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La place Tahrir à Bagdad, 28 octobre 2019

Le climat social dans le monde

5 min
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Alors que la jeunesse d’Irak rejoint le mouvement de contestation, l’ampleur et la multiplication des mobilisations sociales dans le monde suscitent analyses et commentaires.

La place Tahrir à Bagdad, 28 octobre 2019
La place Tahrir à Bagdad, 28 octobre 2019 Crédits : AFP

Des milliers d’étudiants se sont rassemblés lundi dans plusieurs villes d’Irak – rapporte Le Monde qui rappelle le bilan de plus de 200 personnes tuées et plus de 8 000 blessées. Les manifestants, les fonctionnaires en grève et les syndicats dénoncent la corruption du régime, responsable de la dilapidation de l’équivalent du double du PIB de l’Irak, pourtant riche en pétrole. Ils réclament la dissolution du Parlement et une nouvelle Constitution.

En seize ans, le complexe système de répartition des postes en fonction des confessions et des ethnies n’a fait que renforcer le clientélisme d’une classe politique inchangée, sans laisser d’horizon ouvert aux jeunes, dont un sur quatre est au chômage.

Comme un air de « déjà vu », « la mobilisation gagne en ampleur sur l’emblématique place Tahrir à Bagdad, qui s’est couverte de tentes, de stands de distribution de nourriture et de protections contre les grenades lacrymogènes. » Dans les pages idées du quotidien, Emmanuelle Barozet et Ivan Sainsaulieu évoquent à propos de « la violente déflagration sociale au Chili » la convergence planétaire d’une « pluralité des sentiments d’injustice ». Certains de ces mouvements ont « une causalité économique immédiate, comme le refus de nouvelles taxes ou la hausse des prix (France, Liban, Equateur, Chili) ; d’autres ont des causalités politiques, autour de revendications démocratiques (Venezuela, Algérie, Soudan, Egypte, Bolivie) ». Mais souvent les deux aspects se rejoignent – observent les sociologues – « car l’autoritarisme et la concentration des richesses sont des phénomènes intriqués ». C’est le cas au Chili, où « l’économie rentière monopolistique et le capitalisme familial accentuent les tendances autoritaires ». Au Liban, le politiste Ziad Majed évoque « un air de Mai 68 », tant les revendications des manifestants vont « au-delà du renversement des élites politiques » et visent aussi « le racisme, le sexisme et les discriminations ». Il souligne que la mobilisation s’est étendue à l’ensemble du pays, jusqu’à « des localités du Liban sud, fief du Hezbollah chiite, considéré comme l’acteur le plus puissant du pays et le plus rassembleur de sa communauté », et que « cette nouvelle dynamique citoyenne crée un précédent dans la culture politique du pays ». Là aussi la mobilisation se traduit par l’occupation des espaces publics et notamment « les places des grandes et moyennes villes du pays ».

Le rond-point et la table ronde

Dans la dernière livraison de la Revue du crieur, l’architecte Eyal Weizman et son équipe analysent les liens entre les ronds-points et les soulèvements populaires. « Cette disposition circulaire paraît donner de la force aux collectifs politiques en construction. » Dans cette « approche spatiale des soulèvements » d’un point de vue historique, ils soulignent « une dynamique d’imitation » et de contagion. L’avantage du rond-point, c’est qu’on « peut faire le siège d’une ville entière en exerçant une pression sur un unique point clé à l’intérieur d’une infrastructure en réseau ». Par ailleurs, les places affichent souvent une « puissance symbolique » due aux monuments représentant le régime. Le rond-point exercerait un attrait comparable du fait de sa conception : l’autorégulation des usagers. Son développement au XXe siècle « coïncide en effet avec l’essor de la dérégulation et de l’autorégulation comme principes dominants » des théories politiques et économiques libérales. Enfin, par rapport au modèle du panoptique décrit par Foucault, il renverse les rôles, les citoyens n’étant plus les surveillés mais ceux qui scrutent le régime et voient venir sa police. Pour Eyal Weizman, il faut ajouter au dispositif celui de la « table ronde polonaise », autour de laquelle se déroulèrent les négociations entre Solidarnosc et le gouvernement Jaruzelski.

Une réponse à Foucault

Le site de la revue Ballast publie un grand entretien avec Ludger Schwarte, auteur d’une Philosophie de l'architecture (La Découverte). Comment l’architecture donne-t-elle forme aux événements ? Réponse : « Une révolution connaît deux types de dramaturgies, à savoir l’assaut sur le palais du souverain et le renversement de sa statue sur la place de la ville ». Ainsi, à Paris en 1792, « les masses révolutionnaires arrachent les statues de Louis XIV et Louis XV sur la place des Victoires, la place Vendôme et la place Louis XV — rebaptisée place de la Révolution, et aujourd’hui place de la Concorde ». Or, « de nombreuses places comme la place Alexander à Berlin, la place Tahrir au Caire, la place de l’Indépendance à Tunis ou la place Maidan à Kiev sont issues de ces architectures parisiennes ». Le philosophe dit avoir conçu son livre comme une réponse à Foucault, qui « a beaucoup parlé de l’architecture » en tant que technologie de pouvoir mais pas comme « un art de la construction des possibles ».

Par Jacques Munier

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