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Hambourg, le 3 mai 2020

Notre règne animal

5 min
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Parmi les images les plus marquantes de la période du confinement, il y a celles des animaux sauvages investissant librement les villes désertées par les humains. Mais si le phénomène s’est alors amplifié, il n’est pas vraiment nouveau.

Hambourg, le 3 mai 2020
Hambourg, le 3 mai 2020 Crédits : Getty

C’est ce que souligne Joëlle Zask dans un livre qui vient de paraître sous le titre Zoocities – Des animaux sauvages dans la ville (Premier Parallèle). D’après elle, ils seraient de plus en nombreux à s’introduire dans le milieu urbain en quête d’un nouvel habitat alors que le leur se dégrade à grande vitesse et que les villes, quant à elles, reverdissent. « Des renards dans les jardins de Londres, des léopards dans les artères étroites de Bombay, des coyotes dans les parkings de New York » : « il suffit qu’un canard se dandine sur un passage clouté pour que nos représentations les plus ancrées soient remises en question » – relève la philosophe. Qui postule « une ville multispéciste qui ne serait plus pensée contre eux, ni d’ailleurs pour eux, mais avec eux ». Car il y a belle lurette que nous coexistons en milieu urbain sans le savoir. 

À Paris plus de mille cinq cents espèces ont été recensées, dont des mammifères, des reptiles, des amphibiens, des crustacés et même des méduses dans la Seine.

Certaines espèces ont d’ailleurs déjà plié bagage, comme les grillons du métro, arrivés il y a une centaine d’années à bord de cageots de légumes, et qui ont trouvé là un écosystème idéal, à température constante. Mais le remplacement du ballast, qui conservait la chaleur, par du béton froid et surtout l’interdiction de fumer qui les priva de leur nourriture principale – le mégot – mit fin à cette cohabitation qui pouvait à l’occasion enchanter le parcours des passagers en évoquant un coin de campagne ensoleillé entre deux stations. Cela dit, la pandémie a montré que toutes les espèces d’animaux ne sont pas bonnes à fréquenter car elles peuvent s’avérer, à leur corps défendant, de véritables « réservoirs à virus », comme nos familières chauves-souris au vol frôlant. En Chine, dans la partie réservée aux bêtes sauvages du marché de Wuhan d’où est partie l’épidémie de Covid-19, il y avait aussi des pangolins, des louveteaux, des renards, des écureuils et même des crocodiles. Il est vrai qu’ils n’étaient pas venus là pour la compagnie mais avaient été capturés. Si nous sommes disposés à cohabiter en partageant notre espace vital, mieux vaut donc prendre ses distances et quelques précautions. Cela dit, comme le montre Frédéric Keck dans son dernier livre – Les sentinelles de la pandémie (Zones sensibles) – en Asie, certains animaux sont utilisés en lisière des grands élevages pour avertir de la menace d’une contagion : oiseaux migrateurs, poulets ou porcs, ou encore le furet utilisé contre la grippe « car c’est le seul mammifère qui éternue comme les humains ».

Mimétisme ou camouflage

La dernière livraison de la revue Billebaude s’intéresse à un autre type de relations entre les vivants humains et non-humains : la pratique partagée du leurre. Camouflage ou mimétisme des papillons aux ailes translucides, des orchidées imitant les formes des insectes pollinisateurs, ou encore leurres à poulpe des pêcheurs des îles Tonga en Nouvelle-Zélande, pour l’anthropologue Hélène Artaud l’art du leurre révèle « une relation dans laquelle le sensible – dans ses dimensions tant sensorielles qu’affectives – constitue la matière ambivalente du lien interspécifique ». Valérie Glansdorff évoque les travaux du naturaliste et peintre américain Abbott Thayer, qui a étudié la livrée des animaux comme technique de camouflage, une sorte de moyenne des paysages habités par l’animal pour se fondre dans le décor, aussi bien comme prédateur que comme proie potentielle. Et lorsque leurs contours peuvent les trahir s’ils se déplacent, de nombreux animaux disposent également d’une « coloration disruptive » : des motifs disposés pour briser la délinéation de la forme animale, comme chez les serpents.

Les motifs disruptifs ont l’effet ingénieux de désarticuler le corps, de le découper visuellement en morceaux se confondant chacun avec un élément de l’habitat.

Pierrot solaire

Pour lui, pas besoin de « motif disruptif », il en est un à lui tout seul quand il piaille à l’aube sous les fenêtres : le petit piaf stridulant est à l’honneur dans la revue Salamandre. Si on le trouve partout, dans les campagnes comme en ville, ce n’est pas parce qu’il est ordinaire mais parce qu’il est extraordinaire, plaide la une. Volatile le plus répandu sur Terre, indigène ici ou introduit ailleurs, le moineau colonise tous les continents excepté l’Antarctique. C’est que depuis des millénaires il a suivi l’homme comme son ombre. Et ses graines de céréales… Jusqu’à devenir une icône de la culture populaire dans les rues de Paris. Effronté et envahissant pique-assiette, le pierrot vit en bande. C’est par mimétisme et sans camouflage que la môme Piaf s’est ainsi surnommée : tout comme le passereau elle était de petite taille, de voix stridente et née dans la rue.

Par Jacques Munier

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