LE DIRECT
Le 1er mai 2016 à Nantes

Le droit au travail

5 min
À retrouver dans l'émission

À la veille du 1er mai, le travail n’est pas vraiment à la fête…

Le 1er mai 2016 à Nantes
Le 1er mai 2016 à Nantes Crédits : F. Dubray - Maxppp

À l’Institut d’études avancées de Nantes, dont il est le fondateur, Alain Supiot s’est confié à Antoine Reverchon pour Le Monde. Le professeur au Collège de France *, spécialiste du droit du travail, évoque les menaces qui pèsent désormais sur cette fondation pourtant classée en 2015, sept ans après sa création, dans le top 10 mondial des Instituts d’études avancées. Là, 300 chercheurs de 34 disciplines et de 52 pays se sont succédé, sélectionnés pour la qualité et l’originalité de leurs travaux – la moitié venant d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. 

Ici, c’est tout le contraire de l’université. Pas de programmation de la recherche, pas d’enfermement disciplinaire, pas d’évaluation quantifiée. Alain Supiot

Tout le contraire, aussi, de ce qu’est devenu le travail, notamment dans sa version numérique : « l’informatique assigne aux salariés des moyens, des objectifs et des tâches, renvoyant la responsabilité et les risques au travailleur et non plus à l’entreprise ». Reste le droit, qui équilibre les rapports de subordination dans la relation de travail. Or il est constamment érodé. 

"Comment miner la capacité de résistance des salariés"

Dans Le Monde diplomatique Hélène Yvonne Meynaud, Juge des prud’hommes et sociologue fait le bilan des atteintes au droit du travail, « censées développer l’emploi », mais qui « contribuent à sa précarisation, tandis que la complexification de l’accès au juge en éloigne les classes populaires ». Résultat : le recours aux conseils de prud’hommes ne cesse de baisser. En cause, les ruptures conventionnelles qui augmentent, « souvent négociées selon les minima légaux, le coût financier de la rupture étant reporté de l’employeur vers Pôle emploi, qui verse des indemnités de chômage », mais aussi les délais de prescription raccourcis et une complexification des démarches pour les salariés. Notamment dans l’exercice de la preuve : depuis la loi sur le secret des affaires, « les documents qui peuvent prouver tel ou tel fait » deviennent parfois « impossibles à produire devant un tribunal, car déclarés confidentiels par l’entreprise ». Par ailleurs, le nouveau barème d’indemnisation plafonné, en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, « dessaisit le juge, privé de toute marge de manœuvre pour évaluer la faute de l’employeur et réparer le préjudice subi par le salarié ». C’est pourquoi, en s’appuyant sur des lois sociales européennes qui s’imposent en droit français, voire sur le code civil, de nombreux conseils de prud’hommes ont décidé de s’en écarter. 

Le travail sans qualités

Le Figaro publie, en pages Champs libres, les bonnes feuilles du livre de Pierre Vermeren, à paraître chez Tallandier : La France qui déclasse Les Gilets Jaunes, une jacquerie au XXIe siècle. Guillaume Perrault, qui a choisi les extraits, résume ainsi les grandes lignes du malaise français qu’il détaille : « activités productives en déclin, faiblesse des salaires nets, cultures populaires et savoir-faire professionnels anémiés, paysages enlaidis, règne de la grande distribution et de la restauration de mauvaise qualité, irritation face à un discours public moralisateur… » En voici des extraits : 

La recherche d’une forte rentabilité associée au coût élevé du travail en France entraîne la destruction massive d’emplois productifs (agricoles, miniers et industriels) et de services jugés inutiles ou substituables. 

Conséquence : « La France est devenue le champion du tertiaire européen avec 76 % des emplois dans ce secteur (88 % pour les femmes) ». Souvent déqualifié et mal rémunéré, ce travail place les classes populaires devant une alternative : soit en accepter les conditions délétères, soit y renoncer pour basculer « dans le système économique socialisé » lequel illustre une logique perverse : « la France distribue les plus généreuses prestations sociales au monde (le quart de son PIB) ». Une économie sociale hors marché dont « la grande distribution, le logement, les loisirs, la médecine, le système de formation, etc. dépendent aussi », du fait « de la distribution des paiements de transfert. 

Les huit à neuf millions de pauvres sont ainsi économiquement intégrés au système, et ils contribuent indirectement à la croissance globale, non par l’emploi dont ils sont exclus, mais par l’économie sociale pourvoyeuse de rentes. 

L’une des conclusions qu’on peut en tirer, c’est que le « coût du travail » maintient un système permettant provisoirement tous les « réajustements » et « restructurations » au bénéfice des actionnaires d'entreprises qui feraient mine de le déplorer… Tout comme le chômage, disait déjà Marx, entretient « l’armée de réserve » des travailleurs disponibles à n’importe quelle condition. 

L'étoffe des genres

La dernière livraison de la revue Travail, genre et sociétés (La Découverte) propose un dossier sur les habits de travail. Croiser ces deux approches – le genre et le travail – sur la question s’avère extrêmement révélateur de « la façon dont les rapports de pouvoir sont incarnés, mais aussi les processus par lesquels ils sont contestés : les conflits sur les codes vestimentaires au travail peuvent constituer un levier pour une mise en question plus large des formes de division sociale ou genrée des rôles professionnels ».

Par Jacques Munier

* Titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Soudan, Libye, Egypte : l’autoritarisme, grand gagnant des révolutions ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......