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La prison de Poissy

En défense de l’OIP

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L’Observatoire international des prisons (OIP/section française) tire la sonnette d’alarme : il a perdu 66 % de ses subventions publiques.

La prison de Poissy
La prison de Poissy Crédits : AFP

« Alors que le nombre de personnes détenues a atteint en 2019 des records inégalés, l’OIP n’a jamais été aussi peu soutenu par l’État » souligne le communiqué de presse publié aujourd’hui, qui précise le montant des aides des organismes publics et des collectivités territoriales qui se sont désengagées. Il rappelle aussi l’importance des missions de l’association.

L’OIP, c’est un interlocuteur essentiel pour les dizaines de milliers de personnes, détenus ou proches de détenus, confrontées à une incarcération, et dont l’ensemble des repères sont alors bouleversés : ils reçoivent, auprès de l’association, des renseignements, des conseils, une simple attention…

Le respect des droits humains en milieu carcéral

C’est également une source d’information et une force de proposition respectée par les institutions, les parlementaires, les groupes de travail ministériels qui sollicitent son analyse lorsqu’ils traitent de questions en lien avec l’univers carcéral. Et c’est surtout « un garde-fou essentiel contre les abus de pouvoir, dans un monde clos, invisible, où il est tellement aisé de les faire prospérer et de les cacher ». 

L’OIP édite une revue – Dedans Dehors – dont la dernière livraison propose un dossier sur l’enfermement des mineurs. Alors que tous les textes présentent la détention d’un mineur comme une « anormalité uniquement acceptable en dernier recours », et insistent sur « la primauté de l’éducatif sur le répressif », chaque année environ 3000 jeunes sont emprisonnés, 80% d’entre eux en détention provisoire. L’arsenal législatif s’est considérablement augmenté depuis quelques années en pénalisant des « comportements spécifiques aux mineurs », comme le stationnement dans les halls d’immeuble. Laure Anelli étudie le dispositif des « centres éducatifs fermés », intermédiaire entre le foyer et la prison. Le problème c’est que ce sont souvent, paradoxalement, des « accélérateurs d’incarcération » dans la mesure où « le placement dans ces établissements se fait dans le cadre d’une mesure probatoire » comme le contrôle judiciaire ou le sursis avec mise à l’épreuve. Du coup la moindre incartade vous ramène à la case prison. Et la discipline tient davantage de la coercition que de la recherche d’adhésion. Fouilles à nu, pratiques de contention, violences en miroir sont dénoncées par l’OIP, qui recueille notamment les témoignages d’éducateurs déplorant le manque de formation de certains de leurs collègues. Et dans un contexte de maîtrise, voire de réduction des budgets alloués à la Protection judiciaire de la jeunesse, la création de ces centres s’est faite au détriment des autres structures non coercitives : le milieu ouvert ou les foyers éducatifs.

Les Cahiers dynamiques, la revue professionnelle de la Protection judiciaire de la jeunesse (Erès) publie un étonnant dossier sur le secret. Celui qui protège et celui qui dévaste… Le premier, c’est celui qui respecte l’intimité du jeune : les personnels sont soumis au secret professionnel, un principe de confidentialité qui autorise les confidences. Et notamment de se délivrer d’une autre forme de secret, plus oppressant et dévastateur, celui qui couvre les violences subies. Même si le secret professionnel n’est pas opposable au juge des enfants, qui doit avoir connaissance des éléments lui permettant d’apprécier la situation du mineur, la confidentialité crée un cadre relationnel sécurisé pour le jeune.

Discriminations

L’univers carcéral reflète et amplifie les tensions et les inégalités sociales. C’est particulièrement vrai aux Etats-Unis, où 2,3 millions de personnes sont détenues, avec une proportion sidérante de noirs, lesquels ne représentent que 6% de la population. Les éditions Divergences publient le livre explosif de Jackie Wang Capitalisme carcéral, qui s’emploie à montrer comment les appareils de répression s’articulent à la violence de l’économie et du racisme, et ce depuis les temps de l’esclavage. Là aussi, les taux de criminalité n’ont cessé de baisser alors que la population carcérale continuait de progresser. Un détail qui en dit long sur les logiques prédatrices qui gouvernent également l’exploitation du travail sous-rémunéré en prison : les consignes données à la police de nombreuses villes d’arrêter les conducteurs de couleur pour leur infliger des amendes dont le non-paiement entraîne des majorations disproportionnées, voire à terme la prison, une manière de renflouer les caisses pour réduire les taxes foncières des plus riches. Le procédé est confirmé par l’historienne américaniste Sylvie Laurent *, qui tire les leçons du mouvement Black Lives Matter – « les vies des noirs comptent » – dans les pages idées de Libération. À Ferguson, d’où le mouvement est parti suite à la mort de Michael Brown, « le harcèlement policier était lucratif pour la municipalité qui, comme des centaines de collectivités locales dans le pays, fut sommée de rendre des comptes sur des pratiques de discrimination systématiques ». 

Par Jacques Munier

* auteure de La Couleur du marché Racisme et néolibéralisme aux États-Unis (Seuil)

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