LE DIRECT
Notre-Dame de Paris, 16 avril 2019

Notre-Dame, le cœur de l’incendie

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans la presse, les hommages se multiplient après l’incendie de Notre-Dame de Paris : historiens et géographes, écrivains, philosophes… Morceaux choisis

Notre-Dame de Paris, 16 avril 2019
Notre-Dame de Paris, 16 avril 2019 Crédits : AFP

« Nous commençons par construire des édifices ; ce sont eux qui nous construisent ensuite » disait Churchill. Le philosophe Mickaël Labbé évoque dans Libération l’émotion collective suscitée par l’incendie de la cathédrale, « incarnation quintessenciée de cet «art de faire chanter le point d’appui» dont parlait Auguste Perret. Notre-Dame, plus que tout autre monument, symbolise les puissances d’une architecture qui donne sens et présence à la signification non mesurable d’une communauté ». C’est, à travers « les scènes de stupeur et de larmes » de la foule sidérée par le gigantesque brasier, la signification qu’il attribue à l’événement : « la forme et la possibilité même d’être un nous dépendent essentiellement des lieux que nous habitons ». 

Station obligée pour les visiteurs d’un jour, symbole spirituel éternel pour d’autres, simple visage amical et familier pour ceux qui croisent Notre-Dame lors de leurs déplacements quotidiens, par la grâce de cet édifice, nous nous sommes l’espace d’un instant retrouvés et redécouverts comme un nous au moment même où nous sommes plus que jamais désunis et où nous cherchons parfois désespérément où et comment retisser notre être-ensemble.

Et sous le visage familier, l’image vraie de notre histoire collective, se profilent aussi d’autres horizons, comme le rappelle le géographe Gilles Fumey.

Car il a fallu la pile romaine, la voûte persane, l’arc arabe, l’émail sassanide, la peinture copte, la miniature byzantine, les traditions d’Euclide et d’Aristote, la science de Pline, la Bible venue de Bethléem et du Sinaï, la théologie des pères du désert.

Le cœur de l’incendie

« Nous étions venus de partout, croyants et incroyants », souligne François Sureau dans La Croix. « Derrière nous se formait l’immense cortège des ombres invisibles que la cathédrale avait protégées »

Vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois revivaient dans la lueur des flammes, dans l’étreinte de ces deux jeunes gens qui n’avaient pas vingt ans et dont je n’oublierai jamais le visage ravagé par les larmes. » 

L’écrivain voit affluer les souvenirs de passants considérables : « l’Aragon de la Nuit de mai », « Claudel près du pilier nord faisant la découverte bouleversante de l’innocence de Dieu »… Et au chevet de la jeune femme « de pierre et vivante pourtant, Notre-Dame, appelée d’un Orient fécond pour accomplir notre destinée véritable », il lance cette invocation : « Puissions-nous retrouver, devant les ruines à demi froides d’où l’esprit fait encore entendre ce souffle qui ressemble à celui d’un vent léger, l’amour d’un pays où l’homme est un ami. »

Le sens de l’événement

Pour Régis Debray dans Le Figaro, « difficile de ne pas attacher une portée symbolique à la catastrophe ». Selon lui, « d’être située au cœur de la capitale donne à la basilique métropolitaine la résonance d’un bourdon d’orgue étrangement patriotique » et, du coup « c’est une certaine substance populaire et nationale qui est atteinte, à travers un point nodal de la communauté civique, un facteur de concorde et non de discorde, le point zéro des routes de France, où ont pu converger deux filiations souvent brouillées, la religieuse et la politique. » Même si nous avons débouté « l’alliance entre les Églises et l’État, le plus laïque d’entre nous ne peut récuser cette continuité millénaire » : c’est à Notre-Dame « que fut célébrée sous la Révolution la prise de la Bastille, et ensuite la déesse raison. Il y fut chanté le Te Deum pour Charles VII et pour Charles de Gaulle, et célébré les funérailles de Turenne comme du général Leclerc. On y bénissait les étendards, on y suspendait nos drapeaux. » Que reste-t-il dans les ruines encore fumantes, de « sa charpente et ses flèches, ses secrets et ses rites  ? » Notre civilisation, réduite à passer « de l’ère de la commémoration à celle de l’archéologie » et ce qui irriguait nous laissant à sec  ?

Mais d’où viennent ces gargouilles ?

Dans le regard distancié du britannique Graham Robb, si Notre-Dame est bien un chef-d’œuvre de l’art médiéval, c’est aussi « un grand monument romantique, tant l’édifice actuel est le fruit de l’imagination de Viollet-le-Duc, assisté de Victor Hugo et des névroses de son temps ». En particulier les gargouilles et chimères, destinées au départ à l’évacuation des eaux de pluie, érodées au fil du temps par leur fonction. Graham Robb, écrivain amoureux de notre pays, rendait compte de l’ouvrage de Michael Camille Les Gargouilles de Notre-Dame (Alma, 2011) dans le mensuel Books qui a eu l’heureuse idée de remettre son article en ligne. Au moment où l’on commence à parler de la reconstruction, à l’identique ou non, il faut se souvenir que Viollet-le-Duc s’est en partie inspiré du roman de Victor Hugo. Les sculptures perchées sur les tours et les galeries, « n’étaient pas le fruit d’une simple restauration, mais le dernier avatar en date de la conception hugolienne du style gothique ».

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Kazakhstan : une transition dans l’ombre de Nazarbaïev ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......