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Pandémie et société

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Les sciences humaines et sociales commencent à se faire entendre pour analyser la pandémie de Covid-19.

C’est une évidence : « les dynamiques de diffusion du virus sont aussi des dynamiques sociales ». Aujourd’hui des chercheurs en sociologie des organisations font le bilan de la gestion de crise dans un ouvrage publié aux Presses de Sciences Po : Covid-19, une crise organisationnelle. Les auteurs en parlent dans Le Monde. Olivier Borraz estime « qu’aucune leçon n’a été tirée de la gestion de la crise entre mars et mai : à titre d’exemple, l’approche reste centrée sur l’hôpital et continue de négliger tous les autres acteurs du système de soins (cliniques privées, médecine de ville, réseaux de soins…) ». La cellule de crise interministérielle, activée tardivement, s’est « immédiatement dotée d’autres cellules qui ne correspondent pas aux protocoles auxquels les responsables de la gestion de crise, dans les ministères, ont été formés et habitués », d’où leurs difficultés à comprendre comment et où se prennent les décisions auxquelles ils ne sont pas associés. Henri Bergeron explique cette multiplication d’organisations nouvelles par la volonté, pour le président et son premier ministre, de ne pas se lier les mains en travaillant avec des organisations existantes, et d’éviter « de se voir imposer les solutions et les routines de ces organisations ». Patrick Castel souligne que l’hôpital a plutôt bien géré cette crise : « le pouvoir a basculé des directeurs vers les médecins », les dépenses toujours justifiées, mais moins soumises au contrôle budgétaire, « grâce à l’activation du plan blanc, les autres activités ont été suspendues, apportant de la souplesse pour faire face à l’afflux de malades ». 

L’habituelle « guerre » entre services pour avoir des patients a disparu. Tout le monde était débordé.

Les sociologues ont en outre observé un réflexe inhabituel et encourageant chez les praticiens : « en les voyant archiver leurs documents, leurs courriel, on sent qu’il y a dans cette crise déjà l’anticipation de la manière dont elle sera regardée plus tard ». 

Sous la cendre, la braise

Dans les pages idées de Libération, le philosophe et urbaniste Thierry Paquot s’interroge sur le bien-fondé du couvre-feu, qui n’est pas à proprement parler une mesure de santé publique mais, on le comprend bien, d’intérêt général. Elle nous ramène au Moyen-Âge, une époque où « l’on sonnait le couvre-feu depuis l’église afin de prévenir les habitants de tout risque d’incendie ». Il s’agissait alors de couvrir les braises mais depuis, la pratique s’est instituée dans les dictatures pour contrôler la population, et le mot reste empreint de cette connotation négative d’état d’exception. Elle résonne aujourd’hui comme une punition pour tous ceux qui respectent les contraintes des mesures sanitaires – gestes barrière, port du masque, télétravail… – et elle introduit dans nos rythmes de vie et temporalités sociales de profondes restrictions.

C’est cette modification du temps vécu que le couvre-feu provoque sans en mesurer ni les effets psychologiques ni les pathologies possibles.

Thierry Paquot cite le poète oublié Emile Augier qui nous rappelle que l’expression désuète « sonner le couvre-feu » signifiait la fin de l’âge des passions : « A 60 ans passés ! Je vous demande un peu ! /— Oh ! Vous devez avoir sonné le couvre-feu. » 

La sélection sociale par la santé

L’âge, la santé sont aussi des objets d’étude sociologique. Dans un livre publié sous la direction de Serge Paugam aux PUF, 50 questions de sociologie, l’ensemble de la sphère sociale est envisagé dans un esprit encyclopédique : faire le point sur les connaissances acquises dans tous ces domaines en quatre grands chapitres – ce qui lie, ce qui divise, ce qui change et ce qui régule. Michel Castra revient sur les inégalités de santé : mortalité, accès aux soins, exposition aux facteurs de risque. Si l’espérance de vie a globalement augmenté en France, les inégalités sociales face à la mort se sont maintenues, voire ont augmenté entre les positions extrêmes – ouvriers et cadres. Ce qui fait dire à certains sociologues que « la différence dans la durée de vie est l’expression synthétique de l’ensemble des inégalités sociales ». Dans l’accès au soin, elles sont manifestes dès qu’on dépasse le stade du médecin généraliste : spécialistes, soins dentaires ou d’optique et plus généralement soins préventifs. Il y a un effet rétroactif à ces inégalités, une forme de « sélection sociale par la santé », laquelle « est alors envisagée comme un élément parmi d’autres influençant le destin social de l’individu. »

Le travail est tenu pour responsable de près d’un problème de santé sur cinq. Mais le lien entre les deux fait le plus souvent l’objet d’âpres débats, tant les enjeux économiques sont importants pour les entreprises concernées, notamment le dédommagement des victimes. C’est pourquoi celles-ci s’emploient à « produire de l’ignorance » concernant les problèmes de santé au travail. Amiante, glyphosate, c’est l’industrie du tabac qui a rodé la pratique.

Par Jacques Munier

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