LE DIRECT
La restauration de l'église de Saint-Gervais

"La commune est à nous !" *

5 min
À retrouver dans l'émission

À l’approche des élections municipales, quelques éléments de réflexion sur la politique à l’échelle communale.

La restauration de l'église de Saint-Gervais
La restauration de l'église de Saint-Gervais Crédits : Getty

La France est le pays européen qui compte le plus grand nombre de communes – 36000 environ. Comme le rappelle Stéphane Cadiou dans le mensuel Sciences humaines, c’est la Révolution qui a créé le statut de la commune par une loi de décembre 1789, qui en faisait « le premier niveau de l’administration territoriale, se substituant aux différentes entités existantes jusque-là » – communautés, bourgs, paroisses, villes, une trame très dense, celle d’une société rurale. Le politiste souligne que la commune fut dès lors « le moyen et le symbole de l’ancrage de la République ».

À la fin du 19e siècle, c’est par la promotion de l’esprit communal, pour reprendre l’expression de Léon Gambetta (l’inclination à la délibération pacifiée dans les affaires politiques), que le nouveau régime doit s’enraciner face aux tentatives de retour d’un ordre monarchique.

Depuis les lois de décentralisation du début des années 1980, de nombreuses compétences dans les domaines économique, social, environnemental, éducatif, urbanistique, ont été transférées aux communes. Leurs ressources financières proviennent d’impôts directs, de dotations de l’État, liées notamment aux transferts de compétences, et de l’emprunt pour financer des investissements. À cet égard, trois chercheurs en économie ont enquêté sur un système d’échange de faveurs entre élus locaux et banques qui permet à un élu en difficulté de stimuler l’économie locale pour augmenter ses chances d’être réélu. À  partir des données officielles de la Banque de France, Anne-Laure Delatte, Adrien Matray et Noémie Pinardon-Touati ont observé le mécanisme suivant : « les élus – en particulier les députés – font valoir leur influence l’année précédant les élections afin que les banques privées augmentent le crédit aux entreprises en difficulté dans leur circonscription », ce qui leur permet de retarder des licenciements potentiels. En retour, l’élu reconduit dans ses fonctions contracte des emprunts aux mêmes banques, mais à un taux plus important. C’est du gagnant-gagnant, sur le dos du contribuable. Un échange de bons procédés, qui se chiffre en milliards d’euros et n’est pas illégal, juste immoral. Une enquête à retrouver dans LeMonde.fr.

Le mouvement « municipaliste »

À distance de ces petites combines, la multiplication des listes dites citoyennes ou participatives aux élections municipales témoigne d’un mouvement de fond pour mener l’action politique à l’échelle de la commune. Dans les pages idées de Libération, Nicolas Celnik évoque les travaux du penseur américain Murray Bookchin, qui placent la ville au cœur d’un renouveau démocratique et écologique, et inspirent de nombreuses expérimentations, de Barcelone au Chiapas en passant par les Kurdes du Rojava… 

Murray Bookchin a forgé le municipalisme libertaire comme le volet pratique d’une « écologie sociale ». Il part du constat que la domination de l’homme sur la nature a pour origine la domination de l’homme sur l’homme.

Selon lui, la commune est l’échelle pertinente pour s’emparer du pouvoir et donner corps à des projets relatifs au bien commun. Il suggère de « décentraliser », de diviser les grandes villes en municipalités « plus gérables », et de revenir ainsi à la démocratie directe telle que pratiquée à Athènes. On peut citer la commune pionnière de Saillans, dans la Drôme. Depuis l’élection de la liste citoyenne en 2014, collégialité et participation des habitants sont la règle pour discuter en « commissions thématiques » des orientations du budget, de l’urbanisation ou de l’éducation. Alors que la tendance est à la fermeture de classes en milieu rural, l’école a ouvert un nouveau CP cette année, et une maison médicale est en cours de construction.

Vacance à la montagne

À égale distance du communalisme et des combines politico-bancaires mais plus près du ciel, au pied du Mont-Blanc, La revue L’Alpe nous invite à découvrir la commune de Saint-Gervais, ses somptueux paysages, son histoire balnéaire et touristique, ses traditions orales et ses artisans. Une récente campagne de restauration des nombreuses églises et chapelles met en valeur le riche patrimoine baroque qui donne son unité à l’arc alpin, véritable colonne vertébrale du continent européen. Il y a aussi bien sûr l’élevage laitier, comme à la chèvrerie de Thibaut, sa tomme de chèvre et toute une gamme d’irrésistibles crottins, ses « trous de marmotte » fourrés à la confiture ou au miel. L’amitié entre un banquier anglais et un brasseur de bière a donné  a donné naissance à la Saint-G, une ambrée rafraîchissante aux accents fleuris ou encore à l’Atomique blonde, du nom d’une chanson du groupe Blondie, une blanche aux senteurs d’amande verte mariant trois houblons différents. Il est encore tôt pour la dégustation mais rien n’empêche de goûter la saveur et la couleur des mots.

Par Jacques Munier

* Le siteLa commune est à nous ! Comprendre le municipalisme en huit étapes

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......