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Manifestation devant le siège de Facebook après le scandale Cambridge Analytica

Information et réseaux sociaux

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Alors qu’en Europe la presse vient d’obtenir la rémunération des contenus utilisés sur les réseaux, aux États-Unis elle doit se contenter d’opérations de mécénat.

Manifestation devant le siège de Facebook après le scandale Cambridge Analytica
Manifestation devant le siège de Facebook après le scandale Cambridge Analytica Crédits : Getty

Facebook et Google multiplient les fonds destinés à soutenir la presse locale, ce qui inquiète une partie du secteur quant à l’indépendance éditoriale. Comme le soulignent Alexandre Piquard et Alexandre Berteau dans Le Monde, la démarche est paradoxale, alors que les deux géants « sont largement responsables de la crise de la presse locale aux Etats-Unis ». À cause de la chute des recettes publicitaires, les annonceurs ayant fui les pages des journaux – puis leurs sites Internet – pour les grandes plates-formes numériques, près de 1 800 titres ont disparu depuis 2004, « et le nombre de salariés dans les rédactions a chuté de 45 %, selon une étude menée, en 2017, par l’Université de Caroline du Nord. » Facebook, notamment, s’est engagé à investir 300 millions de dollars au cours des trois prochaines années dans des bourses pour des rédactions locales ou dans des fondations soutenant la presse de proximité. L’opération n’est pas désintéressée : Facebook et Google ont besoin des articles des éditeurs régionaux pour nourrir leurs nouvelles plates-formes consacrée à l’information locale et retenir les utilisateurs. 

"Là où passe l’industrie numérique, les services publics trépassent"

Dans Le Monde diplomatique Eric Klinenberg dénonce une autre forme de piratage de la vie locale : « Amazon a mis en concurrence les villes américaines pour l’accueil de son deuxième siège – et des emplois correspondants – en échange d’exonérations d’impôts. » Le sociologue à l’université de New York évoque la raréfaction des lieux de vie collective que sont les bibliothèques publiques, les librairies et les commerces de proximité partout où se sont implantés les géants du numérique, ainsi qu’une « vision indigente de l’infrastructure sociale ». Il rappelle qu’ « en d’autres temps les villes profitaient bien davantage de la présence d’un grand employeur », lequel se souciait même parfois « de construire des lieux qui profitent à tous, sans espérer en tirer une source de revenu ». Aujourd’hui, malgré les discours grandiloquents du PDG de Facebook sur les nouvelles communautés de « citoyens du monde », à Menlo Park où l’entreprise a établi son siège, « les habitants se demandent pourquoi leur ville devrait approuver l’expansion de la multinationale si elle n’obtient pas en contrepartie des ressources pour rénover les écoles, les parcs et les terrains de sport en ruine ». Et ce ne sont pas les somptueux campus, réservés aux cadres supérieurs, qui arrangent les affaires des petits commerces alentour, lesquels périclitent en asséchant la vie locale. 

La fin du journalisme ?

On le sait, en matière d’information, les réseaux numériques viennent caresser dans le sens du poil ce que les psychologues appellent le « biais de confirmation ». Antoine Perraud a lu pour _Mediapart_le livre d’Antoine de Tarlé qui vient de paraître aux éditions de l'Atelier : La fin du journalisme ? Dérives numériques, désinformation et manipulation. « On estime que sur 2 000 informations susceptibles d'atteindre un internaute, sur Facebook, seules 200 lui parviennent réellement. La sélection opérée par la plateforme est donc drastique, pour des raisons économiques : il ne faut pas que l'internaute disperse son attention si on veut l'atteindre efficacement avec la publicité ciblée. » S’y ajoute le phénomène de convergence, « d'autant plus marqué que les études d'opinion montrent que les usagers accordent spontanément leur confiance aux informations, même si elles sont erronées, à condition que celles-ci correspondent à leurs convictions ou qu'elles soient relayées par leurs amis. » Tout ça est bien connu mais l’auteur relève que « ce processus inexorable de désintégration de l'information » entraîne un « creusement des inégalités entre la minorité qui a la volonté et les moyens de diversifier ses sources et une vaste majorité, aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents, qui est prisonnière d'un système opaque mais efficace » avec en outre « des répercussions majeures sur le fonctionnement des institutions démocratiques ». Tenir pour responsable le dirigeant de chaque filiale nationale des GAFA (souvent un énarque ayant grassement pantouflé tel Laurent Solly chez Facebook) en cas d'actions civiles ou pénales, à l'instar d'un directeur de publication en vertu de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, devrait être la règle.

Abus de position dominante

Aux Etats-Unis on commence à parler d’abus de position dominante. Faut-il briser Facebook, Amazon et Google ? Comme au début du XXe siècle avec la compagnie pétrolière Standard Oil, ou le géant des télécommunications AT&T dans les années 80, demande l’hebdomadaire Marianne ? Nassim Nicholas Taleb, professeur d'ingénierie du risque à l'Institut polytechnique de l'université de New York, et auteur du best-seller mondial Le Cygne noir, estime carrément qu’ « il faut détruire les Google et Facebook ». Son critère : « personne ne doit avoir plus d'avantages dans la compétition qu'un marchand de chaussures de Mantes-la-Jolie. Or, ces mégaentreprises collectionnent les situations de monopole et de rente. »

Par Jacques Munier

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