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Le collectif Jeudi Noir contre les expulsions locatives, Place de la Bourse à Paris, 17/04/2012

Un toit à soi

5 min
À retrouver dans l'émission

Le Secours populaire – avec IPSOS – a dévoilé son Baromètre Pauvreté pour cette année 2019. Problèmes de logement et difficultés d’accès aux soins : les chiffres sont en hausse.

Le collectif Jeudi Noir contre les expulsions locatives, Place de la Bourse à Paris, 17/04/2012
Le collectif Jeudi Noir contre les expulsions locatives, Place de la Bourse à Paris, 17/04/2012 Crédits : AFP

Le poids des dépenses fixes pèse de plus en plus dans le budget des ménages. Un tiers des personnes interrogées (32 %, 5 points) peinent à payer leurs factures d’énergie. Les loyers ou les emprunts immobiliers pèsent trop lourd pour 28 % des ménages. La situation est devenue critique pour 55 % des personnes dont les revenus sont les plus bas, soit 10 points de plus en un an. Dans son livre, paru chez Lux sous le titre Avis d’expulsion. Enquête sur l’exploitation de la pauvreté urbaine, le sociologue américain Matthew Desmond relève que « pendant des décennies, nous nous sommes surtout concentrés sur le travail, l’assistance publique, l’éducation et l’incarcération de masse » mais que « nous avons échoué à appréhender à sa juste mesure le rôle fondamental du logement dans la création de la pauvreté ».

La fabrique des pauvres

Son enquête plonge dans le quotidien disloqué de huit foyers des quartiers pauvres de Milwaukee, dans le Wisconsin, des familles noires ou blanches « engluées dans le processus d’expulsions ». Là comme ailleurs dans le pays, la majorité d’entre elles consacre « plus de la moitié de ses revenus au loyer, et pour au moins un quart d’entre elles, cette part dépasse les 70% pour le loyer et l’électricité ». Le phénomène des expulsions a acquis une ampleur considérable depuis qu’entre 2005 et 2011 les loyers ont connu une « augmentation fulgurante ». Chaque année, des millions d’Américains sont expulsés et à Milwaukee, « 16 familles sont délogées tous les jours par la justice ». Les conséquences sont nombreuses et souvent irréversibles : perte de leurs biens, parfois de leur emploi, séquelles psychologiques, et pour les enfants une instabilité scolaire qui ruine leurs chances de réussite… Bref, un cumul de « ce que les chercheurs en sciences sociales nomment les difficultés matérielles, une mesure de la structure de la précarité » : nourriture, accès aux soins et même aux aides sociales, refusées aux familles expulsées. 

La stabilité résidentielle engendre une sorte de stabilité psychologique, qui permet à son tour de s’investir chez soi et dans ses relations.

Elle favorise le lien social « et incite à prendre soin de son quartier ». Matthew Desmond suggère quelques pistes pour sortir les familles du cycle infernal des expulsions, et notamment d’élargir l’aide au logement tout en encadrant les loyers, condition pour que l’extension de cette aide ne revienne pas « à demander aux contribuables de financer les profits des propriétaires ». Il rappelle que dans l’histoire des Etats-Unis les hausses de salaire obtenues par les ouvriers ont toujours été suivies par des hausses de loyer, contribuant au maintien de la pauvreté et illustrant, par rapport à la fable du ruissellement de la richesse, une forme bien réelle de « ruissellement par le bas ».

Pied à terre

La dernière livraison de la revue America propose un dossier sur l’Amérique des marges. Lee Stringer évoque le problème des sans-abris qu’il a lui-même vécu. Et il invite à changer le point de vue sur les pauvres, trop souvent ramené à une sorte de négligence à leur égard dans un contexte d’immense richesse. Il pointe « les réductions d’impôts massives, les restrictions infligées aux programmes sociaux, la chute drastique des constructions de logements abordables »… Car selon lui, l’extrême pauvreté est en fait le moyen par lequel une certaine élite s’est aussi enrichie.

Les sans-abris représentent en réalité les milliards et les milliards de dollars qui furent aspirés des niveaux les plus bas pour s’en aller, in fine, enrichir le sommet.

Et du coup, il invite à changer de focale : les nouveaux riches n’en sont pas arrivés là « en progressant dans on ne sait quelle prospérité abstraite », se montrant ensuite « cruellement radins vis-à-vis de leurs inférieurs ». Il faut selon lui envisager le problème des sans-abris comme un symptôme et en traiter les causes. L’écrivain raconte aussi comment il s’en est sorti en vendant un journal fait par les sans-abris, Street News, puis en lui donnant des textes.

La revue Jef Klak a posé le pied à terre pour son sixième N°. Se poser, lever le pied, le collectif qui l’anime a entrepris une forme d’auto-analyse – on l’espère – pour repartir du bon pied. Il y est aussi question d’habitat précaire, ou du mouvement des « sans-terre » en Amazonie, avec, au beau milieu d’une occupation dans l’État du Rondônia, une grève des femmes contre le travail domestique qui vient s’ajouter à celui des champs, en forme paradoxale de convergence des luttes, pour « chambouler rôles et casseroles ». Un des articles raconte la naissance et cite de larges extraits du journal de sans-abris de Baltimore Street Voice. L’un d’eux dénonce « les mythes répandus sur le pauvre et le sans-abri ». D’un côté, ceux qui rendent les pauvres responsables de leur situation, de l’autre, ceux qui les présentent comme « de pathétiques victimes de l’économie », sans intelligence de leur état ni volonté propre. Avec, en prime, cette pensée de Bertrand Russell : « l’éthique du travail sert les riches, pas les pauvres ».

Par Jacques Munier

A lire aussi : Manon Ott, De cendres et de braises (anamosa, 2019)

Au pied des tours de la cité, à l’entrée de l’usine ou à côté d’un feu, Fabienne, Jamaa, Yannick, Antoinette, Momo et d’autres entreprennent, aux côtés de Manon Ott, un récit que d’ordinaire on entend peu.

Il y a deux façons d’entrer dans ce livre. La face A est consacrée à l’histoire des cités HLM des Mureaux près de l’usine Renault de Flins. Ce portrait sensible et engagé d’une banlieue ouvrière en mutation est richement illustré d’archives souvent inédites et de paroles d’habitants. Les luttes politiques qui s’y déroulèrent font écho à tout un pan de l’histoire populaire de la France depuis les années 1960. Tandis que derrière les décombres des démolitions actuelles des tours et des barres de ces cités, derrière les grands feux de l’actualité, se déploie une autre scène : la face B, telle un carnet de tournage, raconte comment se réinventent, ici et maintenant, les petits feux d’une parole reconquise.

Expérience documentaire, à la fois politique et poétique, De cendres et de braises est une histoire de rencontres qui a pris la forme d’un livre et d’un film. Présentation de l'éditeur

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