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Sur la Butte Montmartre, le 15 octobre

Géographie du Covid

5 min
À retrouver dans l'émission

La gestion de la crise sanitaire a été pilotée en lien étroit avec les médecins, épidémiologistes et économistes. Les sciences sociales n’ont pas été consultées malgré leur connaissance de la société. Aujourd’hui, certains chercheurs le déplorent.

Sur la Butte Montmartre, le 15 octobre
Sur la Butte Montmartre, le 15 octobre Crédits : Getty

Ils s’expriment notamment dans une tribune publiée par Libération

Les sciences sociales sont appelées à s’exprimer seulement pour commenter les conséquences de la situation : effets psychologiques du confinement, acceptabilité des mesures, irruption déstabilisante de nouveaux objets dans le monde.

Annie Lévy-Mozziconacci, médecin généticien au CHU de Marseille avec les géographes Évelyne Mesclier et Pascale Metzger estiment qu’à « se focaliser sur le virus, cet inconnu, on en oublie le connu sur lequel on a prise, c’est-à-dire la connaissance du monde social. Or, ce qui fait crise, ce n’est pas le virus tout seul, c’est le virus qui entre en résonance avec la société ». Les géographes, en particulier, ont bien noté le lien entre la diffusion du virus et les formes contemporaines de la mondialisation, avec « les lieux de brassage des populations que sont les grands aéroports internationaux, les agglomérations tentaculaires, les corridors de circulation et les zones de trafics divers ». Les signataires préconisent donc « d’aller au-delà de l’interprétation biologique à la fois du virus et de la société », afin de gérer la crise en prenant « en compte un éventail plus large d’éléments permettant de comprendre la pandémie, afin d’anticiper ses évolutions », déployant ainsi « une gamme plus ample de ressources » pour la freiner. Conditions de logement, emplois, systèmes de transport, espace public : toutes ces données doivent entrer en considération dans la gestion de la pandémie.

Dans les quartiers Nord de Marseille, un collectif, Norcovid, composé de médecins de ville et hospitaliers, de militants associatifs, a proposé une réorganisation de l’espace et mis en place un «circuit court» de prise en charge globale à la fois sanitaire et sociale, appuyé par l’ONG Médecins sans frontières (MSF).

La gestion des risques en temps de crise peut opposer des intérêts contradictoires, dont il faut alors débattre. Ainsi, au Pérou, des sociologues et des géographes ont montré que le virus suivait « la route des travailleurs de l’agroexportation, déplacés sans précaution particulière en bus ou camions vers les lieux des récoltes », ce qui n’a trouvé aucun écho dans les grands médias du pays.

Géo’ virale

« Un virus n’est pas une entité vivante comme une bactérie, car il a besoin d’un corps à infecter pour se démultiplier et passer ensuite à un autre organisme vivant (…), son agentivité s’avère donc 100% géographique » souligne Michel Lussault dans ses Chroniques de géo’ virale. « Lutter contre lui oblige à des réponses elles aussi géographiques. » Le livre est une sorte de journal du confinement remis à jour. Le géographe relève l’impressionnante « cinétique » du virus : « La mondialisation urbaine a accéléré les espace-temps de nos vies, comme ceux des non-humains avec qui nous sommes en relation. » Les espaces agricoles n’échappent pas à la pandémie : en Californie, dans les comtés ruraux, le même phénomène qu’au Pérou a pu être observé du fait de la présence de travailleurs pauvres, latinos pour la plupart, venus trouver de l’emploi dans les exploitations, ce qui soulève la question de la vulnérabilité des plus démunis et notamment de leurs conditions d’hébergement.

L’espace épidémique mondial est différencié localement, régionalement, nationalement – il est anisotrope. (Michel Lussault)

Anisotropie : le mot provient de la physique et désigne la propriété d’un corps d’être dépendant de sa direction, de son orientation. Sur le continent européen, cette propriété de la pandémie s’est illustrée en particulier dans la situation contrastée de l’Allemagne et de la France. Dans Les Echos, Solveig Godeluck explique que si les Allemands s’en sortent mieux que nous, c’est aussi pour des raisons socio-démographiques. Outre la question des masques et des tests, et d’une mobilisation plus rapide pour briser les chaînes de transmission, l’Allemagne, qui a confiné en même temps que nous, avait 15 jours d’avance dans le cycle épidémique et ses hôpitaux – dont le maillage est plus serré que le nôtre – n’ont pas été sous tension. Pourtant, la densité de population y est plus élevée. Mais à y regarder de plus près, « ce que les épidémiologistes appellent la matrice de contact est en réalité plus dense en France. Les foyers y comptent en moyenne 2,2 personnes contre 2 personnes outre-Rhin. Plus de 5% des ménages français sont composés de plus de 5 personnes, versus un peu plus de 3% des ménages allemands. » Avec plus de monde sous le même toit et des concentrations plus importantes dans les villes, des logements plus exigus et des transports en commun plus bondés, notre pays a offert à la trajectoire du virus une autoroute payante – au sens de gratifiante, s’entend, car en Allemagne les autoroutes sont gratuites.

Par Jacques Munier

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