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"Non una di meno - Pas une de moins" Rome, 2016/11/26

La violence patriarcale

5 min
À retrouver dans l'émission

À quelques jours de la fin du « Grenelle contre les violences conjugales » lundi 25 novembre, les associations et l’ensemble des acteurs concernés attendent les mesures qu’annoncera le gouvernement.

"Non una di meno - Pas une de moins" Rome, 2016/11/26
"Non una di meno - Pas une de moins" Rome, 2016/11/26 Crédits : Getty

Des attentes à la hauteur de l’espoir suscité… « L’autorité parentale sera-t-elle retirée, et sous quelles conditions, au conjoint violent ? » Quels engagements sur la formation des professionnels en contact avec les victimes, quels moyens pour les centres d’hébergement spécialisés * ? Dans Le Monde, de nombreux participants au Grenelle « déplorent que la question de la prise en charge des hommes violents soit laissée de côté ». « Pour que les choses changent, il faut les impliquer », estime la psychiatre Marie-France Hirigoyen, ne serait-ce que pour éviter la récidive. Spécialiste des violences psychologiques elle évoque le phénomène de l’emprise, qui détruit les capacités psychiques des victimes et les enferme dans une relation dont elles ne parviennent pas à sortir.

L’emprise est un conditionnement. C’est le socle des violences psychologiques, dont l’objectif est de soumettre l’autre.

Le conditionnement « se met en place sur trois registres : comportemental (harcèlement verbal, contrôle, éléments de disqualification), cognitif (messages ambigus distillant la confusion et la peur) et émotionnel (chantage affectif, menaces voilées, destruction d’objets aimés). » Il agit sur la durée et « conduit à la perte de confiance des femmes, allant jusqu’à les rendre passives » ; il peut aboutir à une forme de renoncement total, voire au suicide. Les troubles psychosomatiques qui s’ensuivent permettent souvent au conjoint violent de renverser la charge de la culpabilité, et lorsque la victime essaye de se défendre, c’est elle qui passe pour violente.

Le "syndrome de la femme battue"

C’est pourquoi, à la suite de « l’affaire Sauvage » – du nom de cette femme condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son conjoint après des décennies de brutalités et d’abus sexuels dont ses enfants et elle étaient victimes – « les avocates de la défense mais aussi des associations ont réclamé que soit reconnue en France la légitime défense « différée », sur le modèle du Canada ». Comme le rappelle la philosophe Elsa Dorlin dans l’hebdomadaire Le 1, l’arrêt Lavallée considère que les victimes « sont en situation d’exposition à un risque de mort permanent et leur reconnaît la légitimité de se défendre même lorsqu’elles le font après coup ». L'acquittement prononcé par la Cour suprême du Canada, lors du procès d'Angélique Lavallée pour le meurtre de son compagnon, reposait sur des études montrant que « la violence conjugale est à ce point aliénante qu’elle provoque chez la victime un syndrome de la femme battue, annihilant la capacité de se défendre sur le coup ». Mais il paraît difficile d’envisager une telle extension de la « légitime défense », ne serait-ce que parce que « les débats autour de la légitime défense différée psychologisent à outrance un rapport de pouvoir structurel vis-à-vis duquel la loi ne peut apporter de réponse qu’après coup. ».  La sociologue Diana Russell, qui fut la première à définir et à utiliser le terme « féminicide », estime qu’il doit être introduit dans la loi. 

C’est une manière de reconnaître que ces crimes relèvent de la haine, au même titre que les crimes racistes, et que cet aspect constitue un facteur aggravant.

Et ce serait une raison de « déployer des moyens supplémentaires pour lutter contre le phénomène ».

"Ni una menos"

Dans un livre paru aux Éditions Amsterdam sous le titre La révolution féministe, Aurore Koechlin retrace l’histoire des différentes vagues du mouvement féministe, depuis la lutte pour la contraception et l’avortement, après celle pour l’égalité des droits politiques, jusqu’à nos jours, où le combat contre les féminicides a donné une ampleur internationale au mouvement. « Ni una menos », pas une en moins, c’est le slogan que la poète mexicaine Susana Chavez – elle-même assassinée le 6 janvier 2011 – avait lancé contre les féminicides en série de Ciudad Juarez. La question des violences est centrale dans cette dernière « vague » parce qu’elle est une des manifestations les plus définitives de la domination masculine : « de la mort, on ne se remet pas ». Le collectif qui s’est alors constitué sous ce nom a essaimé en Amérique latine, puis au nord du continent en se joignant aux Women’s Marches contre Donald Trump. Elle a noué des liens avec les luttes du travail, et avec les femmes indigènes, « notamment sur la question de l’accès à la terre et aux ressources naturelles ». C’est là qu’est née cette nouvelle forme du mouvement : l’écoféminisme

La dernière livraison de la revue Travail, genre et société est consacrée aux pratiques écoféministes. Marlène Benquet et Geneviève Pruvost soulignent la dimension internationale d’un mouvement qui s’attaque à la « domination croisée des femmes et des ressources naturelles ». Avec une tendance culturelle et sa référence à la déesse-mère des sociétés prémodernes, qui permet d’opposer à l’hégémonie industrielle et technologique, codée comme patriarcale d’autres modes de relations de coopération entre humains et non-humains ». Et sa tendance plus sociale, « dans le registre d’une critique historique et philosophique du dualisme corps/esprit, nature et culture, masculin et féminin, en mettant l’accent sur l’exploitation capitaliste de matières à domestiquer ».

Par Jacques Munier

* 220 000 femmes subissent des violences conjugales chaque année et 136 d’entre elles sont décédées sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de cette année.

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