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Jeune Yanomami de la forêt amazonienne du Venezuela

L’Amazonie, un bien commun

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La notion de « communs », utilisée notamment pour désigner des espaces naturels à protéger, est aujourd’hui mobilisée en défense de l’Amazonie.

Jeune Yanomami de la forêt amazonienne du Venezuela
Jeune Yanomami de la forêt amazonienne du Venezuela Crédits : Getty

Cette notion est due à l’économiste Elinor Ostrom et renvoie à l’idée d’une gestion collective et locale des ressources. Elle est proche de la notion de patrimoine commun de l’humanité, qui implique que l’exploration de certains espaces comme la lune, les fonds marins ou les pôles doit se faire pour le bien et dans l’intérêt de tous les pays du monde. Dans Le Monde, en pages idées, Philippe Descola s’y réfère à propos de l’Amazonie. L’anthropologue, professeur au Collège de France, qui a longtemps enquêté sur les Jivaro Achuar, dans la partie équatorienne de l’Amazonie, estime qu’il faudrait conférer une personnalité juridique à des milieux de vie tels que celui de la forêt amazonienne, à l’instar de la rivière Wanganui en Nouvelle-Zélande. Il évoque les près de « 600 ethnies parlant des langues différentes en Amazonie » dont la plupart « se sont trouvées confrontées au colonialisme interne, aux industries extractives (pétrole et or surtout), aux exactions de mouvements paramilitaires, à l’invasion de leurs territoires, à l’ennoiement par des barrages ». Avant d’être « poumon de la planète », l’Amazonie est « d’abord leur milieu de vie qui est détruit par les incendies, le lieu où ils sont nés, où ils chassent, où ils interagissent avec des esprits ». Certains s’en tirent mieux que d’autres : les Jivaros de l’Equateur, qu’il connaît bien, « mènent des combats efficaces contre les compagnies minières (chinoises) et pétrolières parce qu’ils sont nombreux et qu’ils ont une réputation guerrière dont ils jouent fort bien pour effaroucher ceux qui convoitent leur territoire ». Mais en général, que peuvent quelques centaines d’individus contre les milices des grands propriétaires terriens « qui déboisent la forêt afin de créer des pâturages qu’ils revendent ensuite à des entreprises de l’agrobusiness » ? 

Lorsque les Amérindiens défrichent une clairière pour en faire un jardin, ils l’abandonnent au bout de quelques années et la forêt recolonise bientôt l’espace déboisé. Il en va tout autrement avec les défrichements massifs pratiqués par la colonisation encouragée par l’Etat : la forêt ne peut plus se reconstituer et les sols sont exposés à une dégradation rapide provoquée par les pluies et le soleil qui transforme le milieu en savane. »

C’est pourquoi Philippe Descola invite à dépasser la conception westphalienne du territoire qui prévaut depuis quelques siècles : « des Etats exerçant leur souveraineté sur des espaces (plus ou moins) reconnus par leurs voisins ».

Les Français seraient réticents à voir la Provence administrée par l’ONU à cause des feux de forêt – dit-il. Mais si la notion de « commun » au sens de la personnalité juridique d’un milieu de vie était étendue partout, alors la question se poserait de façon tout à fait différente.

Comment protéger les espaces vitaux pour l’humanité ?

Sur le site du quotidien La Croix, Estelle Maussion et Marine Lamoureux soulignent que « l’action des traités et fonds de protection reste limitée par la souveraineté nationale ». Mais elles évoquent le cas de la Colombie, où en 2018 la Cour Suprême saisie par une ONG, « a reconnu à la partie colombienne de la forêt tropicale le statut de personnalité juridique et le droit d’être protégée à travers un pacte associant l’État, les autorités locales, les populations autochtones et les générations futures ». Et elles rappellent que certains espaces sont protégés depuis longtemps. « Dès 1959, un traité fait de l’Antarctique un territoire neutre dédié à la recherche. Paraphé au départ par douze pays, il réunit aujourd’hui 54 signataires. » Depuis lors, « un protocole relatif à la protection de l’environnement, entré en vigueur en 1998, complète le dispositif en faisant de l’Antarctique une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science », y interdisant toute exploitation des ressources minérales. » Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président d’un groupe de travail du Giec, déplore que ces mesures n’aient pas été prise en Arctique, « où plusieurs pays ont des intérêts économiques directs ».

La dernière livraison de la revue Espaces et sociétés est consacrée à la question des biens communs en relation aux territoires. L’édito rappelle que le bien commun désigne une aspiration, un intérêt partagé qui se situe au-delà des intérêts individuels et de l’Etat. Vanessa Iceri et Sylvie Lardon, de l’INRA, ont mené l’enquête sur le faxinal brésilien, une forme de communauté rurale caractérisée par l’usage commun des terres agricoles dans un système agro-sylvo pastoral. Maintien et transmission des savoirs traditionnels, résistance au modèle productiviste de l’agriculture moderne au Brésil, préservation des ressources naturelles, ces communautés s’organisent suivant les principes de l’autogestion, du travail collectif et du partage des ressources. Autrefois considérée comme passéiste, « avec l’émergence des enjeux écologiques et sociaux depuis la modernisation agricole, la production traditionnelle revient à la mode et incarne un modèle alternatif d’agriculture ».

Par Jacques Munier

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