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Installation de Pedro Marzorati au parc Montsouris à Paris dans le cadre de la COP21

Natura naturans

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À l’approche du weekend, pour ceux d’entre nous qui n’ont pas la chance de se mettre au vert, petite balade en nature, mi-figue mi raisin...

Installation de Pedro Marzorati au parc Montsouris à Paris dans le cadre de la COP21
Installation de Pedro Marzorati au parc Montsouris à Paris dans le cadre de la COP21 Crédits : Getty

La dernière livraison de la revue Carnets de science publie un dossier sur les pouvoirs de la science en matière d’environnement. Ils sont d’abord évidemment ceux de l’expertise. Mais Grégory Fléchet souligne la distance entre celle-ci et l’action publique. À propos du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, il rappelle que les objectifs de réduction de gaz à effet de serre ne découlent pas directement des rapports scientifiques qu’il publie mais résultent de longs échanges et de compromis avec les gouvernements. D’où l’intérêt de mobiliser l’opinion pour faire pression sur les politiques. Aujourd’hui l’expertise scientifique sur le climat s’étend au milieu océanique, longtemps demeuré dans l’angle mort et oublié des négociations internationales « alors même qu’il constitue un maillon essentiel de sa régulation » et que 90% de la chaleur résultant de nos émissions de gaz à effet de serre y est stockée. 

Réparer le monde ?

Au-delà du constat, les scientifiques ouvrent des pistes pour des solutions. Dans le gyre du Pacifique nord, ce continent marin où tourbillonnent les plastiques, un projet vise à déployer des barrières flottantes pour en retirer les déchets. Mais elle ne collecte que les gros plastiques de surface et pas les particules plus au fond qui contaminent la chaîne alimentaire. Et la petite quantité récupérée est vite remplacée par les nouveaux déchets. Réduire le CO2 atmosphérique est également au programme des chercheurs : un projet du CNRS vise ainsi, en favorisant certaines pratiques agricoles, à accroître la séquestration du carbone dans les quarante premiers centimètres de profondeur du sol. Un autre projet à long terme étudie la possibilité de recycler le CO2 pour fabriquer du carburant. 

Droit de l'environnement, économie des "communs"

Le droit de l’environnement est également à la manœuvre, mais si la notion de « préjudice écologique », introduite en France dans la loi de 2016 sur la biodiversité, est utile pour sanctionner des dommages ponctuels en évaluant, par exemple, la pollution d’une rivière, elle peine à désigner les responsables s’agissant de problèmes globaux comme la question climatique, où sont en cause de multiples facteurs et responsabilités. L’économiste Gaël Giraud dénonce « la privatisation du monde » et en appelle à la notion de « biens communs ». Si l’on continue à considérer les océans comme une ressource privée, plus aucun poisson comestible n’y ondoiera d’ici à 2050. Il juge indispensable la réduction des inégalités entre pays : un Américain émet en moyenne chaque année plus de 15 tonnes de CO2, un Français 5 tonnes et un Tchadien moins de 2 tonnes, et ce sont les populations les plus défavorisées qui sont les premières victimes du réchauffement. Mais il y a aussi les inégalités à l’intérieur des frontières car "les émissions de CO2 augmentent avec le revenu". Et il estime qu’"il n’y aura pas de transition énergétique sans contrepartie sociale significative, sinon les gouvernements s’exposeront à des mobilisations majeures". Les banques sont également montrées du doigt. "D’après Oxfam, pour 1 euro de financement des énergies renouvelables, elles prêtent encore 7 euros aux fossiles."

Le coût de la protection de la nature reste beaucoup plus faible que celui de sa réhabilitation. Philippe Saint-Marc, énarque et écologiste militant

C’est pourquoi toutes les contributions insistent sur le rôle de l’opinion publique et sur l’ouverture des imaginaires "aux autres formes de vie dont nous dépendons ainsi qu’aux innombrables interactions entre les êtres vivants, les roches, le sol, les océans, l’atmosphère." C’est le programme que s’est donné la belle revue Reliefs. Après les pôles, le ciel, la mer ou les rivages, les sommets et les fleuves, sa dernière livraison porte sur les lacs, éléments essentiels de la biodiversité. Gilles Bœuf décrit la physiologie et les pathologies de ces riches écosystèmes à la faune abondante et variée, des libellules aux carpes, brochets, sandres, perches, anguilles… La flore typique dessine un paysage de roseaux, nénuphars ou lentilles d’eau. Il y a aussi une culture du lac, illustrée par un habitat spécifique, lacustre, une population qui se dit attachée à l’élément et se définit par rapport à lui : lémanique, baïkalien, voltaïque… Mais si, depuis Rousseau, le lac incite à la rêverie, sa nature peut être redoutable. Michel Meybeck est allé remonter le temps en Auvergne pour retrouver les traces du phénomène qui a causé il y a trente ans la catastrophe du lac Nyos, au Cameroun : un dégazage massif et mortel, avec un jet d’au moins 50 m, une trombe lacustre générant éclairs et tonnerre, les eaux rougies par les hydroxydes de fer provenant des profondeurs, des vapeurs lourdes et des fumées toxiques… A l’époque les spécialistes l’avaient baptisé « éruption limnique » et considéré comme un phénomène complètement inédit. Mais en étudiant les textes anciens concernant le lac Pavin en Auvergne, le chercheur a compris pourquoi il inspirait le respect, et le conseil de sa grand-mère de « ne jamais y jeter de pierre ».

Par Jacques Munier

A lire aussi : revue Dada n°241 Land art

"Prenez quelques bâtons de bois, ramassés autour de vous. Comme on se trouve en Nouvelle-Zélande, c'est du Kanuka. Façonnez-les pour leur donner une forme arrondie, puis direction le lac pour les installer dans l'eau. Vous aurez auparavant choisi le meilleur emplacement pour que votre cercle s'intègre parfaitement au paysage environnant. Un oeuvre légère qui ne transforme pas la nature mais la met au contraire en valeur."

Au sommaire :

Terre, eau, feuilles, air, foudre…
L’art au grand air
Attention, art fragile !
Infiniment petit et infiniment grand
Un art écolo ?

Martin Hill, Kanuka Circle, 2011. Lac Wanaka, Nouvelle-Zélande
Martin Hill, Kanuka Circle, 2011. Lac Wanaka, Nouvelle-Zélande
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