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Difficile démocratie

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À l’approche d’élections américaines chaotiques et dans l’attente de nouvelles restrictions de nos libertés face à la crise sanitaire, la question de la démocratie se pose à nouveau.

La crise de la représentation et sa corollaire montée de l’abstention sont depuis des années les signes les plus visibles d’une perte de légitimité du modèle démocratique. La dernière livraison de la revue Projet publie un dossier sur la question et Yohan Dubigeon rappelle la lente évolution de nos démocraties depuis les révolutions anglaise, américaine puis française vers l’idéal d’un exercice du pouvoir par le plus grand nombre, et son reflux depuis quelques décennies. Longtemps, le gouvernement représentatif s’est d’abord apparenté « à un parlementarisme des notables ». C’est sous la pression du mouvement ouvrier, par l’instauration du suffrage universel et la formation des organisations de masse, que le système s’est réellement démocratisé, favorisant l’intégration politique des classes populaires et la structuration de corps intermédiaires puissants. C’est ainsi qu’ont émergé des « figures d’ascension sociale au sein des partis liés au mouvement ouvrier ». Mais aujourd’hui, le recul des corps intermédiaires et de la socialisation politique, conjugué « au rapprochement idéologique d’alternances politiques gagnées par le technocratisme néo-libéral » a ouvert « une crise de la représentativité ». S’ajoute à cela, pour le sociologue au CNAM, que « la mise en spectacle médiatique des fonctions représentatives ont favorisé le passage à une démocratie du public ». 

Désormais, ce ne sont plus les clivages sociaux qui déterminent les clivages politiques, mais des représentants communicants qui impriment leurs propres clivages, souvent flous et artificiels, afin de se placer au centre du jeu politique.

Résultat, la démocratie se réduit chaque jour davantage « à l’Etat de droit et à la défense de libertés individuelles ». S’ajoute à cela la question du financement des partis et des campagnes électorales, soulevé par Julia Cagé. Elle cite l’exemple du Parti travailliste au Royaume uni, d’abord financé par des syndicats et dont 40 à 50% des élus étaient issus des catégories populaires. Margaret Thatcher s’est employée à réduire ces possibilités de financement par les syndicats et Tony Blair a favorisé les dons privés. Ce qui s’est traduit notamment par un « effondrement des représentants issus des classes populaires ». L’économiste à Sciences Po relève dans le système français de financement des partis « une véritable injustice ». Par le biais des déductions fiscales associées aux dons, qui sont quasiment équivalents au financement public, « on donne autant d’argent pour financer les préférences politiques d’un tout petit nombre ». C’est pourquoi elle plaide en faveur de « bons pour l’égalité démocratique » alloués à chaque citoyen pour qu’il l’attribue au mouvement politique de son choix.

Transparence

En politique, l’argent est le nerf de la guerre, c’est bien connu. Eric Phélippeau examine sur le site La vie des idées l’exigence démocratique de la « transparence », trop souvent instrumentalisée pour « assainir » la vie politique et si facilement contournée.

Malgré la promesse d’une transparence accrue, soutenue par une accumulation de règles depuis 1988, l’impression qui prévaut est celle d’une opacité persistante.

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) – instituée en 1990 – a notamment eu à statuer sur le cas de Nicolas Sarkozy en 2012. Outre le dépassement du plafond, le Conseil constitutionnel a constaté deux autres infractions : « l’absence de sincérité (du fait des dépenses non déclarées) et le financement irrégulier (sur le budget de l’Élysée) ».

La croyance qu’il faut dépenser plus pour se faire élire, combinée à l’existence de plafonds de dépenses bas, est une incitation à la dissimulation de frais engagés au-delà des limites fixées par les lois.

Et dans l’équation, La Commission nationale des comptes de campagne est perdante du fait de ses petits bras : dans l’affaire des surfacturations Bygmalion, elle reconnaît benoitement qu’« il faudrait établir le nombre de chaises ou de caméras lors d’un meeting, et nous n’avons pas une armée d’inspecteurs ». Reste évidemment le travail salutaire des journalistes d’investigation…

« Après 1945, le consensus sur la démocratie s’est formé en partie sur le critère de l’efficacité – rappellent Jonathan Chalier et Michaël Fœssel dans la revue Esprit, consacrée au « mythe de l’impuissance démocratique ».

Pour une fois, des démocraties alliées avaient fait la preuve de leur supériorité militaire sur les régimes dictatoriaux.

Dans le cas de l’épidémie Covid, le philosophe Axel Honneth estime que la manière dont les gouvernements ont géré la crise est un indicateur de leur qualité démocratique. 

Plus un gouvernement exprime ses difficultés à contrôler la crise de manière ouverte, publique et rationnelle, plus il manifeste son potentiel démocratique.

Par Jacques Munier

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