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Effacer la dette des étudiants, novembre 2011

Contrôler la finance

5 min
À retrouver dans l'émission

Pour contenir les dérives du système financier, et pallier l’impuissance des États, le répertoire d’actions citoyennes s’étoffe de jour en jour.

Effacer la dette des étudiants, novembre 2011
Effacer la dette des étudiants, novembre 2011 Crédits : Getty

Dernier exemple en date de ces dérives : le montage financier mis en place par la Banque mondiale face à l’épidémie de virus Ebola qui sévit en République démocratique du Congo. Dans les pages Idées de Libération, Guillaume Lachenal décrit ce dispositif consistant à émettre des « obligations pandémies » pour lever des fonds utilisables en cas d’épidémie dans des pays du Sud. « Le principe était d’utiliser les marchés financiers comme une assurance : des investisseurs prêtent des fonds » utilisables « immédiatement en cas d’épidémie (les fonds étant alors perdus pour les investisseurs) ; en l’absence d’épidémie, les investisseurs récupèrent leur mise à l’échéance du contrat, en ayant entre-temps empoché des intérêts ». Mais le bilan s’avère peu reluisant : sur 140 millions de dollars, seule une vingtaine a servi à lutter contre la maladie, le reste a été remboursé aux fonds d’investissement, avec les intérêts. Pourtant l’épidémie s’est bien développée. Mais les « conditions générales de vente » stipulaient, pour que l’obligation se déclenche, c’est-à-dire pour que les investisseurs perdent leur mise, « que l’épidémie dépasse 250 cas (ce qui est fait depuis longtemps) et qu’elle franchisse au moins une frontière internationale (ce qui n’a pas eu lieu) ». Tant pis pour les malades congolais, aussi nombreux soient-ils… Leur reste l’espoir pervers que l’épidémie gagne l’Ouganda voisin. Quant au médecin qui avait imaginé le dispositif, « il a démissionné en janvier pour rejoindre… un fonds d’investissement ». Et tant qu’on crève au Congo, « ça fait un bruit de tiroir-caisse ». 

Retourner les logiques spéculatives de la finance

La dernière livraison de la revue Mouvements (La Découverte) est consacrée à la lutte contre la finance. Depuis le mouvement Occupy Wall Street, les pratiques militantes se sont développées en prenant acte de la transformation du capitalisme : ce n’est plus le patron qui est l’interlocuteur dans le cadre traditionnel du conflit social, mais l’investisseur – actionnaire, prêteur, assureur. Il s’agit désormais de « retourner contre elles-mêmes les logiques spéculatives de la finance ». Des mobilisations d’endettés – étudiants ou expulsés de leur logement – aux citoyens exigeant de leurs élus qu’ils cessent d’obérer l’avenir des populations en recourant à des emprunts toxiques, en passant par les « subalternes » d’Inde du sud ou les Indiens Sioux contraignant des multinationales de la finance à se désengager d’un projet d’oléoduc au Dakota, « la réussite des mobilisations dépend de l’adéquation du diagnostic et des instruments de lutte aux défis que pose le capitalisme financier ». D’où l’importance du travail de prospection de l’information financière, plus accessible qu’on ne l’imagine en raison de son caractère stratégique pour la bonne marche du système. Aurélie Windels observe l’émergence d’agences de notation alternatives, plus soucieuses du respect des droits humains ou de l’environnement que de rentabilité. Leur objectif : adresser un message aux investisseurs selon le principe du « name and shame », mais aussi les informer sur les risques d’exploitation (rappels de produits, accidents environnementaux), les problèmes de sécurisation des données ou de comportement légal – prompts à se diffuser dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Des critères qui ont un impact sur la santé financière des entreprises visées : « 53% des actions des sociétés touchées par de tels épisodes n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant-crise un an après qu’elle se soit produite ». L’article évoque également le mouvement de grève massif des remboursements par les étudiants surendettés aux Etats-Unis, qui a contraint en 2016 le gouvernement à effacer leurs créances auprès d’établissements véreux qui avaient abusé du recours aux prêts à des taux prohibitifs.

ADP : la grande braderie

Les parlementaires viennent de rejeter la privatisation d’ADP (Aéroports de Paris). « Leur soupçon : une privatisation cousue sur mesure pour le groupe français, en compensation de l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. » rapporte Le Monde. « La cession d’ADP imposée par la loi Pacte n’a pas seulement le tort de satisfaire les intérêts privés d’un capitalisme de prédation – estime la philosophe Barbara Stiegler dans l’hebdomadaire Le 1. Elle s’inscrit aussi, symboliquement, dans l’agenda du néolibéralisme : promouvoir le monde prétendument ouvert de la compétition jusque sur les zones frontalières, traditionnellement réservées à la souveraineté ». Pour le géographe Jacques Lévy, qui évoque les revenus des boutiques duty-free, « on peut se demander si c’est une bonne idée que l’État soit vendeur d’alcools, de cigarettes et de parfums ». En revanche, « la mobilité est typiquement un bien public », coproduit par celui qui le propose et par celui qui en dispose. « La société en paye une partie pour que tous les citoyens puissent y avoir accès. » C’est la forme actuelle de la coproduction de biens publics. « À l’âge de l’étatisme tend à succéder l’âge du contrat. » Là, nous avons encore quelque pouvoir sur nos conditions de vie. 

Par Jacques Munier

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