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Manifestants algériens le 1er mai 1952 à Paris, rue du Faubourg Saint-Antoine

La sève rouge du 1er mai

5 min
À retrouver dans l'émission

L’histoire du 1er mai est intimement liée à celle du mouvement ouvrier.

Manifestants algériens le 1er mai 1952 à Paris, rue du Faubourg Saint-Antoine
Manifestants algériens le 1er mai 1952 à Paris, rue du Faubourg Saint-Antoine Crédits : AFP

Et en particulier à celle de la limitation du temps de travail à la journée de 8 heures, selon le principe des trois-huit : huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de sommeil. Ça fait au total une semaine de 48 heures puisque seul le dimanche était chômé. Et comme toutes les conquêtes sociales du monde ouvrier, celle-ci fut obtenue de haute lutte. Dans un livre devenu introuvable et opportunément réédité par les éditions Le mot et le reste – Histoire du Premier mai – Maurice Dommanget décrit en détail les origines et les évolutions de cette journée internationale, d’abord adoptée par le mouvement ouvrier dans la perspective de son unité d’action par-delà les frontières, puis inscrite dans la loi française plusieurs décennies plus tard – en avril 1947 – comme un jour chômé et payé. Maurice Dommanget était instituteur et syndicaliste, l’auteur de nombreux ouvrages d’histoire sociale. Il revient sur le Congrès socialiste international de 1889 à Paris, moment fondateur de la IIe Internationale, qui se prononça pour l’établissement d’une législation internationale du travail et la durée légale de la journée à huit heures. Parmi ses résolutions figure également l’institution d’une « grande manifestation internationale à date fixe ». Celle-ci est décidée pour le 1er mai, en accord avec la fédération des syndicats américains qui avait arrêté cette date en raison du moving day, le jour où de nombreuses entreprises entament leur année comptable et où les contrats ont leur terme, l'ouvrier devant souvent déménager pour retrouver du travail – d’où l’expression moving day

Grèves sanglantes

Pour le mouvement ouvrier américain, ce premier 1er mai de 1890 devait aussi commémorer le souvenir des luttes pour la journée de huit heures et notamment celui des grandes grèves du 1er mai 1886, dont la répression fit de nombreuses victimes, en particulier à Chicago. Dans la foulée, certaines entreprises accordent à leurs salariés les huit heures sans diminution de salaire. La brèche est ouverte pour les négociations. En France, le 1er mai 1891 est endeuillé par la fusillade de Fourmies, dans le Nord, qui fait neuf morts et trente-cinq blessés quand la troupe tire sur les manifestants pacifiques. Et c’est seulement après la Grande Guerre le Traité de Versailles qui fixe dans son article 247 « l’adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n’a pas encore été obtenue ». Auparavant le parlement français avait voté en avril 1919 la loi sur la journée de 8 heures. Du coup, les manifestations du 1er mai porteront sur d’autres revendications, comme les congés payés. Et au fil du temps, de nouveaux acteurs se saisiront de la journée, comme l’extrême-gauche ou les associations de travailleurs immigrés après Mai 68, ou encore les altermondialistes plus récemment, les chômeurs ou salariés précaires. Aujourd'hui, aux côtés des syndicats, les gilets jaunes et les écologistes.

Souffrance au travail

Aujourd’hui, la souffrance au travail pourrait être à bon droit l’un des motifs de mobilisation. Anne Rodier rend compte dans Le Monde du livre de Sylvaine Perragin Le Salaire de la peine, publié au Seuil. La psychologue du travail évoque « la dangereuse montée des tensions dans l’univers feutré des bureaux alors que 90% des actifs pensent que la souffrance au travail a augmenté depuis dix ans ». Et de livrer quelques chiffres alarmants : « En 2017, 400 000 personnes souffraient de troubles psychiques liés au travail ; 500 sont parvenus à les faire reconnaître comme maladies professionnelles. » En 2018, la France comptait « 3,2 millions de personnes “en danger” d’épuisement » ainsi que « plus de 4 000 infarctus directement dus au stress professionnel ». En cause les nouvelles méthodes de management, la surdité volontaire des DRH malgré les nombreux audits, et le développement d’un véritable business de la souffrance au travail qui opère comme un cautère sur une jambe de bois : « des fausses solutions étiquetées “bien-être au travail” ou “bonheur au travail”, dont le succès économique résulte d’un processus d’évitement : le stress des salariés est abordé dans une approche centrée sur l’individu qui écarte les causalités relatives à l’organisation du travail. Les entreprises passent ainsi à côté du sujet. »

Charles Gros, le découvreur de L’Internationale d’Eugène Pottier, militant socialiste tendance Jules Guesde et poète à ses heures, est notamment l’auteur d’une Marche du premier mai qui chante le renouveau. 

Comme aux arbres monte la sève, l’idée aussi monte au cerveau et la sociale se lève !

C’est lui qui évoque à propos des chansons populaires célébrant la fête du travail et les luttes ouvrières « la sève éternellement rouge du 1er mai ». Dans son Petit traité de sagesse d’un balayeur de rue, paru chez Pocket sous le titre Une rose et un balai (après avoir été publié par les éditions de l’excellente revue Conférence) Michel Simonet raconte le quotidien du cantonnier urbain qu’il a choisi d’être, « un travail ingrat mais d’où la grâce n’est pas absente ». Et pour la ménager, il plante tous les jours une rose à l’angle de son véhicule de fonction – le char à ordures. Une rose rouge.

Par Jacques Munier

A lire aussi : Thomas Morel : Les Enchaînés. Un an avec des travailleurs précaires et sous-payés (Pocket)

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