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A Milan le 10 mars 2020

La leçon du virus

5 min
À retrouver dans l'émission

On ne sait pas encore au juste où en est la pandémie du coronavirus, mais on s’emploie déjà à en tirer des leçons.

A Milan le 10 mars 2020
A Milan le 10 mars 2020 Crédits : AFP

Et c’est une bonne chose car nous ne sommes pas à l’abri d’un autre épisode à l’avenir. Dans Le Point, Walter Scheidel, professeur d’histoire ancienne à Stanford estime que « c’est comme un entraînement ». Et il rappelle que lorsque la Peste noire est arrivée en Europe en 1348, il n’y avait aucune quarantaine. Au XVIIe siècle, alors que les épidémies de peste continuent, les États sont bien mieux armés et imposent des quarantaines drastiques », comme par la suite en 1720 à Marseille : une quarantaine draconienne « a pour effet de laisser mourir la moitié de la population mais contient l’épidémie ». Peter Frankopan, historien à Oxford évoque un autre enseignement, plus économique et social : l’effet positif sur la distribution des richesses. Le dépeuplement augmente le prix du travail. « Les loyers sont devenus moins chers, les baux pour les paysans plus longs. » Du coup la consommation est relancée, d’autant que la nouvelle génération « ayant fait l’expérience de la mort, elle était moins tentée par l’épargne ». Le goût pour la mode favorise le développement rapide de l’industrie textile européenne et, selon lui, « l’augmentation du revenu disponible a eu une influence importante sur ce qu’on appellera la Renaissance ». Un phénomène comparable à celui des « années folles » après la Grande Guerre. Mais nous n’en sommes pas là, heureusement, et s’il est vrai que la chute des cours de bourse n’affecte que les plus riches, la chute de l’activité et le chômage nous menacent tous. C’est ce que montre Jean-Marc Vittori dans Les Echos. « Etirées ces vingt dernières années, les « chaînes de valeur » ne résistent pas à la casse d’un maillon. » Dans l’automobile, par exemple à PSA, sur les 4.000 pièces composant un véhicule 3 % viennent de Chine. Mais s’il manque une seule pièce, on ne peut pas livrer la voiture. Du coup, « les industriels vont s’organiser autrement, avec des chaînes plus courtes et plus locales », ce qui n’est pas plus mal. La consommation est en berne, le tourisme à l’arrêt, et dans l’œil du cyclone, sans connaître la durée ni l’ampleur de l’épidémie, les mesures de confinement ont d’ores et déjà des conséquences directes sur l’économie. Sans savoir quelles solutions seront adoptées, l’incertitude domine, « un vrai poison pour l’activité ».

La pandémie a également pour effet de révéler certaines failles de nos organisations et de nos sociétés. Mais ceux qui vantent aujourd’hui les avantages de régimes autoritaires pour mettre en quarantaine des millions de personnes, comme en Chine, oublient que l’hypercentralisation de la décision politique et la répression de la moindre espèce de dissidence, fût-elle médicale, a fait perdre au pays de précieuses semaines sur la propagation du virus, comme le rappelle Alain Frachon dans Le Monde. Quant au « populisme à tendance narcissique » illustré par Donald Trump, il n’est guère plus recommandable : « attaché à saboter l’assurance-santé mise en route par Barack Obama », le président « a d’abord pris le Covid-19 de haut, avec désinvolture : attendez le printemps, ce virus est rétif à la chaleur… »

Le virus pourrait mettre en lumière les failles du système de santé américain : coût élevé des tests et de l’hôpital, absence d’assurance sociale pour tous, inégalité devant le congé santé, etc. En 2018, Trump a démantelé la structure qui, à la Maison Blanche, réfléchissait à la lutte contre les pandémies. 

Et en cas de récession il a épuisé les voies de la relance, notamment du fait d’un déficit budgétaire creusé par les cadeaux fiscaux et tout cela pourrait lui coûter cher en novembre. Face à ce contre-modèle, l’Union européenne a des atouts. Alors que l’un de ses membres fondateurs, l’Italie, est à la peine, elle doit d’abord être solidaire, et « montrer son attachement à une ambition sociale forte qui la distinguerait des Etats-Unis ». C’est le moment de mettre en œuvre la fameuse « Europe sociale » des traités.

D’autant que « l’Italie a prouvé qu’une démocratie peut placer tout le pays en quarantaine » tout en renforçant son système de santé, souligne Simone Tagliapietra dans Le Figaro. Engageant « une véritable course contre la montre » pour augmenter la capacité de ses soins intensifs, les régions voisines de la Lombardie « sont en train de vider leurs hôpitaux des patients qui n’ont pas besoin de soins immédiats, afin de libérer de l’espace pour qu’on puisse y accueillir les malades » transportés de la région la plus touchée du pays, pourtant « connue pour avoir l’un des meilleurs systèmes de santé en Europe ». Le chercheur au centre de recherche Bruegel, un think-tank européen consacré aux questions économiques, est actuellement confiné à Milan. Il évoque les mesures prises pour contrer les effets de l’épidémie : « fournir une couverture sociale à toutes les familles et entreprises directement touchées par le coronavirus », ou « augmenter les fonds de subvention pour garantir que les entreprises puissent conserver leurs travailleurs ». Et il suggère d’« apprendre avec l’expérience italienne ». 

Par Jacques Munier

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