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Marche de soutien à Maria Kolesnikova, Minsk,8/09/2020

La Biélorussie, si proche de l’Europe

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La situation en Biélorussie concerne directement l’Union européenne, et elle implique au premier chef nos relations avec Moscou.

Marche de soutien à Maria Kolesnikova, Minsk,8/09/2020
Marche de soutien à Maria Kolesnikova, Minsk,8/09/2020 Crédits : Getty

Tout d’abord, les grossières manœuvres du président Loukachenko pour museler son opposition et se maintenir au pouvoir ne trompent personne. Figure de proue du mouvement de contestation Maria Kolesnikova, avait disparu le 7 septembre. Son entourage ne peut croire à la version officielle, qui annonce son arrestation alors qu’elle aurait voulu s’enfuir à l’étranger, souligne Courrier international. Au contraire, ses proches affirment qu’elle et les deux membres du Comité de coordination de l’opposition qui l’accompagnaient y étaient « farouchement opposés. Il y a de fortes chances qu’ils aient été conduits à la frontière depuis la maison d’arrêt », estiment-ils. « Il ne fait aucun doute que les autorités ont voulu simuler une fuite », ajoute le site indépendant Belorousski partizan.

Le Kremlin aux abonnés absents

Si le Kremlin ne vole pas au secours de Loukachenko, « ce n’est pas par revirement idéologique ou stratégique, mais parce que sa marge de manœuvre est étroite », analyse Marie Mendras dans Le Monde. Elle rappelle le réflexe à Moscou qui consiste à « porter secours à un voisin en difficulté, par crainte de l’effet domino ». Comme en Ukraine, en 2014, Vladimir Poutine « voulait maintenir Viktor Ianoukovitch à son poste, tout en le tenant fermement sous sa coupe. Le scénario avait échoué, et la révolution Maïdan avait gagné. Le Kremlin avait alors essayé de faire déraper la transition, en criant au coup d’Etat, sans succès » puis avait « choisi la manière forte : annexion de la Crimée et intervention militaire dans l’est de l’Ukraine ». Il semble peu probable qu’il s’y risque aujourd’hui. D’autant que la Biélorussie est le seul Etat voisin de la Russie « qui ne se trouve pas plombé par des « séparatismes » régionaux toujours soutenus par Moscou : la Transnistrie en Moldavie, le Haut Karabakh pour l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud en Géorgie, la Crimée et le Donbass en Ukraine », observe la spécialiste du régime russe. 

Les dix millions de Biélorusses ont développé un fort attachement à leur République. Leurs valeurs citoyennes sont républicaines, pas ethnonationalistes. Sans prétention territoriale, comment, pour la Russie, justifier une intervention armée, et pour quels objectifs ?

Marie Mendras relève que la Russie est en train de perdre d’importants ancrages dans sa « zone d’influence » : Ukraine, Géorgie, Arménie et aujourd’hui la Biélorussie. Un échec de la stratégie menée pendant vingt ans par Vladimir Poutine : « figer ses voisins dans un état de souveraineté faible, enfermés dans une dépendance économique et sécuritaire à l’égard de la Russie ». Des pays qui misent désormais sur un rapprochement avec les voisins européens.

Russie : le dialogue avec l'Europe

Dans la dernière livraison de la revue Politique étrangère, Roman Kuzniar énonce les préalables à toute relation sérieuse de l’Union européenne avec la Russie. D’abord ne pas se cacher la nature véritable, en partie héritée de l’histoire, de la politique étrangère russe : un esprit néo-impérial et une logique visant à peser sur la situation globale en Europe, notamment par une guerre idéologique, « qu’elle emprunte la forme de cyber-attaques, de désinformation, ou de soutien des partis nationalistes hostiles à l’Europe unie ». Ensuite, et à raison même, maintenir un front européen uni pour contrer les tentatives de division induites par la multiplication des relations bilatérales. Il s’agit d’éviter que le Kremlin ne choisisse lui-même les termes du dialogue, écartant les questions gênantes sur les droits de l’homme ou la sécurité, en limitant les gains de l’Europe « à des contrats intéressant seulement certains pays ».

Le dialogue, les accords ne peuvent pas être sélectifs ; nous ne pouvons nous limiter à des contrats lucratifs et à des feux d’artifice diplomatiques.

L’ancien directeur de l’Institut polonais des relations internationales, qui dirige aujourd’hui le Département des études stratégiques de l’université de Varsovie en appelle à l’esprit de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, la CSCE, et l’Acte final d’Helsinki, signé en 1975 avec Leonid Brejnev. Le document fixait des engagements conjoints sur trois grandes questions : la sécurité en Europe, les droits de l’homme et le développement de la coopération entre les États. Roman Kuzniar rappelle que sur cette base, les discussions se sont poursuivies bon an mal an « avec une remarquable réussite ». Nul doute que Vladimir Poutine, pur produit du KGB et que l’on sait nostalgique de la « grandeur » de l’URSS, ne soit sensible à ce rappel de l’histoire… D’autant plus que la relation asymétrique engagée avec une Chine beaucoup plus puissante tend à réduire la Russie à « une semi-colonie réservoir de matières premières ». Le partenariat sans faux-semblants avec l’Europe « constitue pour Moscou une bien meilleure option que celle de devenir un partenaire junior de la Chine ».

Par Jacques Munier

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