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Marianne

Les valeurs de la République

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Les valeurs de la République, on les a beaucoup invoquées ces derniers temps et l’on sent monter le doute avec la lassitude

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Marianne Crédits : Julio PELAEZ - Maxppp

Henri Guaino ne sait plus trop ce que les uns et les autres mettent dans le mot République, Cohn-Bendit trouve qu’on nous bassine avec ça, et Marion Maréchal-Le Pen déclare appartenir à une génération un peu saoulée par ces valeurs « dont on ne sait pas ce qu’elles recouvrent ». Dans les pages idées de Libération Paul Alliès lui répond qu’elle peut bien les railler, « il existe, heureusement, en France un socle de valeurs dont le Conseil constitutionnel a la garde, et qui pourrait se révéler utile si l’extrême droite arrivait au pouvoir ». Cette institution de la Cinquième République – faut-il le rappeler à la députée FN – est garante des droits et des libertés en veillant à la conformité de la loi avec la Constitution, en particulier son Préambule dont l’article premier définit la France comme « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » assurant l’égalité de tous devant la loi et notamment la parité hommes-femmes. « Ces textes établissent le socle que forment les principes de la République que le Conseil interprète, développe et même crée » poursuit le professeur de sciences politiques qui évoque une jurisprudence où figurent notamment le droit d’asile et le droit de grève, ou le pluralisme comme fondement de la démocratie. Or l’institution est dans le collimateur de Marine Le Pen qui souhaite une limitation de ses pouvoirs de contrôle, et c’est justement sa nièce qui est en charge du volet constitutionnel de son projet politique. Les « valeurs républicaines » qui la « saoulent » et surtout le mécanisme de leur expansion pourraient s’avérer « un moyen essentiel contre la conception césariste de l’exercice du pouvoir imaginée par la famille Le Pen au grand complet, grand-père inclus ».

D’autant que la « question prioritaire de constitutionnalité » étend ce pouvoir de contrôle au simple citoyen

Lequel peut saisir le Conseil constitutionnel sur une loi déjà promulguée. Deux exemples tout récents : la QPC déposée par un ensemble d’associations de défense des libertés sur le net contre la loi sur le renseignement, et celle concernant le vide juridique autour du droit de visite des familles de détenus. Ceux-ci sont en effet privés de tout recours si un procureur refuse d’accorder, même sans motivation, un permis à leur conjoint ou à leur enfant pour venir les visiter au parloir. De même, si un juge d’instruction « oublie » de répondre à une telle demande, le détenu ne dispose d’aucune voie de recours. En l’occurrence, c’est l’Observatoire international des prisons (OIP) qui a saisi le Conseil d’Etat, et il est éclairant de voir sous quelle forme la procédure a suivi son cours et abouti. Comme l’a précisé Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde, le Conseil constitutionnel « a reconnu que les dispositions du code de procédure pénale et de la loi pénitentiaire de 2009 « portent atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, notamment au droit à un recours effectif garanti par l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ».

Dans les pages débats du quotidien François Noudelmann s’inquiète d’une radicalisation de l’antiracisme qui revendique un droit à la non-mixité entre non-blancs et blancs

Le philosophe vise une pétition soutenant deux initiatives radicalement communautaristes : en marge des manifestations contre la loi travail, un groupe de réflexion «organisé en non mixité» à l'Université Paris 8 mi-avril, qui proposait de donner la parole exclusivement à des personnes «non-blanches». Et le «camp d'été décolonial», une «formation à l'antiracisme politique» explicitement réservée aux non-blancs. François Noudelmann leur oppose « l'histoire des luttes émancipatrices qui témoigne au contraire que la mixité est une victoire contre la séparation : celle des hommes et des femmes, des pauvres et des riches dans les écoles, les espaces publics, les institutions, les emplois ; celle des êtres de couleurs différentes et leur droit à former des " couples mixtes ". A l'heure où ces mixités sont remises en cause - ajoute-t-il - notamment par les religions, dans les établissements scolaires, les hôpitaux, les piscines ou les usages matrimoniaux, l'appel à soutenir un droit à la non-mixité consonne avec les pouvoirs obscurantistes. » Contre cette idéologie de la séparation, le philosophe estime qu’il « faut défendre la mixité comme principe sociopolitique et promouvoir les imaginaires de la rencontre, des interstices, des créolisations, des personnalités multiples et des affinités électives ».

Par Jacques Munier

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