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Hong Kong, 13 novembre 2019

Un monde en ébullition

4 min
À retrouver dans l'émission

De Santiago à Bagdad, de Hongkong à Alger ou Beyrouth, la mobilisation ne faiblit pas. Au-delà des spécificités propres à chacun de ces mouvements, le point commun est une demande de démocratie sociale.

Hong Kong, 13 novembre 2019
Hong Kong, 13 novembre 2019 Crédits : Getty

« D’une photo à l’autre, les images qui nous parviennent des manifestations à travers la planète paraissent étrangement similaires » observe Julien Bisson dans l’hebdomadaireLe 1. Et leurs causes se ramènent en effet pour l’essentiel à une crise de la démocratie représentative, au creusement des inégalités, à la corruption et à la monopolisation du pouvoir. L’autre caractéristique commune, outre la spontanéité des mouvements, est la créativité des slogans : l’humour en Algérie, ou ces exemples au Chili « Ils nous ont tout pris, même la peur » et « La démocratie des riches, la dictature des pauvres ». Dans le fond, peu importe la nature de « l’étincelle », l’élément déclencheur – le prix du ticket de métro ou la taxe sur WhatsApp – d’autant qu’ils s’exposent d’emblée au mépris des élites, comme le souligne Laurent Binet, qui cite Machiavel.

Les buts du peuple sont plus honnêtes que ceux des grands, les uns voulant opprimer, l’autre ne pas être opprimé. 

On l’a vu avec le mouvement des « gilets jaunes » et la « fin du mois » étriquée, rapportée à « la fin du monde ». L’écrivain ajoute que « toute la perversité des sociétés inégalitaires réside dans ce mouvement génial : en ne laissant que des miettes aux pauvres, on les force à se battre pour ces miettes, et ainsi on peut leur reprocher leur petitesse, leur manque d’idéal, leur matérialisme vulgaire ». En somme, les puissants se partagent à la fois « le beurre de l’inégalité et l’argent du beurre du mépris ». Et Vincent Martigny ajoute qu’ « on peut s’inquiéter de la violence de ces mouvements, ici comme ailleurs. Mais ce dont nous devrions bien plus nous méfier, c’est de l’autre danger qui guette les foules démocratiques : celui de l’apathie, du désintérêt pour la chose publique, qui détruit les solidarités sociales plus sûrement que le conflit démocratique. Cette apathie-là permet la mise sous tutelle d’un citoyen zombifié, indifférent à la marche du monde, et constitue la maladie la plus grave qui menace notre système politique. »

Extension du domaine de la lutte

Dans un article du New York Times relayé par Courrier international, Declan Walsh et Max Fisher relèvent cependant que « plus les mouvements de contestation se développent, moins ils réussissent ». Ils citent l’étude d’une politologue à Harvard « qui montre qu’il y a une vingtaine d’années, 70 % des manifestations qui exigeaient des changements politiques systémiques atteignaient leur objectif – un chiffre qui était en augmentation constante depuis les années 1950 ». Mais « à partir du milieu des années 2000, la tendance s’est inversée. Le taux de réussite est aujourd’hui de 30 % ». Pour les journalistes, « ces deux tendances sont étroitement liées. Les mouvements de contestation, s’ils sont plus fréquents, risquent plus souvent d’échouer et s’installent alors dans la durée, ils deviennent plus controversés, plus bruyants – ils sont davantage susceptibles de redescendre dans la rue si leurs exigences ne sont pas satisfaites. Et l’on se retrouve donc dans un monde où les soulèvements populaires perdent leur caractère exceptionnel pour finir par faire partie du paysage. » D’autant plus que sur la durée, ils en viennent à se ressembler. C’est ainsi que les mouvements de contestation au Moyen-Orient rappellent immanquablement les soulèvements des “printemps arabes”. « Or, les manifestations récentes sont l’expression d’une nouvelle génération qui se préoccupe moins des anciennes lignes de fracture sectaires ou idéologiques. Au lieu de réclamer la tête d’un dictateur, comme tant d’Arabes l’ont fait en 2011, les Libanais, eux, rejettent la faute sur toute la classe politique. » À Hong Kong c’est l’introduction d’une loi permettant l’extradition vers la Chine populaire qui a mis le feu aux poudres. Le 16 juin, 2 millions de personnes manifestaient pacifiquement mais sans réponse politique autre que le retrait provisoire du projet de loi, la confrontation a pris un tour violent. Un étonnant article du journal d’opposition Apple Daily défend l’esthétique de la violence révolutionnaire en citant Les Misérables de Victor Hugo, la Commune de Paris, mais aussi la poétesse et révolutionnaire chinoise Qiu Jin ou le jeune collaborateur de Sun Yat-sen Wang Jingwei. « Dans le film La Fondation d’un parti [célébrant le 90e anniversaire du Parti communiste chinois], lorsqu’il est question de l’insurrection ouvrière dans les villes chinoises sous la direction du PCC en 1927, l’action d’un jeune groupe de miliciens est tellement “embellie” qu’elle a ému aux larmes les vieux révolutionnaires », écrit To Kit, qui évoque également les figures de Lénine et Che Guevara. Et s’en prend au « pouvoir autoritaire, né il y a cent ans sous des auspices romantiques », et met en garde les nouvelles générations : “Moi, j’avais droit au romantisme, aujourd’hui je vous le refuse !”

Par Jacques Munier

Une insurrection qui éclate, c’est une idée qui passe son examen devant le peuple. (V. Hugo)

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