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... Malheur à qui recèle des déserts. (Nietzsche)

Le désert croît…

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Les déserts sont un bon poste d’observation du réchauffement climatique, qu’ils soient chauds ou froids.

... Malheur à qui recèle des déserts. (Nietzsche)
... Malheur à qui recèle des déserts. (Nietzsche)

Car si l’on considère les précipitations, le plus grand désert du monde n’est pas le Sahara mais l’Antarctique. C’est ce que rappelle le paléoclimatologue Gilles Ramstein dans la dernière livraison de la revue Reliefs, consacrée aux déserts. « L’Antarctique, l’Arctique, le Groenland sont des déserts froids avec leurs particularités climatiques » Or « les déserts froids sont en voie de réduction tandis que la plupart des déserts chauds ont commencé leur processus d’extension ». L’accroissement des zones désertifiées chaudes est de l’ordre de 9% entre les années 1980 et 2000 et le Sahara a gagné près de 10% de superficie au détriment du Sahel, déjà très affecté par la réduction des surfaces arables. Ce processus rapide contraste avec le temps long de l’histoire évolutive de la planète. 

Durant des milliards d’années, les terres émergées furent, au sens premier du terme, des déserts, c’est-à-dire des terres exemptes de vie.

Vue de l’espace la Terre apparaissait alors bleue et ocre, et le vert fut la dernière couleur à s’y répandre. La vie était confinée dans les océans et ce n’est qu’au Dévonien (entre -416 et -359 millions d’années) que de petites plantes se sont hissées hors de l’eau des rivières, puis des fougères géantes qui ont amorcé le processus de la photosynthèse et de la production d’oxygène qui a constitué notre atmosphère. C’est ce qui fait que jusqu’à une période encore récente – il y a entre 9 000 et 6 000 ans – le Sahara était encore vert, habité par une faune et une flore variées, sillonné par des rivières et parsemé de lacs, même si les périodes de sécheresse et d’abondance, de jaune et de vert s’étaient succédées sur des millions d’années en fonction des systèmes de mousson.

Le désert a quelque chose de fascinant. On s’y trouve littéralement et sans intermédiaire entre ciel et terre. C’est pourquoi il a été le havre de mystiques pour les trois religions monothéistes. Les premiers explorateurs géographes, depuis Hérodote, n’ont pas manqué d’y conduire des expéditions. Le grand voyageur arabe Ibn Battûta, au XIVe siècle, s’est rendu à La Mecque puis jusqu’en Asie, parcourant plus de 50 000 km en sillonnant notamment les déserts et en décrivant les peuples rencontrés, contribuant ainsi avec d’autres à la connaissance géographique et ethnologique des régions désertiques. Plus près de nous, le désert s’écrira aussi au féminin. Bruno Doucey évoque ces épopées de « pasionarias des sables » qui, avant Théodore Monod, ont mené de singulières explorations à la frontière entre soi et le monde. Isabelle Eberhardt, qui se noiera dans les eaux d’un oued en crue au beau milieu du désert, a des mots limpides sur les visions et les sentiments engendrés par ces régions lépreuses « où toutes les chimies secrètes de la terre s’étalent au grand soleil ».

Et cependant, ils ont leur splendeur et leur magie, les vallons de sel gemme, les lacs transparents où se jouent les mirages, où se mirent les cités chimériques, les bois de palmiers et les mosquées de rêve, où viennent s’abreuver les troupeaux innombrables qui ne sont que de blanches vapeurs surchauffées par le soleil ! Pays d’illusions, de reflets, de visions et de fantômes (…) souvenirs encore intacts des origines océaniques de la planète, ou plaies de lente désagrégation, lèpres, gangrènes prématurées éclatant déjà à la face de la Terre… Qui sait ?

Bertrand Guest brosse le portrait du prodigieux Alexandre von Humboldt, surnommé le « Shakespeare de la science » ou encore, par Barbey d’Aurevilly, l’« Aristote des temps modernes ». Les éditions Le Pommier publient, dans une nouvelle collection consacrée aux pionniers de l’écologie une partie de ses Tableaux de la nature sur les Steppes et déserts. Goethe disait de lui que sa compagnie « excite l’esprit ». 

Une semaine de lecture vous en apprendrait moins que lui en une heure.

Géologie, botanique, zoologie, astronomie, climatologie, géographie, histoire et même préhistoire, le savant explorateur qui inspira Darwin, Henry David Thoreau ou Walt Whitman avait une vision holistique de la nature comme un tout. Gilles Fumey et Jérôme Gaillardet parlent dans leur préface de « pages touffues et envoûtantes, écrites avec rigueur et émotion ». Alors que le paysage reste à son époque marqué par le sentimentalisme romantique, il s’emploie à en faire « le déclenchement de toutes les fonctions cognitives sur le monde, le premier stade du processus de la connaissance ». Le germanique amoureux de la France et fidèle à ses Lumières a notamment arpenté le Sahara, tout comme le désert d’Atacama ou les steppes d’Asie centrale. Il note entre mille autres observations que le sel gemme, l’une des richesses du désert africain, peut servir à la construction des maisons, on le sait depuis Hérodote – ajoute-t-il. Et sur les chameaux, vaisseaux du désert, il rappelle leurs pérégrinations jusque sur les bords du Danube avec les Goths.

Par Jacques Munier

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