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Un vote au Parlement européen

L’Europe au balcon

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À deux mois des élections, l’actualité européenne s’étoffe : annonce de la liste LREM hier, adoption par le Parlement d’une nouvelle directive sur le droit d’auteur…

Un vote au Parlement européen
Un vote au Parlement européen Crédits : Getty

Avec notamment l’obligation pour les grandes plates-formes du Web de rémunérer les ayants droit lorsqu’un utilisateur poste une œuvre (un texte, une chanson, un film…). Et cet « autre point de crispation majeur » avec les géants du secteur que relève Le Monde : l’article 15, qui « prévoit que les plates-formes en ligne rémunèrent les éditeurs de presse dont elles utilisent les contenus ». Un « droit voisin » qui courra pendant deux ans après la publication d’un article. Acquis après un « débat acharné » par 348 voix contre 274, « le vote a été très près de tourner court. Juste avant celui-ci, une motion d’un groupe d’eurodéputés proposant de voter sur une série d’amendements plutôt que sur l’ensemble du texte, qui aurait pu permettre aux eurodéputés de rejeter certains articles, n’a été repoussée qu’avec une majorité de cinq voix. » 

Session plénière

Le rituel démocratique propre à la vie parlementaire européenne est assez fascinant. Le magazine L’âme des lieux a exploré l’imposant bâtiment du Parlement de Strasbourg, à tant d’égards symbolique, ne serait-ce que par son apparence calculée d’inachèvement. L’hémicycle frappe d’abord par sa luminosité, assurée par une immense verrière illustrant une transparence affichée. Compte tenu de la diversité des langues, les débats et les votes ne peuvent se dérouler dans le même temps. Les textes sont d’abord examinés dans les 24 langues officielles et autres traductions, puis vient le temps d’une « chorégraphie atypique » en sessions plénières, « où les bras se lèvent puis redescendent dans un mouvement continu à un rythme effréné » observe Ghjiseppu Lavezzi. Chacun des 751 eurodéputés « dispose de sa liste de vote, le plus souvent élaborée avec son groupe politique ». 

Tourner les pages, lever et baisser le bras plusieurs dizaines de fois par minute, pendant bien souvent une heure durant, sans prendre connaissance à cet instant du contenu des amendements… est un spectacle unique et étonnant.

« Nous sommes tous en mal d’Europe, et l’Europe nous fait mal » avoue Régis Debray dans l’hebdomadaire Le 1, consacré aujourd’hui au désir d’Europe. L’écrivain distingue quatre entités dans l’ambivalence de cette pulsion. Celle de Paul Claudel : « l’Europe des cathédrales, de la chrétienté », et celle de l’esprit qui s’épanouit à la même époque, que célèbre Paul Valéry et « qui voit se réunir lors des décades de Pontigny les grands intellectuels comme André Gide, Stefan Zweig et tant d’autres ». Et puis celle « de l’Ordre nouveau entre 1940 et 1944, l’Europe de la division Charlemagne – 7 000 Français dans la division des Waffen-SS – et de Drieu la Rochelle, qui déclare : « Je ne suis pas français, je suis européen. » Enfin la nôtre : « l’Europe de la monnaie, de l’eurozone ». Elles se résument paradoxalement dans les propos gaulliens du panégyrique de Malraux – Les chênes qu’on abat – « Du temps où les nations se haïssaient, l’Europe avait plus de réalité qu’aujourd’hui. » Bernard Guetta évoque la valse des fantômes tutélaires du continent, « alors que notre allié américain nous lâche militairement et entend combattre notre concurrence économique ». Menacés à l’est « par le revanchisme de Poutine » qui a « réalisé la première annexion territoriale de l’après-guerre en Europe » celle de la Crimée » et « entretient la guerre en Ukraine orientale, s’amuse à montrer ses muscles en violant régulièrement l’espace aérien des pays baltes », les anciens États communistes de l’UE la voient comme la nouvelle URSS. Un sentiment, qui a provoqué le développement des partis europhobes et là aussi une lecture ambivalente de l’histoire. « Le Mur tombe en 1989, et c’est dix ans de guerre en Yougoslavie, des conflits en Ukraine, en Géorgie, la Moldavie déchirée, des révolutions en Asie centrale, l’explosion du chômage, les retraités qui vendent de vieilles casseroles et d’antiques pull-overs dans les couloirs du métro de Moscou pour survivre. » Le choc social génère une peur générale. La modernité aussi : par exemple le mariage gay. « C’est comme si certains pays avaient légalisé l’anthropophagie… » Ou que la Commission de Bruxelles voulait « marier tous les aînés hongrois à des réfugiés afghans ».

La dernière livraison de la revue Esprit propose un dossier sur le nouvel autoritarisme en Pologne. Jean-Yves Potel souligne les traits communs aux gouvernements illibéraux d’Europe de l’Est, au point qu’on peut se demander s’il ne faut pas en rechercher les causes principales dans le bilan européen des trente dernières années plutôt que dans la sortie du communisme et d’un régime qui n’aura duré que 45 ans. Et à propos du nationalisme, le politologue Michal Sutowski évoque le « sentiment de pouvoir » qui « résulte de la définition des frontières de sa propre communauté ».

Par Jacques Munier

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