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Alger, le 7 mai

Des nouvelles d’Algérie

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En Algérie, le mouvement de contestation ne faiblit pas, tandis que l’Armée tente de garder la main.

Alger, le 7 mai
Alger, le 7 mai Crédits : Ryad Kramdi - AFP

Dans Charlie Hebdo, Kamel Daoud souligne l’une des particularités fortes de ce mouvement : « Le printemps algérien a vu les femmes sortir. Elles ont été les premières à manifester, dès le 22 février. » Selon lui, avec le soulèvement de la ruralité, c’est l’engagement des femmes qui a donné son ampleur et sa « légitimité » à la contestation, car c’est « une véritable révolution » que de les voir descendre dans la rue. Sur le poids des traditions, l’écrivain ajoute que « si le statut de la femme ne change pas, l’Algérie ne guérira pas. » À propos du Coran, il insiste sur l’importance de l’interprétation, qui a toujours existé. Mais si elle peut être « une porte ouverte sur l’infini », elle peut aussi se ramener à « une invitation au meurtre ».

Donnez un livre de cuisine à un cannibale et il vous mangera avec.

Sur son rôle d’écrivain, il évoque « un devoir de témoignage et de lucidité ». Face à la dictature du « livre unique », les livres sont la démocratie, « la lecture vous donne mille corps et mille et un pays » et « lire, c’est prier sans se soumettre ». On le sait, Kamel Daoud tient une chronique hebdomadaire dans Le Point. Cette semaine, elle porte sur les populistes et leur propension à user du « nous », signe « corporatif » d’une nouvelle famille de dirigeants qui prétendent s’exprimer au nom du peuple, et malgré de profondes divergences, exalter ainsi entre eux une sorte de « fraternité des vestiaires ». Mais l’écrivain n’a pas hésité à se prononcer sur le printemps algérien, et plus généralement sur son pays, dans cette chronique comme ailleurs dans la presse française et algérienne. Sur la position qui est la sienne, à cheval sur les deux rives de la Méditerranée, Kamel Daoud est conscient de l’ambiguïté qu’elle peut représenter : traître au sud et dissident au nord, ne parvenant pas toujours à échapper « au casting occidental qui chamanise les intellectuels dissidents ».

"La femme est l’avenir de l’homme"

Pour la philosophe Razika Adnani, c’est notamment la cause des femmes qui peut concrétiser le désir de modernisation de la société algérienne qui s’exprime aujourd’hui. Sur le site de Marianne, elle incrimine la force des principes traditionnels, « la hiérarchie appliquée à la répartition des droits entre les femmes et les hommes, entre les musulmans et les non-musulmans et entre les gouvernants et les gouvernés » dans l’échec du projet de modernisation de l’Algérie sur le plan politique et social. Et ce depuis l’indépendance : la lutte pour le pouvoir motivée par les intérêts personnels, qui a conduit à la situation actuelle, est due selon elle à « l’attachement fort des Algériens aux normes d’organisation traditionnelles ». 

Dans une culture tribale, qui est une culture traditionnelle, il est difficile d’envisager d’autres façons de faire de la politique.

Razika Adnani observe que « les concepts comme égalité et liberté ou encore laïcité, démocratie et modernité continuent de faire peur. Diabolisés par le discours conservateur et salafiste tout au long du XXe siècle, ils font partie de la liste des termes qui sont bannis par beaucoup sans même chercher à les comprendre. » Elle déplore le fait que « les Algériens brandissent des slogans revendiquant la démocratie et la justice sociale, mais n’acceptent pas, pour beaucoup d’entre eux, l’égalité homme-femme ». Et dénonce « le paradoxe mais aussi le piège » consistant à promouvoir une modernisation politique « en cohérence avec les traditions ». Enfin, elle milite pour une réforme de l’islam « afin de le libérer lui aussi de l’emprise des traditions », seule manière desserrer l’étau de la religion sur la politique et d’émanciper l’État.

Déconstruire les archives coloniales

Kamel Daoud évoquait son ouverture au monde pour « guérir de cette identité malmenée par la colonisation puis par la dictature ». Les archives générées par la colonisation commencent à être analysées par les historiens jusque dans ce qu’elles révèlent en creux de la situation des populations locales. Car elles sont pléthoriques – lois et règlements, recensements et statistiques, plans cadastraux… – mais elles restent relativement discrètes sur les conséquences concrètes de ce quadrillage administratif sur les premiers concernés. Dans Le Monde, André Loez évoque la journée d’études prévue en juin aux Archives nationales d’outremer à Aix-en-Provence, dont l’intitulé indique la volonté de sonder ces documents jusque dans leurs non-dits : « (Dé)construire les archives coloniales ». L’historien chronique trois livres allant dans ce sens, dont l’un est consacré à un village de l’Algérie française. C’est l’étude de Colette Zytnicki publiée chez Belin sous le titre Un village à l’heure coloniale. Draria, 1830-1962. L’échelle locale permet de scruter avec précision « les mécanismes par lesquelles les populations autochtones furent dépossédées de leurs terres ». D’un quotidien qui s’ancre dans toute une série de faits exceptionnels, les archives ne révèlent qu’en filigrane l’inégalité de condition de ceux qui vivent côte à côte, comme ce litige portant sur l’accès à un cimetière « indigène » en lisière du champ d’un colon. 

Par Jacques Munier

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