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L'hommage à Samuel Paty devant l'Assemblée nationale, 20/10/2020

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Face au terrorisme islamiste, le gouvernement a donc choisi l’épreuve de force : gardes à vue en série, visites domiciliaires, menaces de dissolution d’associations suspectées de « séparatisme »…

L'hommage à Samuel Paty devant l'Assemblée nationale, 20/10/2020
L'hommage à Samuel Paty devant l'Assemblée nationale, 20/10/2020 Crédits : AFP

Comment mettre un terme à la longue série d’attentats depuis des années ? La question est ardue et la presse en reflète bien la complexité. « Débattre n’est pas devenu synonyme de combattre, mais d’abattre. Comment résister ? » – demande Éric Fottorino dans l’édito de l’hebdomadaire Le 1. D’autant plus que l’assassinat d’un enseignant après sa classe a une résonance particulière, souligne le professeur de médecine Sadek Beloucif, chef de service à l’hôpital Avicenne de Bobigny, et membre du bureau du Conseil français du culte musulman (CFCM).

L’enseignant, dans la culture musulmane, vient juste après les prophètes comme prééminence et responsabilité. En l’absence de clergé dans l’islam sunnite, l’imam est « simplement » primus inter pares  (premier entre ses pairs), dirigeant la prière tout en restant à égalité des autres fidèles ; l’enseignant, lui, c’est le passeur, le transmetteur, le sage.

Pour Jérôme Fourquet, l’auteur de L’Archipel français (Seuil, 2019), « il faut envisager une stratégie de harcèlement administratif et fiscal sans précédent » contre les associations et lieux de prières radicaux. Le politologue de l’Ifop constate une montée des atteintes à la laïcité dans l’école, révélée par une enquête récente. 

37 % des enseignants reconnaissaient avoir pratiqué une forme d’autocensure lors de certains enseignements pour éviter des incidents.

Et ce taux monte à 53 % parmi les enseignants en REP (réseaux d’éducation prioritaire). Un phénomène qui, sans surprise, touche surtout les profs d’histoire-géo. La population musulmane est estimée à près de 8% de la population française. Un quart d’entre elle « campe sur des positions extrêmement problématiques ». Comment faire en sorte que les trois quart « qui sont des gens paisibles et assimilés se démarquent le plus possible de ce bloc de 25 %, qui monte à 40 % chez les jeunes » ? Avec cette difficulté supplémentaire que sans clergé, il n’y a « pas d’intelligentsia reconnue ». Et faute de figure de référence, « ce sont les plus radicaux qui mènent la danse. »

Une « guerre civique et légale »

Pour Gilles Kepel, dans Le Monde, « le dispositif législatif, focalisé exclusivement, depuis 2015, sur les attentats terroristes et la remontée de leurs filières, n’est plus opérant face à un djihadisme d’atmosphère qu’illustrent les derniers assassinats ». C’est là, selon lui, le défi de la nouvelle loi qui doit s’attacher aux causes et non plus aux seules conséquences, ce « qui suppose une bonne connaissance des ressorts et des détours de l’islamisme politique », toujours à l’affût des amalgames pour retourner le procès qui lui est fait en se présentant comme victime. 

Où en sont les dispositifs de la prévention de la radicalisation dans les prisons ? DedansDehors, la revue de l’OIP – l’Observatoire international des prisons – publie un dossier sur le sujet

Bien souvent, la sécurité l’emporte sur l’accompagnement, et l’objectif de neutralisation sur celui de réhabilitation.

La politique pénale s’est considérablement durcie depuis janvier 2015 : ceux qui sont partis en Irak ou en Syrie ne risquent plus dix mais vingt ans de prison, « indépendamment de ce qu’ils ont pu faire – ou ne pas faire – sur place ». Parmi les 1028 personnes prévenues ou condamnées pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste », les profils sont très variés, car l’inculpation permet de sanctionner avant même la réalisation d’actes terroristes. 

C’est autour de cette logique prédictive que s’est construite la politique de gestion de la radicalisation de l’administration pénitentiaire avec, au cœur de son dispositif, l’évaluation de la dangerosité.

Une évaluation qui décide du devenir pénal et tient lieu d’aide à la décision judiciaire dans des conditions souvent opaques, à laquelle détenus et avocats n’ont pas toujours accès. La dangerosité compte plus que la culpabilité légalement établie et pour ceux qui sont à l’isolement total, l’accès aux activités est très limité. Les aménagements de peine dépendent également de cette évaluation, qui peut prolonger indéfiniment la mise au secret. Car sous ce régime, le non respect des règles en détention est lourdement sanctionné, même pour des broutilles comme la possession d’un MP3, qui vaudra trois mois fermes à un détenu à une semaine de sa libération. Dans un rapport de la Cour des comptes consacré aux moyens de lutte contre le terrorisme, celle-ci relève que ces mesures de sûreté ont remplacé les mesures d’aménagement des peines au détriment de l’accompagnement. Dans ces conditions, souligne Laure Anelli qui a coordonné le dossier, il n’est pas étonnant que des chercheurs ayant observé des quartiers d’évaluation aient constaté « le renforcement de la radicalisation de certains détenus par une consolidation institutionnelle du stigmate ».

Par Jacques Munier

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