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Strasbourg, mai 2014

Européennes : la « drôle de campagne »

5 min
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À un mois des élections européennes, la campagne peine à démarrer…

Strasbourg, mai 2014
Strasbourg, mai 2014 Crédits : AFP

En cause notamment le Grand débat national dont l’issue se fait attendre et l’incendie de Notre-Dame qui a amené certains partis à annuler des meetings. Mais il y a plus : Le Monde cite un sondage IFOP du 19 avril, selon lequel 23 % seulement des électeurs se disent très intéressés par la campagne. 34 % se disent assez intéressés mais les sondeurs anticipent une abstention en hausse : 59 % n’iraient pas voter, contre 56 % en 2014. « Encéphalogramme plat » commente Brice Teinturier à Ipsos en observant les courbes… La campagne ne démarre pas. Les réunions publiques ne font pas recette, les Français semblent avoir la tête ailleurs. Il est vrai que les européennes n’ont jamais été des plus mobilisatrices, sans enjeu de pouvoir immédiat. Mais le cru 2019 promettait davantage, dans un contexte politique profondément renouvelé, l’idée européenne faisant son chemin dans les consciences, l’actualité étant plutôt fournie – notamment avec le feuilleton du Brexit. Certains accusent Macron d’avoir fait traîner le Grand débat pour « sauter au-dessus des européennes » et confisquer le débat public. Brice Teinturier rappelle « que la percée de Daniel Cohn-Bendit et des Verts en 2009 a eu lieu quatre à cinq jours avant le scrutin ». Et le parti présidentiel, s’apprête à mener une campagne « blitzkrieg » pour mobiliser les électeurs dans la dernière ligne droite. On peut estimer que c’est dommage, tant les questions européennes sont au cœur de nos destinées, individuelles et collectives. 

La monnaie unique

« La France est un drôle de pays, où l’on parle d’Europe au moment des élections nationales, mais si peu quand les élections européennes approchent » observe Bertille Bayart dans Le Figaro, en insistant sur la monnaie unique et le rôle de la BCE, absentes de la campagne : seraient-elles entrées dans les mœurs ? L’euro, avec une cote de popularité à 74 % dans la zone concernée et à 59 % en France « semble être devenu pour nombre d’Européens un gage de stabilité dans un monde par ailleurs si chaotique. La prudence de l’épargnant l’emporte sur les aigreurs nées des devoirs de la solidarité monétaire. » Quant au rôle de la BCE la journaliste rappelle que « la France paie une quinzaine de milliards d’euros de moins, chaque année, qu’en 2011 pour rembourser une dette qui dans le même temps a augmenté de 35 % en valeur ». Et combien de mètres carrés en plus les Français ont-ils obtenu grâce à des crédits immobiliers dont les taux ont fondu ? C’est juste, admettent David Cayla et Coralie Delaume dans un ouvrage didactique et utile publié chez Michalon : 10 questions 1 sur l’Union européenne. Mais la médaille a un revers : en privilégiant les épargnants avec une inflation contenue, on néglige les intérêts des emprunteurs – des actifs, des entreprises ou des États. Car là où l’inflation est égale au taux d’intérêt directeur arrêté, le coût réel de l’emprunt est pratiquement nul. Or les pays à forte croissance ont en général des taux d’inflation plus élevés que les pays en crise. Une politique monétaire commune a donc tendance à favoriser la croissance des pays les plus dynamiques et à plomber celle des pays déjà en crise.

L'esprit européen

Peut-être qu’au fond la vraie question est, une fois de plus, celle du sens. Pour Thomas Serrier et Valérie Rosoux sur le site AOC, c’est l’incapacité à faire émerger un « nous » à l’échelle du continent qui explique la désaffection à l’égard de l’aventure européenne. Pourtant « le sentiment d’avoir quelque chose en commun demeure bien réel ; inversement, le national fête depuis quelques temps déjà son grand retour, alors même que la densité des imbrications n’a jamais été aussi apparente ». Paradoxe constitutif : l’histoire est mobilisée par tous les courants qui s’emmêlent. 

C’est l’Europe atlantique qui semble devenue myope sur ses attaches avec le continent. L’Europe bien-portante du Nord qui fait la leçon d’économie aux « cigales » méditerranéennes. L’Europe occidentale toujours encline au paternalisme face à « l’autre Europe » du Centre et de l’Est.  C’est l’Europe des « racines chrétiennes », sous-entendu « non musulmane », qui marginalise du même coup la contribution de toutes les minorités religieuses ou athées à son histoire pluriséculaire.

Mais les auteurs soulignent que « Si le cadre premier de l’écriture de l’histoire comme de la formation des mémoires demeure pour une très large part le cadre national, aucune histoire nationale, aucune mémoire collective n’existe en autarcie. » Et c’est particulièrement vrai en Europe continentale. « Même les débats d’idées restent très nationaux, les cultures sont très cloisonnées » regrette Olivier Guez dans les pages idées de Libération, lui qui arpentait les pays d’Europe de l’Est. « L’Europe traîne tant de fantômes qu’elle n’a rien voulu nommer, elle n’a pas voulu fâcher qui que ce soit, on dirait qu’elle repose sur du vide. » Pourtant, elle a de la chair, elle est même « un continent incroyablement charnel : ses paysages, sa cuisine, son patrimoine… » Et l’écrivain de conclure :

Les Européens rêvaient de sortir de l’histoire, de devenir une grosse Suisse. Ils y ont cru la décennie qui a suivi la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, l’histoire est de retour.

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