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A l'enseigne du Chat Noir

Poésie du cabaret

5 min
À retrouver dans l'émission

À l’approche du weekend, petite digression sur l’histoire et l’esthétique des cabarets, souvent liés aux mouvements artistiques d’avant-garde.

A l'enseigne du Chat Noir
A l'enseigne du Chat Noir Crédits : Théophile Alexandre Steinlen - Maxppp

Lionel Richard nous rappelle l’origine du mot et le type d’établissement qu’il désigne dans son livre, publié à L’Harmattan sous le titre Cabaret, Cabarets. De Paris à toute l’Europe, l’histoire d’un lieu de spectacle. « Le mot est attesté en français dès le XIIIe siècle ». Il proviendrait de l’ancien picard camberete, qui signifie « petite chambre ». Au départ, c’est un débit de boissons de modeste catégorie où l’on peut à l’occasion se restaurer. La bohème parisienne du XIXe siècle va l’investir et le transformer en un lieu culturel dévolu au spectacle anticonformiste et aux réunions littéraires. Cette invention française va s’exporter à l’étranger tout en conservant son nom. Le modèle c’est évidemment Le Chat Noir, auquel l’auteur consacre tout un chapitre. D’abord au pied de Montmartre, boulevard Rochechouart, puis sur la butte elle-même, le style nouveau imprimé à l’établissement d’origine doit beaucoup à la personnalité de son fondateur Rodolphe Salis. « Histrion né » selon Laurent Tailhade, il haranguait les assistants en « mélangeant à bon escient le vinaigre et le miel, terminant un discours dont il perd le fil sur une pirouette bariolée de clown ». Expert en « fumisteries », il a par exemple monté comme un coup de pub la farce de sa veillée funèbre en affichant à l’entrée du cabaret « Ouvert pour cause de décès ». C’est ainsi que les séances du Chat Noir ont été « évoquées comme d’aimables occasions de défoulement pour les artistes et poètes à la mode : Hugo, alors bien vieux, et Vallès, Villiers de l’Isle-Adam, Zola les auraient fréquentées, ainsi que Puvis de Chavannes, Manet, Degas, Cézanne, Toulouse-Lautrec »… Et dans la tradition des confréries, comme au Caveau du siècle précédent, sa société de bons vivants et de chansonniers rebelles, le lieu se transforme en club alternatif d’émulation artistique et hirsute, abritant une Société des Hydropathes – atteints d’une incurable phobie de l’eau ferrugineuse, même s’ils s’enivraient davantage de poésie et de chansons que d’alcool. Lionel Richard est spécialiste des avant-gardes du XXe siècle, en particulier en Allemagne. Il poursuit sa visite avec les répliques européennes de ce phénomène culturel. À Saint-Pétersbourg ou Moscou, Le Chien Errant et la Lanterne Rose ont constitué les bases arrière des Futuristes russes. Là, les chantres de la valeur expressive du mot comme Khlebnikov expérimentaient une langue nouvelle, le zaoum, conglomérat de phonèmes et de sons. « Moins radical, le poète de vingt ans qu’est Maïakovski se contente d’images audacieuses, de la violence verbale, de l’outrance ». Enfin, c’est au Cabaret Voltaire, à Zurich qu’est né officiellement le mouvement Dada, au printemps 1916, annoncé par un ami de Hugo Ball. 

Nous avons décidé de rassembler nos activités diversifiées sous le nom de Dada. (Richard Huelsenbeck) 

Et de fait, ces activités, outre la poésie et la peinture, pouvaient englober sur la scène du cabaret « des chants populaires russes, des sketchs, des saynètes, notamment de Courteline ». 

« Le Surréalisme aurait-il été possible sans le café ? » demande Lionel Richard, qui rappelle qu’aussi bien pour les admissions que pour les exclusions, tout se passait là, sans compter les réunions régulières qui donnèrent corps et vis sociale au groupe : « Il y a, en principe, réunion chaque jour à l’heure de l’apéritif, au café qu’a choisi Breton » écrit Henri Pastoureau, entré dans l’orbite du mouvement en 1932. 

Biérologie

Si le café est quasiment une institution parisienne, il  a dû subir dès le Second Empire la concurrence des brasseries. Alphonse Daudet en 1908 dans Trente Ans de Paris, écrit que « La brasserie rendait des arrêts, on était célèbre par la brasserie ; et dans le grand silence de l’Empire, Paris se retournait au bruit que faisaient là, tous les soirs, quatre-vingts ou cent bons garçons, en fumant des pipes, en vidant des chopes. On les appelait bohèmes ». Le breuvage du lieu ne tardera pas à gagner l’ensemble des débits de boisson. Les Editions Apogée publient un ouvrage de Guirec Aubert sur La bière dans tous ses états, sous-titré Le renouveau de la culture brassicole. Il commence par relever ce paradoxe : « C’est l’une des boissons les plus consommées au monde, mais elle est très mal connue ». Le Français reste d’ailleurs un petit buveur, avec 34 litres par an, contre 135 litres pour le Tchèque. Mal connue et méprisée : « Elle est souvent juste bonne à étancher la soif du jardinier du dimanche. Et se trouve affublée de surnoms réducteurs, de la mousse à la roteuse. » Pourtant, le renouveau annoncé par l’auteur est bien réel, il se manifeste notamment par l’apparition d’une considérable diversité dans les styles de bières. Et comme le souligne Benjamin Roffet, Meilleur sommelier de France 2010, « Gambrinus et Bacchus ont de tout temps suscité une passion commune. » Parmi les nombreux points communs, celui de la table : la bière possède « une dimension gastronomique qui permet de très bons accords, notamment grâce à son effervescence ». Combinée à son amertume, elle se décline en tons chatoyants, du blond clair à l’ambre et au cuivre, et du brun au noir.

Par Jacques Munier

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