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Avec ses importations, l'UE est responsable de 10% de la déforestation mondiale.

Écologie : de la théorie à la pratique

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Le dernier rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF), qui fait état d’un effondrement des populations de vertébrés et d’une forte dégradation des écosystèmes, préconise une réglementation européenne interdisant l’importation de produits ayant contribué à la déforestation.

Avec ses importations, l'UE est responsable de 10% de la déforestation mondiale.
Avec ses importations, l'UE est responsable de 10% de la déforestation mondiale. Crédits : Getty

Dans La Croix, Yann Laurans confirme que « si l’on veut lutter contre la déforestation dans le monde, l’enjeu de nos importations est crucial ». Le directeur du programme biodiversité à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) rappelle que « toutes importations confondues, on estime que l’Union européenne (UE) est responsable de 10 % de la déforestation mondiale ».

Pour produire toujours davantage de viande rouge, mais surtout blanche – porcs, volailles – que l’on nourrit avec des protéines issues du soja, on remplace la forêt par des cultures intensives, dévastatrices pour la biodiversité.

L’objectif serait donc « l’autonomie protéinique du continent » : produire la nourriture des animaux d’élevage en Europe. Le modèle existe déjà pour les biocarburants qui « ne peuvent être produits ou importés s’ils engendrent de la déforestation. Cela pourrait se faire dans le cadre de la stratégie biodiversité 2030 de la Commission européenne, qui contient des dispositions sur l’alimentation durable. »

Positions

Catastrophisme, collapsologie, résilience… Il y a toujours eu différents courants dans la pensée écologiste et c’est encore vrai. Sans compter ceux qui évoluent jusqu’à se renier. Simon Blin en donne un bon exemple dans les pages idées de Libération : Michael Shellenberger, passé de l’alarmisme climatique à l’anticatastrophisme, et qui s’en prend désormais à « l’hystérie » des écolos radicaux. Lauréat en 2008 du Green Book Award du Centre pour la littérature scientifique du Stevens Institute of Technology et désigné « héros de l’environnement » par le Time, ce militant précoce est « devenu écologiste à 16 ans » en lançant sa première collecte de fonds pour le Rainforest Action Network, avant de batailler pour la sauvegarde des derniers séquoias anciens de Californie. Il vient de publier chez HarperCollins Apocalypse Never : Pourquoi l'alarmisme environnemental nous fait du mal, où il « dénonce l’hystérie écologiste qui, selon lui, serait responsable de phénomènes de dépression et d’anxiété, notamment chez les plus jeunes » résume Simon Blin, qui précise que « le propos est agrémenté d’une centaine de pages de notes en tout genre (académiques, médiatiques…). Un vernis savant sur ce qui s’apparente davantage à une entreprise idéologique ». Et à un véritable retournement de veste, en particulier sur la question du nucléaire, pourtant prévisible après qu’il ait cosigné le manifeste de l’écomodernisme, courant de pensée prônant une forme de pragmatisme environnementaliste, une sorte de « troisième voie » entre les climatosceptiques et les tenants d’un récit apocalyptique, et favorable aux solutions technologiques pour résoudre les problèmes climatiques. En France, Shellenberger est peu connu, si ce n’est grâce à l’hebdomadaire Le Point, qui avait notamment organisé un dialogue avec Pascal Bruckner, une condamnation solidaire du discours « millénariste » de Greta Thunberg. Le Point publie cette semaine un entretien avec Jared Diamond, revenu de la collapsologie dont il fut pourtant l’un des apôtres avec son livre de 2006 : Effondrement – en anglais collapse. Le géographe à l’université Ucla en Californie sort le 17 septembre chez Gallimard un livre au titre plus nuancé : Bouleversement, où il défend la thèse de la « résilience » appliquée à la politique des États nations. Il faut selon lui s’attaquer solidairement à quatre problèmes : le changement climatique, le gaspillage des ressources, les inégalités et le nucléaire militaire. S’il estime que les démocraties ont un avantage sur les dictatures dans leur capacité à sortir des crises du fait de leur culture du compromis, il s’inquiète à cet égard de la situation aux Etats-Unis. 

Le "grand récit" de l'effondrement

À égale distance du catastrophisme et de la résilience, Catherine et Raphaël Larrère publient chez Premier Parallèle une essai sur l’aveuglement catastrophiste de la collapsologie : Le pire n’est pas certain. Ils entendent « en dénoncer l’imposture et comprendre les raisons de la séduction qu’elle exerce sur les milieux écologiques ».

La collapsologie se présente comme une science : elle puise ses arguments dans la théorie des systèmes complexes et s’appuie sur la masse de données scientifiques réunies depuis des dizaines d’années pour évaluer la situation environnementale.

Or c’est précisément leur imprévisibilité qui caractérise les systèmes complexes. Ce « grand récit » qui table sur des expériences isolées permettant « d’adoucir la chute » et qui lui préexistent largement (agroécologie, écoféminisme, villages en transition…) présente un défaut majeur : son « innocuité politique ». Car c’est en politisant l’écologie que l’on peut envisager des possibilités d’action collective.

Par Jacques Munier

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