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La première revue d'art

Passage en revues

5 min
À retrouver dans l'émission

Les revues sont des lieux privilégiés de diffusion et de discussion de la recherche, et les plus généralistes animent le débat public ; elles sont toujours les bienvenues dans Le journal des idées.

La première revue d'art
La première revue d'art

Pierre Vidal-Naquet disait qu’elles sont à la fois des laboratoires et des observatoires. La dernière livraison de la revue Tracés arpente le monde des sciences humaines et sociales tel qu’il s’expose « au travail » dans les revues. D’abord, elles servent à baliser les différents champs disciplinaires, qu’elles s’emploient à rendre lisibles, praticables, et donc discutables, même celles qui adoptent une position transversale et pluridisciplinaire. Pour un chercheur, le passage en revue est un moment essentiel, à la fois en termes de carrière et pour se confronter aux normes académiques qui régissent son champ. 

Les revues se trouvent érigées en instrument de classement, et elles-mêmes classées selon leur plus ou moins grande aptitude à fonctionner comme tel, et selon le nombre de citations qu’elles occasionnent (le fameux impact factor censé déterminer la valeur d’une revue et de ses auteur-e-s…) Amina DAMERDJI, Samuel HAYAT, Natalia LA VALLE, Anthony PECQUEUX et Christelle RABIERA, les coordinateurs du N°

D’où une forme de concurrence « pour attirer les capitaux symboliques et matériels qui permettent d’obtenir une position recherchée dans le champ : subventions, mais aussi grands noms » pour les comités de rédaction, articles de chercheurs et chercheuses reconnus. Exercer une influence, faire vivre un courant ou un objet : « il n’est pas possible d’exister en tant que revue scientifique sans développer, de manière plus ou moins explicite, une stratégie. » En mettant en scène « une forme de science débarrassée de tout pouvoir autre que scientifique », elles « définissent ce que le pouvoir scientifique doit être ».

Passer au numérique

Le passage au numérique n’est pas sans effet sur le contenu, l’audience et le modèle économique de ces revues.

Paradoxalement, la diffusion en ligne peut avoir pour effet d’enfermer davantage les sciences humaines et sociales dans le champ académique. 

Les sites spécialisés supposent souvent des abonnements onéreux, pris en charge par les institutions de recherche, et restreignant d’autant leur audience publique. La revue Tracés est présente sur le site OpenEdition en libre accès, grâce à une subvention du CNRS, qui prend en charge un demi-poste de secrétaire de rédaction. Pour les chercheurs, la publication d’articles est comptabilisée en équivalent travaux dirigés de décharge d’enseignement. Mais pour une revue en ligne comme En attendant Nadeau, c’est le bénévolat intégral qui est la règle. Chercheuse en littérature anglophone, Dominique Goy-Blanquet raconte dans ce N° de Tracés l’histoire et les coulisses du site de critique constitué en janvier 2016 par l’ancien comité de rédaction de La Quinzaine littéraire qui voulait rester fidèle à l’esprit de Maurice Nadeau, suite à un conflit avec la nouvelle propriétaire du titre. À propos du style adopté dans ses articles pour le site, elle précise que s’ils alignent moins de notes en bas de page, ceux-ci ont en retour influencé son écriture universitaire, dans « un souci d’allier rigueur et légèreté, de tenir la main du lecteur », dans l’esprit du « gueuloir de Flaubert » : exit les phrases qui ne résistent pas à l’épreuve d’une lecture à voix haute. Parmi les innovations entraînées par le nouveau format : la fin du cloisonnement entre lettres et sciences humaines et un éditorial à géométrie variable en fonction d’une « une » évolutive quant aux titres. Outre les dons – de lecteurs, de mécènes – les articles achetés en avant-première par Mediapart, le site s’emploie à se développer à l’international, notamment grâce au partenariat conclu avec l’Institut français ou bientôt avec Public Books

"De 6 à 106 ans"

Difficile de conclure cette chronique sans évoquer l’association Ent’revues, qui organise chaque année le Salon de la revue et anime un site où sont référencées 3000 publications, en version papier et numérique. Elle édite La revue des revues : au sommaire de la dernière livraison un article de Linda Lê sur l’histoire des revues comme « promontoires des possibles », une contribution d’Alain Mascarou sur le temps traversé par L’Éphémère, la revue durable d’Yves Bonnefoy, et la merveilleuse « première revue d’art » pour les enfants et leurs parents : Dada. Ivanne Rialland en retrace l’historique presque trentenaire. Dada est à la fois un mot d’enfant et un courant d’avant-garde, la revue cultive un esprit de création et de jeu invitant les adultes à s’y joindre. Par un parti-pris graphique et éditorial assumé, « elle entre en résonnance avec les tendances les plus actuelles du secteur », en particulier grâce à une ouverture à l’art contemporain. Ses livraisons sont thématiques, le plus souvent liées à des expositions en cours, ce qui permet de s’en servir comme d’un guide ludique pour y conduire ses enfants. La dernière est consacrée à Jean Dubuffet, à l’occasion de l’exposition au Mucem de Marseille. « Un barbare en Europe », c’est le titre de l’expo : ficelle, goudron, poussière, on sait qu’il y a pire que l’art brut sur le continent pour brutaliser, et sans l’art ni la manière…

Par Jacques Munier

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