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Eric Piolle et Olivier Faure, Université d’été du PS

La politique à l’état gazeux

4 min
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Christian Estrosi appelle la droite à se rallier à Emmanuel Macron aux prochaines élections présidentielles, lançant de fait une campagne qui a démarré à bas bruit.

Eric Piolle et Olivier Faure, Université d’été du PS
Eric Piolle et Olivier Faure, Université d’été du PS Crédits : AFP

Le maire de Nice estime dans Le Figaro d’hier que l’entente est possible si Emmanuel Macron reprend les engagements de la droite sur la « sécurité » – l’appelant à « agir avec force pour établir l’autorité et l’ordre, réformer la justice des mineurs et confier des pouvoirs supplémentaires aux polices municipales » – et sur la « santé ». Selon lui, aucun candidat de la droite « ne s’impose naturellement ». Sans commenter directement ces propos, Françoise Fressoz évoque dans Le Monde « le théâtre d’ombres » qu’est devenue la scène politique à droite. 

Valérie Pécresse vante sa qualité de femme et Xavier Bertrand, son attention aux milieux populaires. Bruno Retailleau développe son discours sécuritaire, tandis que François Baroin, supposé le plus rassembleur, reste dans une prudente expectative.

Si la dynamique écologiste existe bien à gauche, elle est loin de souder les troupes et ce au sein même d’Europe Ecologie-Les Verts. 

Encore subliminal, le match entre le maire de Grenoble, Eric Piolle, et le député européen, Yannick Jadot, n’en exclut pas d’autres, les femmes étant en droit de se demander qui les représentera.

Et Jean-Luc Mélenchon, en passe d’annoncer sa troisième candidature à la présidentielle sous le signe de la révolution écologique, contribue à émietter un peu plus ce camp.

Que faire ?

« Nous n’en sommes pas encore au niveau de la campagne permanente qu’est la politique américaine, mais force est de constater que le quinquennat a eu pour effet pervers de raccourcir le temps de l’action politique et d’allonger celui de la campagne » souligne Chloé Morin dans l’hebdomadaire Le 1, consacré cette semaine aux 600 jours qui nous séparent de la présidentielle. Or, qui peut dire aujourd’hui « si le Covid-19 sera de l’histoire ancienne en 2022. Ni si et quand l’économie française rebondira, et avec quelles séquelles économiques et sociales », deux facteurs déterminants de cette campagne qui s’annonce plus improbable que jamais. « Théâtre d’ombres », l’expression revient sous la plume de Patrice Trapier pour désigner les sourdes manœuvres qui agitent les coulisses des états-majors politiques, « manœuvres de présélection des candidats aux règles fluctuantes depuis que les primaires ont plus ou moins fait faillite ». Pascal Perrineau estime que « le président est entré en campagne. Il a choisi un Premier ministre qui a l’image d’un homme des territoires – bien que son itinéraire soit celui d’un haut fonctionnaire –, un homme censé avoir les qualités qui manquent à un président éloigné des préoccupations locales ». Et puisque « les enquêtes d’opinion indiquent que les Français sont de plus en plus à droite et que la gauche est profondément divisée, le président a la volonté de préempter cet espace politique afin de rendre plus difficile l’émergence d’un candidat de droite ».

Un palimpseste de clivages différents

S’il est vrai que les Français semblent se retrouver de moins en moins dans l’antagonisme gauche-droite, d’autres clivages ont pris le relais, qui ne le recoupent pas vraiment et accentuent la confusion : Europe intégrée ou des nations, globalisation contre protectionnisme ou altermondialisme, communautarisme ou universalisme républicain… Un véritable palimpseste auquel s’ajoute, selon Edouard Tétreau dans Les Echos, le clivage générationnel. L’épargne des Français a doublé pendant la crise sanitaire – autant d’argent qui n’est pas investi – et le chômage partiel a creusé les déficits publics. 

Le vrai danger de cette pandémie est la bombe à retardement d’une génération qui a joué le jeu de ses aînés – investissement personnel et financier pour étudier en vue d’un métier – et à qui on refuse jusqu’à un simple stage aujourd’hui.

Le chroniqueur juge excessives les mesures sanitaires et surtout « la frilosité entretenue par un discours anxiogène », qui conduit des entreprises rentables à geler les embauches alors que 700 000 jeunes arrivent sur le marché du travail.

La fureur de vivre

Thomas Branthôme, qui participe à des rencontres avec les jeunes dans les quartiers populaires, évoque dans Libération la « rage » exprimée face aux discriminations et préjugés dont ils sont victimes

Tout sort souvent avec fracas, mais c’est que la plupart sont fracassés. Et dans l’interstice de ces fractures s’immisce le désordre du monde.

L’historien du droit et des idées politiques à l’Université de Paris estime que « la société ne semble plus capable de dessiner le sens de la vie en dehors du monde marchand » et qu’elle « capitule devant la réification des rapports sociaux ». Un constat qui s’applique à la politique… et qui affecte jusqu’aux ressources du langage. 

Le verbe se dérobe. Pourtant des tréfonds du pays, des quartiers aux gilets jaunes en passant par tous ceux qui dénoncent une démocratie devenue une voie sans voix, une aspiration commune monte, celle de recouvrer la parole.

Par Jacques Munier

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