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Jean-Michel Blanquer, 25/06/2019

Passe ton bac !

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La réforme du baccalauréat entrera en vigueur en 2021, mais c’est dès cette rentrée que les classes de seconde et de première vont en expérimenter les nouveautés.

Jean-Michel Blanquer, 25/06/2019
Jean-Michel Blanquer, 25/06/2019 Crédits : AFP

Et en particulier la fin des séries L, ES et S du bac général qui seront remplacées par un parcours modulable. Les élèves suivront un tronc commun de disciplines et des enseignements de spécialités, dont deux disciplines "majeures" et deux disciplines "mineures". L’hebdomadaire Le 1 est consacré à cette question débattue, avec notamment un grand entretien avec le ministre de l’éducation nationale. Premier constat : les élèves n’ont pas forcément reconstitué les anciennes filières, seuls 25% d’entre eux ont opté pour l’équivalent de la filière S, alors qu’ils étaient 55 % jusque-là dans cette voie. 

On observe aussi des parcours très originaux. Avec le Premier ministre, nous nous sommes rendus dans un lycée du Var. Sur les trois cent cinquante élèves de première de cet établissement, vingt avaient opté pour un parcours totalement unique. Un élève qui voulait être ingénieur du son a, par exemple, couplé informatique, art et musique, et mathématiques.

Face aux craintes qu’une offre inégalement répartie de ces spécialités ne handicapent certains établissements en réduisant le choix des élèves, le ministre affirme que la différence se fera « non pas entre un établissement des beaux quartiers et un des quartiers défavorisés, mais entre un petit et un grand établissement. Un établissement de grosse taille comportera plus d’offres ».

Comme les lycées de banlieue sont souvent de grande taille, ils ont une offre de formation assez riche. Si vous prenez les lycées ruraux, au contraire, il peut y avoir un sujet, quand ils sont petits.

Le ministre assure avoir travaillé avec les recteurs pour impulser « une politique volontariste » à cet égard. Et quant à l’inquiétude largement exprimée sur le bac, dont la valeur serait indexée à celle de l’établissement fréquenté, il estime que l’instauration du contrôle continu – qui entrera pour 40% dans l’évaluation – devrait offrir des garanties d’objectivité par rapport aux anciens « bacs blancs » : « l’anonymisation des copies, une banque de sujets nationale, et un correcteur autre que le professeur de l’élève ».

« En finir avec le vrai scandale qui est l’échec dans l’enseignement supérieur »

Sur le site de l’hebdomadaire Marianne, Samuel Piquet juge que l’on enterre l'école, et que « Blanquer jette les dernières pelletées de terre ». L’ancien professeur de lettres estime que « L'objectif premier de l'école n'est plus ni l'acquisition d'une culture ni encore moins l'émancipation par la pensée mais la capacité de l'élève à mener à bien son projet et à en faire la promotion en devenant un VRP de son propre cursus, un marchand de lui-même avec en ligne de mire le grand oral du bac, sorte de pré-entretien d'embauche et de tremplin vers la vie active. » Et il porte l’estocade sur le bac, dont « plus personne n'est dupe du niveau réel » la réforme actant « par l'introduction du contrôle continu sa caducité ». 

Plus grave, elle reporte à toujours plus tard la sélection qui se fera dès lors - et de plus en plus - non pas au mérite, non pas sur l'excellence ni sur le niveau acquis au fil des ans mais sur le rang social d'origine et sur la capacité à entrer dans les bons lycées et suivre les bons cursus.

Sur le site La vie des idées, Pierre Merle* signe un article intitulé La loi Blanquer : une révolution conservatrice ? Le sociologue, évoque notamment les futurs EPLEI (Établissement public local d’enseignement international), situés dans les grandes métropoles, qui « constituent l’archétype de la différenciation des établissements scolaires en créant, dès le plus jeune âge, une scolarité réservée aux enfants des catégories les plus aisées ». Il dénonce « le redéploiement des classes européennes » qui établissent une différenciation des collèges, et la « logique d’individualisation des parcours scolaires » qui est « à l’œuvre avec la réforme du lycée et la création de parcours fondés sur le choix d’options » qui entraînera fatalement, selon lui, une concurrence entre établissements. 

Cette spécialisation territoriale et sociale des établissements scolaires caractérisait l’organisation de l’institution éducative française du XIXe siècle. En France, mais aussi dans les autres pays européens, les grandes réformes éducatives du XXe siècle ont plutôt eu pour objet de créer des cursus scolaires davantage communs, indispensables à la massification de l’enseignement et à l’égalité des chances.

Le site d’information Les Jours a entrepris une enquête au long cours pour suivre l’application de la réforme Blanquer de l’intérieur au lycée Mounier de Grenoble. Premier épisode : Le bac passe la première. Maïté Darnault a fait sa rentrée avec les élèves de 1ère G4, qu’elle suivra pendant deux ans, jusqu’au bac. Premier défi : les emplois du temps de classes éparpillées entre les enseignements de spécialités, mis au point grâce à un logiciel dédié, évoquent à ses yeux un mixte de Tetris, Rubik’s Cube et du dédale du Minotaure.

* Professeur à l’Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation (INSPE) de Bretagne et à l’Université Bretagne Loire-Atlantique.

Par Jacques Munier

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