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Times Square à New York, le 4 novembre 2020

Trump ou Biden ?

5 min
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On attend toujours le résultat des élections américaines, qui s’avèrent plus indécis que prévu. Quel que soit le vainqueur, il héritera d’un pays profondément divisé.

Times Square à New York, le 4 novembre 2020
Times Square à New York, le 4 novembre 2020 Crédits : AFP

« Et sans l’état de grâce habituellement réservé au vainqueur », ajoute Julien Bisson dans l’édito de l’hebdomadaire Le 1. « Signe des temps – ajoute-t-il : depuis le mois de mars, les Américains ont déjà acheté plus de quinze millions d’armes à feu, un bond de 91 % par rapport à l’an passé. » Que ce soit pour compléter sa collection dans la perspective d’un contrôle accru en cas de victoire démocrate ou pour se défendre dans un climat de guerre civile… « Mettez ensemble beaucoup d’armes et beaucoup de gens en colère, et vous êtes assurés de nourrir une situation explosive », s’inquiète Russell Banks. Qui souligne également la « diversité culturelle, ethnique, linguistique » du pays, « mais aussi sa fragilité ». 

C’est un pays qui peut être vite déchiré si on s’y emploie – et Trump s’y est employé mieux que personne.

L’écrivain rappelle que la démographie américaine évolue, « les Blancs ne formeront bientôt plus la majorité de la population », et cela suscite le désespoir « chez ceux qui n’ont jamais eu d’autre privilège que leur domination raciale ». Une démographie qui lui donne pourtant quelques raisons d’espérer et notamment « l’énergie de la jeune génération face aux questions environnementales et au changement climatique ». Célia Belin, qui a publié en coédition Fayard/ Fondation Jean-Jaurès Des démocrates en Amérique, s’étonne de l’âge des deux candidats alors que du côté démocrate, une vingtaine d’impétrants étaient en lice, « dont six femmes, des Noirs, des Latinos, des Asiatiques, avec une grande diversité de parcours et de positionnements, souvent progressistes ». Selon la chercheuse, Joe Biden s’est imposé face à Trump « comme une valeur refuge, presque comme une coquille vide à l’intérieur de laquelle chacun pouvait verser ses propres aspirations ». Et elle fait le pari que s’il est élu, « ces jeunes progressistes demanderont à être représentés au sein de son cabinet, à des postes clés comme le Trésor ou l’Environnement », et qu’ils s’emploieront à infléchir sa politique en adoptant certaines mesures du Green New Deal, axé sur la justice sociale et environnementale.

Le bilan économique et social de Trump

Sur le site AOC, Romain Huret s’attarde sur le bilan du président sortant et s’étonne qu’il ait autant « négligé la partie de son électorat qui lui a permis d’être élu ». Il a remis en cause l’Obamacare et promis de l’abroger s’il était réélu, une loi qui a pourtant apporté une couverture santé pour les millions d’Américains qui en manquaient, et parmi eux de nombreux ouvriers. Il a accéléré le déclin de la « démocratie industrielle » instituée depuis les années 1930, réduisant encore les possibilités de défense et de représentation syndicale dans les entreprises. Même son bilan économique et en termes d’emploi – jusqu’à l’hiver dernier – est remis en cause par de nombreux économistes car il n’aura sans doute rien de durable : sa politique ressemble « à ces reprises d’entreprises, obtenues à renfort d’exonérations fiscales, mais dont chacun sait qu’elles ne feront que retarder l’échéance ». Et sur le plan de l’énergie, elle est « un cas d’école de cette politique par à-coups ». Rouvrir les mines de charbon était une promesse illusoire et coûteuse d’un point de vue environnemental, de même que le fracking – la fracturation hydraulique des sols pour en extraire des hydrocarbures – généralisé « par des compagnies qui passent d’une zone à l’autre en laissant dans le paysage les traces physiques de cette politique par à-coups ».

L’ordre international qui vient

Quant à la géopolitique et l’ordre international, Olivier Zajec estime dans Le Monde diplomatique que le changement ou la permanence du locataire de la Maison Blanche ne devraient pas les bouleverser, les choix diplomatiques des États-Unis ayant « cessé de déterminer tous les équilibres stratégiques ». L’ambition du candidat Biden de renouer avec la mission de « guider le monde démocratique », comme l’exprimait le président Obama, « non seulement par l’exemple de notre puissance mais aussi par la puissance de notre exemple » n’a plus cours dans un monde multipolaire. En cela, Trump n’aura fait qu’accentuer le mouvement. En réduisant les relations internationales à l’affrontement avec la Chine, il a fait courir le risque du piège de Thucydide à son pays : la puissance dominante qui entre en guerre avec la puissance émergente, poussée par la peur que suscite son surgissement. Le politiste déplore en l’occurrence « une occasion ratée » pour l’Europe. Car certains États membres « jugent plus avantageuse la dépendance vis-à-vis de l’OTAN que l’autonomie stratégique européenne ». Et la restauration de bonnes relations avec les États-Unis, dans l’hypothèse d’une victoire de Biden, ne ferait que les encourager à renouer avec cette subordination stratégique.

Par Jacques Munier

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