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"Les violences des détenus ne doivent pas relativiser celles des surveillants"

Violences en prison

5 min
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Les agressions de surveillants de prison sont fréquentes. Mais l’OIP (Observatoire international des prisons) alerte aussi dans un rapport récent sur les violences commises par les personnels pénitentiaires.

"Les violences des détenus ne doivent pas relativiser celles des surveillants"
"Les violences des détenus ne doivent pas relativiser celles des surveillants" Crédits : AFP

Selon les chiffres de l'administration, chaque année, plus de 4 000 agressions sont commises contre des surveillants. C’est ce que rappelle Bruno Rieth dans le dossier consacré par l’hebdomadaire Marianne à la « démolition » du service public : privatisation de fleurons, coupes dans les effectifs de police, suppression de tribunaux, austérité budgétaire à l'hôpital… et « sous-effectif chronique dans les prisons ». L’un des surveillants rencontrés par le journaliste évoque bien des embauches pour y remédier mais selon lui la formation est insuffisante et le recrutement problématique : « à la dernière session, il n'y a eu que 20 % des inscrits qui se sont présentés aux examens ». Du fait des problèmes de sécurité, du manque de reconnaissance et d’une faible rémunération « on se retrouve avec des gardiens qui ont eu 5 sur 20 au concours d'entrée ». La revue Dedans-Dehors éditée par l’OIP, publie les résultats d’une grande enquête sur les violences commises par les personnels pénitentiaires, qui alimentent un cycle infernal de provocations et représailles. Car « les violences des détenus ne doivent pas pousser à relativiser celles des surveillants. Et encore moins à les taire. » La sociologue Antoinette Chauvenet, co-auteure d’un ouvrage sur la violence carcérale et qui a travaillé sur le métier de surveillant, évoque elle aussi la question de la formation, notamment aux méthodes d’intervention, qui devraient mettre davantage l’accent sur « la sécurité dynamique, basée sur la relation ». Elle insiste sur l’importance du « débriefing » qui « devrait être systématique après chaque intervention pour analyser les pratiques mises en œuvre ». En particulier « quand un surveillant a été frappé par un détenu, parce que certains traînent des histoires terribles et ont de telles rancœurs qu’ils ne peuvent plus travailler correctement et haïssent leur métier ». Enfin, elle pointe « la surpopulation carcérale mais aussi l’augmentation continue de la durée des peines » en citant une étude qui établit une corrélation entre l’accroissement du nombre de violences et l’allongement de la durée des peines. 

Déni de droit

On sait qu’il est beaucoup plus difficile pour un détenu de dénoncer des violences dont il a été victime. Nombreux sont ceux qui craignent les représailles, comme le souligne Laure Anelli dans la présentation du dossier. « Rétention de produits cantinés ou de courrier, privations de douche, de promenades, de travail ou d’activités », l’éventail des moyens de pression est large… Se pose aussi le problème de la production de la preuve, qui fait que l’agressé peut se retrouver dénoncé comme agresseur, et le laxisme de l’administration centrale, qu’un directeur de prison déplore en ces termes : 

« Elle sait se montrer impitoyable avec les surveillantes qui tombent amoureuses de détenus. À l’inverse, les sanctions sont dérisoires quand les surveillants tapent sur les détenus. » 

Enfin, l’attitude de la justice, pour laquelle la parole d’un surveillant aura toujours plus de poids, est mise en cause. Un magistrat évoque même « un véritable déni de droit pour les personnes détenues », conduisant à cette situation paradoxale que la loi semble ne pas s’appliquer à ceux qui sont chargés de la faire respecter.

Les inégalités face à la Justice

C’est précisément le sujet du dossier de la revue Délibérée, animée par le syndicat de la magistrature : les inégalités face à la Justice. Comment elle peut contribuer à lutter contre les inégalités et discriminations, mais aussi les inégalités des justiciables face à elle. Pour analyser celles-ci, Alexis Spire et Katia Weidenfeld avancent la notion de « capital procédural ». Il résulte de la combinaison « des ressources mobilisées dans différentes sphères du monde social. 

La propension à obtenir gain de cause devant les juges, et plus généralement à faire valoir ses droits, résulte en effet d’un cumul des différentes formes de capital mises au jour par Pierre Bourdieu.

Le capital économique, qui permet de supporter le coût des démarches sur la durée ; le capital culturel qui assure le comportement adéquat face aux professionnels du droit ainsi que les compétences pour se repérer dans les méandres de la procédure ; et enfin le capital social recouvrant l’ensemble des réseaux à mobiliser pour bien choisir les professionnels ou bénéficier de bons conseils. La notion de « capital procédural » met au jour une dimension symbolique plus éclairante sur l’action des justiciables que le simple calcul rationnel « des coûts et des avantages pouvant découler de l’action engagée ». Elle fait apparaître les inégalités face à l’administration de la justice en dépassant « une analyse qui tienne compte seulement des propriétés individuelles des justiciables pour penser leurs chances de succès devant une juridiction en termes d’interaction sociale ». Car la garantie de l’impartialité des juges ne suffit pas à placer les parties en présence sur un pied d’égalité, surtout lorsqu’on s’oppose à une institution puissante.

Par Jacques Munier

A lire aussi : Mensuel CQFD Dossier Prisons : défaire le mur

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