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Françoise Héritier, décembre 2013

Hommage à Françoise Héritier

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Hommage de la presse à l’anthropologue Françoise Héritier, décédée dans la nuit du 14 au 15 novembre à l’âge de 84 ans

Françoise Héritier, décembre 2013
Françoise Héritier, décembre 2013 Crédits : Y. Coupannec - AFP

Historienne et géographe de formation, elle découvre l’anthropologie sociale à un séminaire de Claude Lévi-Strauss sur la parenté à plaisanterie, aux îles Fidji. « Découvrir qu’il existait des sociétés où des beaux-frères pouvaient se saluer différemment et utiliser tel ou tel type de plaisanteries selon qu’ils avaient épousé la sœur aînée ou la sœur cadette de l’autre ouvrait des perspectives sur des mondes, des idées, des usages que je n’avais jamais soupçonnés. C’était d’une ouverture et d’une fraîcheur fabuleuses ! » déclarait-elle dans un entretien récent au journal Le Monde. « L’année suivante, c’était encore plus fort ! Le séminaire portait sur la chasse rituelle aux aigles chez les Hidatsas, des Indiens d’Amérique du Nord. Vous n’imaginez pas combien, dans une époque sans télévision, ce sujet pouvait se révéler fascinant. » 

C’était dans les années 50, Françoise Héritier parle d’une véritable « révélation », qui allait orienter toute sa vie, depuis ses premiers terrains en Afrique jusqu’à ses travaux sur l’inégalité des sexes, en passant par son élection au Collège de France. Dans l’entretien que je viens de citer, elle revient sur ce qu’elle a étudié comme une structure fondamentale des sociétés humaines, avec la prohibition de l’inceste ou les règles de la parenté : la domination masculine, « une construction de l’esprit » ne correspondant à aucune réalité biologique. Selon elle, cette construction hiérarchique « est partie du constat, fait par nos ancêtres préhistoriques, que seules les femmes pouvaient faire des enfants : des filles, ce qui leur semblait normal, mais également des garçons, ce qui les stupéfiait ». Pour prolonger l’espèce, « il leur fallait donc des femmes à disposition » et sous bonne garde : les sœurs étant prohibées, l’organisation de leur échange avec celles des autres sera ritualisée et le pouvoir des hommes ainsi consolidé par les règles de la parenté. D’où « une société parfaitement inégalitaire où la mainmise sur les corps et les destins des femmes a été assurée, au fil du temps, par des privations (d’accès au savoir et au pouvoir) et par une vision hiérarchique méprisante. » Quant à la différence physique, l’anthropologue rappelle que « Depuis la préhistoire, les hommes se sont réservé les protéines, la viande, les graisses, tout ce qui était nécessaire pour fabriquer les os. Alors que les femmes recevaient les féculents et les bouillies qui donnaient les rondeurs. C’est cette discordance dans l’alimentation – encore observée dans la plus grande partie de l’humanité – qui a abouti, au fil des millénaires, à une diminution de la taille des femmes tandis que celle des hommes augmentait. » Dans les pages débats de L’Obs, l’historien et archéologue Jean-Paul Demoule confirme : c’est au néolithique qu’apparaissent « à la fois les hiérarchies sociales, le fer, le bronze et les armes, le culte du pouvoir et de la virilité ». Et pour lui, « la question de la domination masculine est fondamentale, en l’étudiant nous pourrons mieux comprendre les mécanismes de la domination en général. »

L’hommage rendu à Françoise Héritier dans la presse est unanime

Dans Le Figaro, Eugénie Bastié célèbre son engagement féministe, évoque ses positions en faveur du mariage pour tous mais aussi « son opposition à la gestation pour autrui, qui selon elle conduirait immanquablement à des abus ». Et elle rappelle ces propos dans L’Express : « On confond trop souvent le droit de et le droit à. Je sais bien que notre société ne tolère pas la frustration, mais ce droit à l’enfant n’existe pas ». Pour Maurice Godelier « C’est une figure de premier ordre de la « génération héroïque » de l’anthropologie française qui disparaît avec elle ». L’anthropologue « lui rend un hommage personnel appuyé » dans L’Humanité : « Avec Michel Izard son premier mari, Emmanuel Terray, Jean Bazin… nous étions quelques uns de la génération héroïque, derrière et à côté de Claude Levi-Strauss a vraiment créer l’anthropologie pendant ces années. » Et d’ajouter : « C’est une collègue qui a fait des découvertes scientifiques de première importance, au Burkina Faso, chez les Samo en particulier, une société dont le système de parenté était extrêmement complexe. »

François Dosse estime dans Libération qu’« Elle a sorti le structuralisme de son statisme et de son formalisme : grâce à sa formation d’historienne, Françoise Héritier était plus sensible que Lévi-Strauss à ce qui bouge, aux failles, à l’innovation. » L’historien ajoute cette note sensible : « Ce qui frappe ceux qui ont côtoyé Françoise Héritier, c’est sa douceur, celle de sa voix, de ses gestes, de sa présence tout en rondeur (elle était souvent assise, souffrant depuis des années d’une maladie auto-immune invalidante). Enfin Michelle Perrot, l’historienne des femmes et du mouvement ouvrier, affirme qu’« Elle a donné au féminisme des instruments pour se penser. Son apport est fondamental. Il restera comme le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.»

Par Jacques Munier

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