catachrèse… Toute une litanie de malédictions métaphoriques et hautes en couleur.

Par Jacques Munier

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