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Arpenter le "continent" des revues

Au Salon de la revue

5 min
À retrouver dans l'émission

Ce weekend se tient à Paris la 29ème édition du Salon de la revue, dont France Culture est partenaire. L’occasion d’arpenter un véritable continent…

Arpenter le "continent" des revues
Arpenter le "continent" des revues

Il y a près de 3000 revues francophones, la plupart françaises, et elles contribuent au rayonnement de notre langue. Les pages Débats&controverses de L’Humanité évoquent la dernière enquête PISA, qui fait état d’un recul du français, aussi bien dans sa maîtrise à l’école que dans son rayonnement international. La linguiste Karin Ueltschi estime que l’idée de « décadence » est une vieille rengaine et elle cite ces propos : « La langue française, si belle, va se corrompant… », ou encore : « notre langue est mise en péril par l’homme de la rue, par les gens du monde, par des bacheliers, par les journalistes, par les politiciens…», des propos respectivement tenus en 1898 et en 1927 ! Robert Delort, enseignant de lettres classiques confirme « une baisse inquiétante du niveau de maîtrise de la langue, tant du point de vue du vocabulaire que de l’orthographe ou de la syntaxe ». Et il rappelle qu’en 40 ans, les élèves ont perdu, du primaire au collège, « près de 600 heures d’enseignement du français, l’équivalent de trois années de collège sans français ». Quant au rayonnement de notre langue, Frédéric Pennel, auteur d’un ouvrage sur la Guerre des langues (Éditions François Bourin), souligne qu’ « avec  300 millions de locuteurs, le français n’a jamais été autant parlé dans le monde », même s’il a reculé en Europe. Ailleurs il progresse, comme le montre l’exemple du Maroc qui « est en train d’en faire une langue d’enseignement pour les matières scientifiques ». 

Et c’est en Afrique que se réinvente le lexique français. Là-bas, on parle d’essenceries, d’alphabète, de taxieur. Dans un souci de brièveté, les Africains transforment les périphrases en verbe du 1er groupe : siester, confiturer, grèver.

Un "nom propre collectif"

Le site d’Ent’revues, l’association qui organise le Salon de la revue, recense 197 revues de linguistique, des plus généralistes au plus spécialisées. La dernière livraison de la revue Mots Les langages du politique est consacrée aux noms des partis politiques. Enjeu sémantique mais aussi stratégique, « le baptême d’un parti est un acte de langage ». En tant que « nom propre collectif », il est un vecteur d’identification pour ses membres mais aussi un signal diffusé dans l’ensemble du corps électoral. Julien Fretel étudie l’onomastique particulière du parti présidentiel, directement inspirée du marketing et pensée, au-delà des clivages partisans, « comme une marque capable de modifier la donne électorale ». De la forme injonctive d’En Marche ! avec son point d’exclamation, aux initiales qui sont aussi celles de son fondateur, tout indique une volonté de conquête du pouvoir qui, au fond, « ne dit pas son nom ». En Turquie, où la loi sur les partis politiques est très contraignante et interdit toute référence à une minorité le choix du nom pour les partis kurdes relève de la gymnastique acrobatique. Comme le montre Salih Akin, le mot « démocratique », présent dans la majorité d’entre eux suggère qu’une vraie démocratie pourrait résoudre la question kurde. Le choix du sigle peut être l’occasion d’un « détournement dévoilant ». Ainsi, le KADEP, Parti de la démocratie participative fondé en 2006, se prononce en turc comme le KDP, l’ancien Parti démocratique du Kurdistan fondé en 1946 dans l’éphémère République kurde de Mahabad en Iran. 

Retour critique

La revue Communication et langages célèbre son N° 200 avec un lexique qui renvoie au fonctionnement, aux contenus et à l’édition en termes de ligne éditoriale ou de graphisme de cette publication née en 1962. En forme de retour critique sur soi, chacune des entrées aborde un aspect de la vie de cette revue, de la formation du comité éditorial au choix de la couverture ou à celui des titres des articles : « accrocher le regard, dire l’essentiel en un coup d’œil, donner envie de lire… » Il est aussi question du style et de l’écriture des articles. Oriane Deseilligny rappelle que Roland Barthes « dénonçait le soupçon porté sur le style dans la langue scientifique » et qu’à vouloir soustraire la forme, on trouvait non « pas un fond, un signifié, mais une autre forme », plus neutre et sans relief… A lire l’article d’Emmanuël Souchier, le directeur de la revue, sur la « gracile esperluette » qui résiste à toutes les modes dans une variation infinie de typographies.

La langue de l’Europe, c’est la traduction, disait Umberto Eco. Et c’est un art que les revues se plaisent à pratiquer. L’un des nombreux débats organisés dans le cadre du Salon de la revue ce weekend porte sur cette « aventure infinie », avec La revue de belles-lettres et Translittérature. Il sera sans doute aussi question de style au cours de l’échange sur la science et l’actualité avec la revue Zilsel, revue d’histoire et de sociologie des sciences et des techniques… 200 exposants et des centaines de titres, le Salon de la revue c’est dès ce soir en nocturne à la Halle des Blancs-Manteaux, rue Vieille-du-Temple dans le 4e arrondissement de Paris. Tout le programme à retrouver sur le site franceculture.fr, et à la page du Journal des idées.

Par Jacques Munier

Le programme complet, par ici

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