LE DIRECT

La campagne américaine

4 min
À retrouver dans l'émission

À un peu plus de deux mois de l’élection présidentielle américaine, la commission d’investiture républicaine qui se tient du 24 au 27 août semble dominée par l’ambition personnelle de Donald Trump.

Au point que le Parti républicain « est devenu une machine placée au service exclusif du président, où la loyauté à l’égard de ce dernier compte plus que les vieux principes comme la discipline budgétaire ou le libre-échange », observe Gilles Paris dans Le Monde. Donald Trump a repris depuis juillet ses points de presse en principe consacrés à l’épidémie mais de fait destinés à compenser l’impossibilité de multiplier les meetings de campagne et contrairement à l’usage, il envisage de s’exprimer tous les soirs jusqu’au discours d’investiture. Il faut dire que la tâche est ardue. Distancié dans les sondages par son adversaire démocrate, Trump est jugé sévèrement par les Américains pour sa gestion de la crise sanitaire. 

Bas les masques

Dans les pages idées du quotidien, l’écrivain Douglas Kennedy s’en prend notamment aux positions du président et de ses soutiens les plus fervents à l’égard du masque, « un truc de mauviette ».

Les vrais bons machos cent pour cent américains n’ont pas besoin d’une protection faciale aussi « émasculatrice ». Seuls les poltrons efféminés, multiculturalistes et politiquement corrects portent le masque… et, ce faisant, renoncent à l’individualisme forcené qui est l’une des pierres angulaires de notre identité nationale.

Douglas Kennedy rapporte ce clivage à celui qui oppose depuis des décennies les tenants d’un darwinisme social où l’intérêt personnel est le seul but, assorti au laisser-faire capitaliste, à des conceptions plus solidaires du bien commun. 

Les Etats-Unis connaissent depuis cinquante-deux ans une sinistre guerre culturelle, qui remonte à l’élection de Nixon en 1968 après une campagne qui avait divisé le pays entre une prétendue « majorité silencieuse » d’Américains pieux et conservateurs et les progressistes des deux côtes. L’anti-intellectualisme, le fondamentalisme chrétien et la supériorité/misogynie de l’homme blanc sont les principes directeurs de cette Amérique profonde en colère, celle-là même qui a porté Donald Trump au pouvoir.

Discrimination positive

Ce clivage s’illustre également à propos de la « discrimination positive », un ensemble de mesures visant à améliorer l’accès à l’université et à l’emploi de membres des groupes considérés comme historiquement désavantagés, en particulier les Afro-américains et les Amérindiens. Comme le rappelle dans le FigaroVox Paul May, professeur de science politique à l’université du Québec à Montréal, spécialiste du multiculturalisme et qui a enseigné à Harvard, « pour ses partisans, la discrimination positive est considérée comme la continuation de la lutte pour les droits civiques. Pour ses contempteurs, elle se fait nécessairement au détriment de personnes plus méritantes ». Aujourd’hui, des procès sont intentés contre certaines grandes universités comme Harvard ou Yale au motif des effets pervers de l’affirmative action qui désavantagerait les étudiants d’origine asiatique. La sortie à point nommé d’un rapport du ministère de la Justice qui affirme que les étudiants d’origine asiatique ou blancs auraient entre quatre et dix fois moins de chances d’être admis à l’université de Yale que les candidats noirs américains vient alimenter la polémique qui ne manquera pas d’être instrumentalisée dans la campagne présidentielle par les partisans de Donald Trump. Car le but des opposants à la discrimination positive n’est pas seulement de l’aménager mais consiste à la proscrire définitivement par le biais d’une décision de la Cour suprême. Or les discriminations, quant à elles, demeurent. 

Black Lives Matter

Dans les pages idées de Libération, la romancière Lily Brett évoque l’espoir de changement qui naît avec le mouvement Black Lives Matter. 

Depuis que la vidéo du meurtre de George Floyd a été rendue publique, écrit-elle, ce mouvement a gagné une audience et une puissance inédites. La colère monte au sein d’une grande partie de la population, et nous sommes de plus en plus nombreux à prendre enfin la mesure du nombre d’hommes noirs qui ont été assassinés par la police et continuent de l’être. 

Lily Brett estime que le nombre ne cesse d’augmenter de ceux qui espèrent que la refonte attendue de la santé publique, de l’éducation, des soins infantiles et du système judiciaire pourrait enfin avoir lieu. Et que nous sommes désormais de par le monde, au-delà des différences, « si nombreuses, si nombreux à espérer que le racisme et les discriminations vont enfin diminuer ». 

Mais pour le président Trump, rappelle-t-elle, le mouvement Black Lives Matter n’est qu’un «symbole de haine».

Ce dimanche encore, un policier de Kenosha, dans le Wisconsin, a tiré sept fois dans le dos de Jakob Blake, un Africain-Américain désarmé, sous les yeux de ses enfants. Très grièvement blessé, l’homme a été transporté dans un hôpital de Milwaukee, où il se trouve depuis entre la vie et la mort.

Par Jacques Munier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......