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Un décret de la Boulè, le parlement athénien

Le devenir démocratique

5 min
À retrouver dans l'émission

Crise de la représentation, abstention, reconfigurations de la scène politique et déclin des partis traditionnels, montée du populisme : nos démocraties traversent une période de turbulences qui suscite de nombreuses analyses.

Un décret de la Boulè, le parlement athénien
Un décret de la Boulè, le parlement athénien Crédits : Getty

Ce que certains appellent déjà le « moment Macron », par exemple, est à la une de deux revues : Le débat et Esprit. « Un nouveau monde politique ? » titre cette dernière en forme d’interrogation, ce que Jean-Louis Schlegel résume ainsi : « À mi-mandat du quinquennat d’Emmanuel Macron, après deux ans et demi d’une vie politique plutôt agitée, placée à l’intérieur sous le signe des réformes et des résistances aux réformes, puis des Gilets jaunes ; à l’international dans un contexte de menaces multiples, du terrorisme à l’installation de nouveaux pouvoirs autoritaires et au recul du droit international, il est temps d’interroger ce qu’est devenue la promesse du nouveau monde politique annoncé pendant la campagne électorale de 2017. » Il évoque la qualification de « post-politique » qui est employée pour désigner la recomposition qui se produit sous nos yeux, marquée notamment par un déclin de la social-démocratie, qui « ne convainc plus », du fait sans doute de son évidement propre. La montée des préoccupations écologiques, le changement des pratiques et des outils de communication et d’organisation politique, « qui favorisent tout à la fois des phénomènes d’hyper-incarnation et des mobilisations spontanées, horizontales », font partie du constat. À tel point – ajoute-t-il – « que l’on peut se demander si notre moment ne serait pas plutôt pré-politique : de nouveaux clivages et de nouvelles forces attendent de s’affirmer ». Anne Dujin se demande à propos du dépassement postulé du clivage gauche-droite – qui selon elle s’observe aussi dans la plupart des démocraties occidentales – si ce n’est pas plutôt « sa traduction institutionnelle » qui est en cause. Au-delà de la « démocratie du public, où se forment des coalitions éphémères d’intérêt autour d’une personne qui incarne, à un moment donné, la possibilité de nouvelles actions collectives », les sujets continuent de polariser « selon les fondamentaux de ce qu’étaient l’appartenance à la gauche ou à la droite ». En reformulant ce clivage en termes de « progressisme »  et « populisme », Emmanuel Macron n’aurait fait que suivre la pente fatale de nombreuses démocraties occidentales, estime Michaël Fœssel. « Politique post-partisane et exécutif fort : l’ironie est que ces deux piliers du macronisme ont été adoptés par les adversaires les plus irréductibles du nouveau pouvoir », relève-t-il également. 

Il ne faudrait pas que le fantasme d’un monde post-politique, où triompherait l’entreprenariat heureux, finisse par aboutir à une situation pré-politique, où les conflits sociaux et identitaires ne trouvent plus aucun moyen de s’exprimer par des voies institutionnelles.

Pour Nicolas Roussellier, dans l’échange organisé par la revue Le débat avec Marcel Gauchet, le clivage qui s’annonce repose sur la cause écologique de l’environnement. « Il y a toujours des idées progressistes et des idées plus conservatrices, mais elles sont en état de flottaison dans la société ; la politique elle-même, c’est-à-dire l’élection principale, se fait sur une rencontre et une cristallisation. » Il en veut pour preuve l’extrême volatilité de l’électorat, qui faisait dire à François Hollande – un stratège en la matière – « que ce sont maintenant les indécis qui font la décision ».

La force du "nous"

Dans un ouvrage cosigné avec Jean-François Bouthors et publié chez François Bourin sous le titre Démocratie Hic et Nunc ! Jean-Luc Nancy constate que s’il n’y a plus de philosophie politique « c’est parce qu’il n’y a plus de politique au sens d’un projet de transformation et d’invention de nos rapports. Ceux-ci se trouvent plutôt circonscrits, voir absorbés per un régime de communication générale des informations et des opinions dans lequel le projet n’a plus que la consistance gélatineuse de l’opinion. » Or, selon le philosophe, « la démocratie relève d’un enjeu plus que politique ».

La démocratie recouvre, avec la nécessité d’organiser le groupe lorsque rien de transcendant n’y pourvoit, le sens même de l’existence humaine. Elle n’est pas une option politique, mais la politique telle qu’elle permette le libre exercice de ce sens.

Tous deux en appellent à ce concept de transcendance, mais en un sens laïc : l’autotranscendance, « le superlatif de l’intimité de la communauté démocratique », le sens du collectif en chacun de nous, c’est-à-dire plus que la simple addition des forces : « la force intérieure plus grande que la juxtaposition ou la coïncidence des forces individuelles ». Ce serait le principe élémentaire de la démocratie : « l’affirmation d’un « nous » dans lequel chaque « je » engage l’expression de son irréductible incommensurabilité ». Et les moments de crise peuvent être favorables à une prise de conscience. Dans l’histoire des cinq Républiques de notre pays, « pour durer, la démocratie devait elle-même se réinventer à partir de ses faillites, de ses faiblesses ».

Par Jacques Munier

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