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« Achetez de la terre, on n’en fabrique plus. » Mark Twain

De la terre à la table

5 min
À retrouver dans l'émission

Alors que le nombre de paysans ne cesse de diminuer et que la propension à l’agrandissement des exploitations reste une tendance lourde du paysage agricole français, le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce weekend Porte de Versailles à Paris avec ce slogan, "L’agriculture vous tend les bras".

« Achetez de la terre, on n’en fabrique plus. » Mark Twain
« Achetez de la terre, on n’en fabrique plus. » Mark Twain Crédits : Getty

"L’âge moyen des exploitants est de 52 ans. Près des deux tiers des exploitants de 55 ans ou plus déclarent ne pas avoir identifié de repreneur" précisent François Purseigle et Cécile Gazo dans l’hebdomadaire Le 1, consacré cette semaine aux jeunes qui choisissent la terre

Ce non renouvellement des générations menace la capacité de production de certaines régions. On peut se réveiller demain avec une agriculture sans agriculteurs ! François Purseigle et Cécile Gazo

C’est-à-dire avec une agriculture concentrée et de plus en plus mécanisée, car la propension à l’agrandissement des exploitations reste une tendance lourde, alors que l’agriculture biologique et paysanne fait vivre plus de monde sur moins de surface. Mais les sociologues soulignent un phénomène en pleine expansion : si la majorité des jeunes qui s’installent restent des enfants d’agriculteurs, plus de 30 % de ceux qui bénéficient des aides à l’installation se lancent "hors cadre familial" (HCF). « Autre nouveauté : près d’un tiers des exploitants qui s’installent gardent une activité en parallèle de la ferme. Dans l’Aisne, cela concerne même 55 % des agriculteurs de moins de 40 ans ! » Parfois c’est le conjoint qui conserve une activité salariée. Ou bien « ce sont des amis qui se sont rencontrés sur les bancs de l’école agricole et qui reprennent une ferme ensemble » où chacun monte son atelier – de confitures, de production de fromage ou de boulangerie. Autre cas de figure : les couples qui s’installent portent deux projets complémentaires. « L’homme produit des céréales, par exemple, et les vend à son épouse qui est installée comme éleveuse de poules pondeuses. »

Malgré les discours sur l’agribashing, l’agriculture représente un vrai choix, porteur de fortes attentes sociétales en termes d’alimentation ou d’aménagement du territoire. François Purseigle et Cécile Gazo

De la terre à l'assiette

L’alimentation, il n’est question que de ça dans la revue 180°C qui publie un entretien avec Arnaud Daguin, le pape de l’agroforesterie – associant les arbres et arbustes à la culture pour la préservation des sols. Il confirme que la relation entre les paysans et les consommateurs, soit entre la terre et la table, est en voie de restauration. Et sur les prix des produits de l’agriculture biologique, il estime qu’on ne devrait pas comptabiliser ce qui a trait à l’entretien écologique des sols.

Le sol est un bien commun, il faut le sortir de l’actif des entreprises agricoles. Arnaud Daguin

Les 30 cm d’humus qui produisent des aliments sans intrants et riches en nutriments devraient donc selon lui être financés collectivement, par la PAC notamment, de manière à ne pas comptabiliser dans les prix la valeur ajoutée pour la santé et l’environnement par ces « services écosystémiques ». Et puis vous saurez tout sur la pomme de terre, à l’affiche de cette dernière livraison de la revue. La France en est le premier exportateur mondial ! Corvée de patates, donc, pour la grande majorité de Français qui estiment à juste titre qu’elle s’accommode avec tout. Plus de 200 variétés sont disponibles, de l’amandine pour la raclette, l’agata pour le gratin, à la bintje pour les frites qui escorteront le poulet fermier de dimanche.

De la terre au raisin

De la terre au raisin, c’est le titre d’un cahier technique publié par la revue LeRouge & leBlanc. Le géologue Georges Truc entre dans le détail de la subtile alchimie qui conditionne un terroir. Celle-ci opère à trois niveaux : les strates supérieures sont pourvoyeuses de matières organiques, les semi-profondes fabriquent des nutriments minéraux et organiques solubles, les plus profondes constituent la réserve des éléments chimiques et de l’eau.

Les biodynamiciens ont pour credo de redonner au sol une vie active, une aération, afin que les échanges – d’une rare complexité au cœur de cet écosystème souterrain – s’effectuent dans les meilleures conditions. Georges Truc

L’enherbement, le tapis végétal entre les rangs de culture, protège les sols de l’érosion et du tassement néfaste aux échanges entre les différentes strates de la terre, quels que soient les substrats : granite calcaire, sable.

Sur calcaire, structure tannique serrée, un peu sévère ; sur galets, velours et puissance ; sur sable élégance et finesse. Georges Truc

Le calcaire en particulier est essentiel à la physiologie de la vigne, il contrevient à l’acidité et il existe pratiquement dans tous les sols. Sève montante et descendante assurent la continuité entre la terre, le cep et le raisin. Les bons terroirs sont ceux où règne l’harmonie entre les paramètres du sous-sol, le climat et la topographie – la pente, l’ensoleillement. C’est pourquoi la vigne est un art de la mesure et de la restriction : les plaines saturées en eau et trop riches en matières organiques ne feront jamais de bons terroirs car « la plante va se gaver, faire du bois, de la feuille, des gros grains, du jus, certes, mais très dilué ». On raconte que les moines qui choisissaient un lieu pour s’établir commençaient par goûter la terre de leur bouche avant d’y planter la vigne.

Par Jacques Munier

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