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Manifestation pro-européenne contre le nationalisme à Berlin, 19/05/2019

Parlement européen : les nouvelles polarités

5 min
À retrouver dans l'émission

Après les élections européennes, c’est l’heure du bilan et des perspectives.

Manifestation pro-européenne contre le nationalisme à Berlin, 19/05/2019
Manifestation pro-européenne contre le nationalisme à Berlin, 19/05/2019 Crédits : AFP

Pour Dominique Reynié, « le scrutin de 2019 confirme l’européanisation des comportements politiques ». Le directeur de la Fondation pour l’innovation politique estime dans Le Monde que la poussée des Verts et des centristes est propice à l’intégration européenne, et il relève que la recomposition politique signe la fin de la polarisation par la coalition des sociaux-démocrates et de la droite du PPE qui aura dominé le Parlement européen depuis 1979. L’érosion de leur influence ouvre la voie à des « combinaisons alternatives » avec des groupes favorables à l’Union européenne. Selon lui, « l’avenir de la droite n’est pas dans un rapprochement avec les populistes », d’ailleurs très divisés, « mais dans la construction d’un bloc central où, à la fois incontournable et insuffisante, elle contribuerait à la prise en charge de préoccupations devenues lancinantes et qu’il serait déraisonnable de laisser plus longtemps en monopole aux populistes : la défense de la puissance économique, la protection des frontières, la promotion des valeurs communes ». Parmi celles-ci, la démocratie d’une « cité politique libre, éminemment singulière, la première dans l’histoire, et la seule encore, à s’être dotée d’une assemblée représentative transnationale, élue au suffrage universel ». 

Les grands chantiers de la gauche

À gauche, au-delà des logiques politiciennes et des querelles d’ego, les positions sur l’Europe devraient pouvoir converger, estime Lucas Chancel dans les pages idées de Libération, en rappelant que les six principales formations recueillent plus de 32% des voix. Pour l’enseignant à Sciences-Po et codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales, ce pourrait être l’occasion de pousser à la révision de certains traités et institutions. « Sur un domaine aussi fondamental que l’évasion fiscale, tout progrès digne de ce nom sera bloqué par les règles de vote au Conseil. » EE-LV a proposé un traité qui ferait de la protection de l’environnement un principe supérieur à la concurrence libre et non-faussée ; les socialistes et leurs alliés un « pacte finance-climat », qui suppose une révision partielle des traités sur les questions monétaires, fiscales et environnementales. Pour financer les services publics, les investissements dans les énergies renouvelables, quels impôts sur les multinationales et les plus grandes fortunes ? Tous ces chantiers indiquent que « sans union large, l’écologie sociale demeurera électoralement minoritaire. Les partisans d’une démocratie ethnique continueront leur marche vers le pouvoir, les services publics continueront de s’éroder et le climat finira bien par s’emballer ».

La fin du "consensus permissif"

Dans Le Figaro, en pages Champs libres, Christophe de Voogd définit ainsi la cuvée 2019 des élections européennes : « l’appropriation politique de l’objet Europe par les citoyens ». Il en veut pour preuve « la participation bien plus forte que prévue et sans égale depuis 25 ans ; la structuration au moins partielle du débat sur des enjeux communs : migration, écologie, Europe sociale, relations avec le trio menaçant Chine-États-Unis-Russie ; enfin l’écho à Paris et à Berlin de ce qui se passe à Athènes, Vienne ou Londres », soit « l’avènement d’un vrai espace politique européen ». Pour le président du conseil scientifique et d’évaluation de la Fondapol, « C’est la fin de la longue indifférence des peuples à l’égard de l’Union, que les spécialistes nommaient le consensus permissif », une expression qui « désigne la période au cours de laquelle les citoyens n’étaient pas associés au projet d’intégration européenne et ne manifestaient pas l’intention d’y prendre part. Ils consentaient tacitement à laisser le sujet aux gouvernants et aux élites politiques et économiques nationales et européennes ». 

Le rôle des sondages

Les pages Débats & controverses de L’Humanité soulèvent la question des sondages pré-électoraux, qui se seraient trompés, notamment sur l’abstention, les écologistes et le vote des jeunes, et posent la question : « si c’est leur vocation d’être dépassés par le vote, l’influencent-ils jusqu’à le fausser ? » Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’Ifop rappelle une enquête menée lors de la campagne présidentielle de 2012, révélant que 76% des personnes interrogées considéraient que les sondages d’intentions de vote influençaient le choix des électeurs mais que seules 13% d’entre elles estimaient qu’ils orientaient leur propre choix électoral. Et il souligne le poids dans la décision finale des débats télévisés, des discussions familiales ou amicales ou encore des réseaux sociaux. Patrick Champagne, du Centre de sociologie européenne, invite quant à lui à distinguer le sondage pré-électoral de celui qui est réalisé tout au long de l’année, quand le corps électoral n’est pas mobilisé et où les non-réponses ne peuvent être assimilées à de l’abstention. Mais il souligne l’intérêt des sondages à l’approche des élections, qui peuvent éclairer « ce que certain appellent le vote stratégique, c’est-à-dire un vote qui prend en compte l’état des rapports de force probables ».

Par Jacques Munier

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