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Un jeune Afghan à Paris

Familles et migrations

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Il n’est pas fréquent d’envisager la question migratoire sous l’angle de la parenté. C’est pourtant un aspect essentiel du parcours personnel et administratif des migrants.

Un jeune Afghan à Paris
Un jeune Afghan à Paris Crédits : Getty

« Dès qu’une personne s’engage sur le chemin de l’émigration, qu’elle quitte sa famille, son départ perturbe les relations et les personnes. Et ça se prolonge tout au long de ce chemin migratoire » résume Frédérique Fogel dans les pages idées deLibération. L’anthropologue, auteure de Parenté sans papiers (Editions Dépaysage) a mené une enquête au long cours auprès des candidats au séjour sur notre sol et elle a pu observer les effets multiples de leur situation sur les relations de parenté, à commencer par celles d’avec leur famille d’origine où le « non-dit » règne souvent longtemps sur leurs conditions réelles d’existence. Ensuite, dans le processus de régularisation, la parenté joue un rôle décisif mais paradoxal : par exemple, en tant que « parent d’un enfant scolarisé depuis au moins 3 ans », et si l’on peut apporter les preuves de présence de cinq années sur le territoire, elle joue en faveur du demandeur. Mais comment le prouver quand on mène une existence de clandestin ? 

La loi, le code des étrangers, la réglementation, la pratique au guichet demandent aux personnes étrangères de rentrer dans les clous sans leur en donner les moyens.

C’est ainsi que l’enquête s’est transformée en une anthropologie des papiers : ceux « que doivent accumuler sans relâche les immigrés sans papiers pour décrocher le papier suprême : un titre de séjour ». Dans la préface à son livre, François Héran, titulaire de la chaire Migrations et sociétés au Collège de France, souligne que « Frédérique Fogel met en relief les effets pernicieux des dispositifs actuels. Ils démembrent les relations de parenté, creusent artificiellement des fossés entre les enfants nés au pays d’origine et les enfants nés en France, entre ceux qui arrivent en France avant l’âge de treize ans et ceux qui arrivent après, etc. » Des dispositifs censés favoriser l’intégration et qui ne font que la compliquer en imposant des attentes ou des seuils de ressources. « Une bonne partie du déficit d’intégration de la France crûment révélé par les indicateurs de l’OCDE (comme le taux d’enfants d’immigrés sortant du système scolaire sans diplôme) est liée à la multitude des obstacles opposés à la formation normale des familles dans les dix premières années du séjour » conclut François Héran, qui ajoute que l’enquête de Frédérique Fogel « devrait nous aider à repenser de fond en comble la politique migratoire ».

Les papiers des sans-papiers

On les voit débarquer aux guichets avec des sacs Tati débordant de paperasse… « Sans papiers, en situation administrative irrégulière, ces migrantes et ces migrants sont immobilisés dans un dispositif d’injonctions contradictoires : interdits de circuler, donc obligés de rester, mais non autorisés à vivre « normalement » (travailler officiellement, louer un appartement à leur nom…), tout en respectant les règles sociales (scolariser les enfants, déclarer ses revenus…) et en devant accumuler au fil du temps les preuves de présence et d’intégration nécessaires pour constituer un dossier et déposer au bout de quelques années auprès de l’administration préfectorale une demande de régularisation » Peu importe « que les sans-papiers ne puissent pas travailler officiellement, c’est un avantage pour les entreprises du bâtiment, de la restauration, du nettoyage. Que les sans papiers paient parfois des loyers astronomiques pour des conditions de vie inqualifiables, c’est aussi un secteur rentable. » On leur enjoint « de s’intégrer tout en restant en dehors de la légalité. Et les gouvernements successifs s’en accommodent. Ce n’est même plus une question. »

La Maison des enfants

Dans les pages Débats de L’Humanité, Jean Ortiz a tiré de l’oubli l’histoire de la « colonie » qui, non loin de Pau, en 1946, a accueilli des centaines d’enfants de républicains espagnols en exil ou disparus. À proximité de « l’enfer » du camp de Gurs – Gurs « une drôle de syllabe, comme un sanglot » disait Aragon – des ONG américaines et canadiennes antifascistes ont organisé dans un castelet dont la façade arborait le drapeau de la République espagnole, à Saint-Goin, la vie collective « des gamins portant les traumatismes, les angoisses de la guerre d’Espagne ». Là, ils ont bénéficié de pédagogies novatrices, apprenant plusieurs langues sans oublier la leur, invités à rédiger leurs journaux, pratiquant les sports et même la gymnastique réparatrice. La guerre froide viendra mettre un terme à l’expérience. Une rafle du gouvernement Pleven contre les cadres du PCE en septembre 1950 décapite la direction de l’hôpital et met la Maison des enfants en grande difficulté. À l’époque, le dictateur Franco exigeait de la France qu’elle « nettoie » le Sud-Ouest. Aujourd’hui les témoignages recueillis auprès des anciens résidents font état « d’un souvenir paradisiaque ». 

Dans Nous autres réfugiés Hannah Arendt – qui est passée par le camp de Gurs - écrit : Les réfugiés allant de pays en pays représentent l’avant-garde de leurs peuples s’ils conservent leur identité.

Par Jacques Munier

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