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manifestation de soignants des hôpitaux psychiatriques, Paris, 21 mars 2019

La psychiatrie en crise

5 min
À retrouver dans l'émission

La semaine dernière un rapport parlementaire sur la situation de la psychiatrie en France a été rendu public. Le constat qu’il dresse est alarmant.

manifestation de soignants des hôpitaux psychiatriques, Paris, 21 mars 2019
manifestation de soignants des hôpitaux psychiatriques, Paris, 21 mars 2019 Crédits : AFP

« La filière psychiatrique, et en particulier la psychiatrie publique, est au bord de l’implosion, et la sur-occupation des lits est un fléau pour les patients comme pour les soignants » résument les députées Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (France insoumise), les auteures du rapport, avant d’ajouter : « L’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut-il encore soigner les malades ? » Au-delà du manque de moyens, c’est aussi l’organisation en « mille-feuille » des structures qui est mise en cause, héritée selon elles du modèle mis en place dans les années 1960 : celui de la psychiatrie dite « de secteur ». Comme le rappelle Mathilde Goanec dans Mediapart, « pour sortir de la logique asilaire et ouvrir les malades vers la cité, l’institution psychiatrique se divise en « secteur », crée des équipes d’infirmiers extra-hospitalières, des structures d’accueil pluridisciplinaires en ville (comme les CMP, centres médico-psychologiques), le tout tournant autour de l’axe central que reste l’hôpital psychiatrique public. Chaque secteur correspond à un bassin de population. » Ce modèle est jugé en échec, mais pour le pédopsychiatre et psychanalyste Yann Diener « le dispositif qu’on appelle la sectorisation marche en soi. Le problème, c’est qu’il a été déshabillé depuis vingt ans ». Et de prendre l’exemple du XIVe arrondissement de Paris, qui dépend de l’hôpital Sainte-Anne. 

Dans cet arrondissement, en pédopsychiatrie, le dernier centre médico-psychologique (CMP) a fermé il y a quatre ans. Il ne reste plus, à proprement parler, de structure, en ville, accessible aux enfants et à leurs familles. Pour plaire à l’Agence régionale de santé (ARS), Sainte-Anne a tout regroupé dans un centre au bord du périphérique, délabré en plus, pour mutualiser et faire des économies. 

Résultat : les centres médico-psychologiques restants, censés proposer une aide au plus proche du domicile, sont saturés. « Dans ceux destinés aux enfants, le délai d’attente serait d’un an en moyenne » précise François Béguin dans Le Monde.fr. De ce fait, ajoute-t-il « les urgences psychiatriques deviennent la porte d’entrée du système et se retrouvent engorgées, au détriment des patients et des soignants ». Une conséquence relevée par Caroline Fiat et Martine Wonner dans leur rapport : « Face à l’impossibilité d’avoir rendez-vous au CMP ou chez un psychiatre libéral au début de la crise, en particulier le soir et le week-end, les patients se retrouvent inévitablement aux urgences, puis hospitalisés, alors que la crise, si elle avait été traitée en amont, aurait pu être évitée ». L’une des solutions selon les députées serait de développer la prise en charge en ambulatoire, c’est-à-dire sans hospitalisation. Et « par le biais du financement de la sécurité sociale, demander aux cliniques psychiatriques privées de participer à un soin de proximité, ou aux médecins de prendre tout type de malades en charge, de faire du soin d’urgence ». 

Autre mesure, prônée notamment par Pierre-Michel Llorca et Marion Leboyer, auteurs de Psychiatrie : l’état d’urgence (Fayard, 2018) : mettre en place une agence nationale en charge des politiques de santé mentale, sur le modèle de ce qui avait été fait pour lutter contre le cancer avec la création de l’Institut national du cancer. Le psychiatre était l’invité des Chemins de la philosophie, un entretien à retrouver dans la dernière livraison de la revue Papiers, la revue de France Culture, qui consacre un dossier au soin de l’âme. Pierre-Michel Llorca évoque l’histoire de sa discipline : la pratique de l’enfermement, dans des institutions d’abord religieuses, visait des catégories avant tout sociales – pauvreté, errance ou délinquance. Avec le temps, et la laïcisation du soin, on a laissé sortir certains individus et les autres ont formé ce « dépôt » qui aurait selon lui constitué la psychiatrie comme branche de la médecine. Mais les rapports avec la science médicale restent flous : « on n’a pas encore trouvé de corrélation entre des anomalies objectivables au niveau du corps et des symptômes psychiques ». Inversement, la psychanalyse a identifié le symptôme physiologique comme un « élément de langage » du corps psychique. Alors, la psychiatrie branche de la médecine, ou la médecine branche de la psychiatrie ? demande Éric Bogaert sur le site de la revue Pratiques, les cahiers de la médecine utopique. Le psychiatre de secteur revient sur ses premières années en banlieue : « les patients étaient plus souvent adressés qu’ils ne s’adressaient, et présentaient, dans un ordre décroissant, pathologies psychotiques, névrotiques dans un contexte social défavorisé, troubles de la personnalité sévères, troubles du comportement liés à l’usage de substances toxiques et/ou bousculant l’ordre social ». Et il observe que la file des patients n’a cessé de s’allonger depuis, et la palette des pathologies s’est élargie aux états dépressifs névrotiques, et surtout aux « souffrances psychosociales ».

Par Jacques Munier

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